.  
Adaptation pour Internet : Caroline Paulhus

Émission du 8 août 2003

LE SECRET DES NAVAJOS

Réalisation : Michel Viotte
Coproduction : Idéacom International (Canada) et Bonne Pioche (France)

En 1941, dans le conflit qui opposait les Américains aux Japonais, les Navajos ont rendu un précieux service au corps des Marines en utilisant leur dialecte, réputé pour sa complexité, pour les communications radio. Depuis, le peuple navajo bénéficie d'une reconnaissance au sein des Marines, mais aussi dans la nation américaine, qui a reconnu l'importance de leur langue, maintenant écrite, enseignée et respectée. Des personnalités navajos et des spécialistes de l'histoire amérindienne viennent mettre en perspective l'expérience des Code Talkers dans l'histoire de leur nation ainsi que dans la réalité indienne. Le documentaire se construit à partir d'images d'archives, de tournages dans les camps d'entraînement des Marines et dans la réserve des Navajos.

 

« Si je dois partir en guerre, je partirai, parce que j'aime mon pays. Mon peuple, les Navajos, me regardera bien différemment. »
Calbert Tso, recrue, corps des Marines des États-Unis

« J'ai rejoint les Marines pour protéger mon pays. C'est mon pays à moi aussi, c'est ici que je suis né, mon peuple est ici. Nous resterons ici quoi qu'il arrive. »
Michael Manygoats, recrue, corps des Marines des États-Unis

Le 7 décembre 1941, les Japonais bombardent Pearl Harbour. La bataille du Pacifique vient de commencer. Celle-ci sera le théâtre d'une aventure unique. Pour la première fois, des Indiens navajos seront incorporés dans le corps des Marines américains et partiront combattre au-delà des mers, loin de leurs montagnes et de leur désert.

La force des Navajos vient peut-être de leur vie difficile sur les terres arides.

Les Navajos constituent la plus importante nation amérindienne des États-Unis. Leur territoire s'étend sur trois États : l'Arizona, l'Utah et le Nouveau-Mexique. Les Navajos sont un peuple dont la culture a survécu envers et contre tout. Ils ont réussi à conserver leur langue et leurs traditions. C'est un peuple dont l'histoire s'est écrite dans la douleur, d'abord face au Espagnols, puis face à la cavalerie américaine. Ils ont subi la persécution religieuse, l'esclavage et même la déportation, jusqu'au traité de 1868, qui a marqué la fin des guerres les opposant au gouvernement américain.

Malgré ces traitements, « on estime que les Indiens d'aujourd'hui constituent de 13 à 18 % des soldats opérationnels, officiers y compris, répartis dans toutes les branches de l'armée américaine », précise le Dr Edwin Wade, premier vice-président du Northern Arizona Museum. Comment un peuple peut-il décider de jouer un tel rôle pour un gouvernement qui a tenté de les supprimer depuis le tout premier contact?

« Pour les Indiens, être un soldat a toujours été une chose honorable. C'est un service rendu à la communauté », explique Richard West, président du Museum of American Indian. Selon lui, c'est une des raisons qui les ont poussés à entrer dans l'armée. Dès l'arrivée des premiers Amérindiens dans l'armée américaine, le gouvernement a réalisé les prouesses, la force, la loyauté et la conviction de ces derniers dans les situations de combat. Ces hommes s'interposaient corps et âme entre l'agresseur et leur peuple. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, près de 30 % des Amérindiens valides se sont engagés dans l'armée.

Parmi eux se trouvent environ 3500 Navajos. Thomas H. Begay, vétéran des Code Talkers, raconte ce qu'il se disait à l'époque : « Sauvons ce qui nous reste! Notre terre est menacée par de nombreux étrangers. Nous devons la protéger car les Japonais vont venir pour tout prendre ». C'est ce qui l'a motivé à rejoindre les Marines.

Une des contributions les plus remarquables des Navajos, c'est celle des Code Talkers. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, l'armée américaine s'est mise à essuyer revers sur revers dans le Pacifique. Une des raisons majeures était la faille du système de communication. Les Japonais arrivaient parfaitement à décoder les messages des Américains, et ils réussissaient même à en reproduire des faux. L'armée américaine a alors décidé d'utiliser la langue des Navajos pour communiquer. Dès lors, plus de 400 Navajos Code Talkers ont commencé à tenir en échec toutes les tentatives de décryptage des soldats japonais. Ils ont créé un code navajo que même les autres Navajos ne pouvaient comprendre.

Comme plusieurs mots n'existaient pas en langue navajo, les Code Talkers ont dû en inventer. Par exemple, le mot « avion de chasse » n'existait pas en navajo. Les Indiens les ont donc appelés « bourdons ». « Hitler » était le « renifleur de moustache ». Le langage navajo est tellement différent que ni les Japonais ni les Européens ne pouvaient le décoder. En fait, cette manière de décrire les objets, l'espace et le temps était tellement belle qu'on pouvait parler d'une forme de poésie dans un monde aussi affreux que la guerre.

Assignés aux unités de combats pour les communications, les Navajos ont participé aux batailles les plus sanglantes. Bien souvent, les Code Talkers ont accompagné les patrouilles de reconnaissance. En première ligne, plusieurs Navajos ont perdu la vie, mais sans eux, plusieurs autorités militaires croient que les États-Unis n'auraient pas pu remporter la guerre.

L'utilisation de la langue navajo ne s'est pas arrêtée avec la reddition du Japon. Les Code Talkers ont repris du service durant la guerre de Corée. Au Vietnam, la modernisation des moyens de transmissions a entraîné l'abandon du code. Celui-ci restant classé « secret défense », il faudra toutefois attendre 1969 pour que les vétérans navajos puissent témoigner de leur expérience.

Cette règle du silence a privé plusieurs Navajos de la reconnaissance qu'ils méritaient, la plupart étant déjà très vieux lorsqu'ils ont pu en parler. En 1982, les hommages ont commencé à affluer. En 2001, le président George W. Bush a lui aussi tenu à les honorer. Mais pour Roy O. Howthrone, vétéran des Code Talkers, la vraie récompense n'a rien à voir avec les médailles. « Ma vraie récompense a été le jour où j'ai fait serment d'allégeance devant le drapeau américain. Avant, on n'était pas reconnu comme un peuple qui pouvait faire quoi que ce soit. En devenant un Marine, je démontrais que je pouvais faire quelque chose. »

Pour les Navajos d'aujourd'hui, entrer dans l'armée américaine est toujours un moyen de faire évoluer leur statut social. C'est aussi un moyen de voir le monde extérieur et d'avoir ses études prises en charge. Mais c'est surtout une façon pour les jeunes de marcher dans les traces de leurs grands-parents, ces Code Talkers qui représentent des héros pour eux.

 

En raison des droits d'auteur, ce reportage ne sera pas disponible sur Internet.

LES NAVAJOS ENFIN HONORÉS

Le 26 juillet 2001, le président George W. Bush a remis à 29 Code Talkers la médaille d'or du Congrès, la plus haute distinction du gouvernement américain. Les États-Unis cherchaient ainsi à rendre hommage à ces héros anonymes de la Deuxième Guerre mondiale.

Lors de la remise des médailles, le sénateur du Colorado, Ben Nighthorse Campbell, a tenu à saluer le courage de ces hommes, « qui se sont levés malgré toutes les injustices dont ils ont été victimes dans l'histoire américaine ». Le président Bush est allé dans le même sens en avançant qu'il aurait compris les réticences que les Navajos auraient pu avoir à se battre pour les États-Unis « après ce qu'ils avaient subi dans le passé ». Il a salué leur hardiesse à servir la nation malgré tout.

Déçus un peu de ne pas avoir été reconnus plus tôt, ils étaient restés néanmoins fidèles à leur promesse de garder le silence sur le code secret qu'ils avaient inventé. Utilisé pendant la Deuxième Guerre mondiale, le code secret a pu être dévoilé en 1969, mais les hommages n'ont véritablement commencé que dans les années 1980.

Ces 29 Navajos honorés en juillet 2001 en avaient entraîné d'autres pendant la guerre. Au total, 420 d'entre eux ont servi dans l'armée. Leur apport a été particulièrement efficace dans la bataille sur l'îlot d'Iwo Jima. Le major Howard Connor, officier de transmissions, avait d'ailleurs déclaré, après la victoire : « Sans les Navajos, les Marines n'auraient jamais pris Iwo Jima. »

POUR EN SAVOIR PLUS

Navajo Code Talkers' Dictionary
Le dictionnaire des Code Talkers

The Navajo Nation
Site de cette nation amérindienne

The Navajo Times Online
Site du quotidien de la nation navajo

L'émission Zone Libre est diffusée sur les ondes de Radio-Canada le vendredi à 21 h et présentée en rediffusion sur les ondes de RDI le samedi à 23 h, le dimanche à 4 h et à 20h, ainsi que le lundi à 3 h.

VOUS AVEZ MANQUÉ UNE ÉMISSION?

Toutes les émissions de la saison régulière sont archivées pour vous permettre de consulter le reportage que vous auriez manqué ou aimeriez revoir. Veuillez toutefois noter que les reportages achetés ne peuvent être archivés en format vidéo en raison des droits d'auteurs, mais ils sont disponibles en format texte.

Consultez la rubrique Reportages récents.

 

 

 
<% Sub lienFichierZoneLibre (leFichier, leServeur, texteLien, imageLien, laClass, textePasLien) Dim pathFichier : pathFichier = Server.MapPath("/Medianet/" & leServeur & "/" & leFichier & ".asx") 'Response.Write "=> " & pathFichier & "" Dim fobj Set fobj = Server.CreateObject("Scripting.FileSystemObject") If fobj.FileExists (pathFichier) then Response.Write " " & texteLien & "" Else Response.Write textePasLien End If End Sub %>