diffusion le 1er mars 2002  


Les électrochocs



Électroconvulsivothérapie, voilà le terme maintenant utilisé dans la documentation officielle pour désigner ce qu'on connaît sous le terme « électrochocs ». Largement administrée dans les années 1950 pour venir à bout de la dépression, cette thérapie qu'on a par la suite contestée a été mise de côté. Un peu partout en Amérique du Nord, elle fait aujourd'hui un retour en force. Au Québec, les électrochocs sont administrés deux fois plus souvent qu'il y a 10 ans.

« Faut choisir entre deux maux. Est-ce que c'est un mal,
les électrochocs ? Je sais pas. Ça semble pas.
Mais, si je ne le fais pas, ça va être encore pire.
J'aime mieux un patient avec des troubles de mémoire passagers qu'un patient décédé de suicide. »

Dr Denis Rochette, psychiatre et chef du département de psychiatrie à l'Hôpital de Chicoutimi

« J'ai sauvé la vie de beaucoup, beaucoup de monde
avec ce traitement, sans quoi ils seraient morts,
parce que ça tue, la dépression.
 »

Dr Thi-Hong Trang Dao, psychiatre à l'hôpital Douglas

***

Les électrochocs sont de plus en plus par les prescrits par les psychiatres, surtout quand les antidépresseurs et les autres médicaments offrent des résultats peu satisfaisants. Fait troublant, ce sont aux personnes de plus de 65 ans et aux femmes qu'on en administre le plus.

« Le traitement, pour lequel il n'y a aucune contre-indication, n'a plus rien à voir avec le film Vol au-dessus d'un nid de coucou. Hélas! au Québec, seule une personne sur dix souffrant de dépression majeure le reçoit, alors que beaucoup plus de personnes devraient en bénéficier. »
Dr Jacques Melanson, responsable au Collège des médecins de l'examen des pratiques professionnelles, à La Presse, 10 décembre 2001

Le choc électrique dure moins de deux secondes, avec le plus faible voltage pour provoquer une convulsion qui stimulera la biochimie du cerveau. Ce qui se passe alors dans le cerveau s'apparente à une crise d'épilepsie. Après, le corps est secoué de violentes secousses. Pas étonnant qu'on appelle aussi cette thérapie la sismothérapie, un terme qui fait penser aux tremblements de terre. Le traitement consiste en une série de 12 à 15 électrochocs, trois fois par semaine. Un des avantages, c'est que le patient prend moins de médicaments, mais il se retrouve confronté avec des problèmes de mémoire pendant plusieurs semaines, voire quelques mois.

« C'est plus d'électricité que lorsqu'on prend un choc,
mais dix fois moins que ce qui est utilisé
pour repartir le cœur avec un défibrilateur.
 »

extrait du reportage


On doit d'abord anesthésier le patient pour éviter les fractures qui pourraient être occasionnées par les spasmes musculaires qui suivent la décharge électrique.

« Il faut rendre le patient inconscient
de ce stress-là trois, quatre minutes et ensuite lui paralyser les muscles…
Parce que, si le patient était à l'état de veille,
ce serait une torture. 
»

Dr Yvon Nivose

Q U E L Q U E S   C H I F F R E S

- au Québec, 1000 personnes reçoivent des électrochocs
- 4112 électrochocs ont été administrés en 1990 pour 7632 en 2000
- deux fois sur trois, les électrochocs sont administrés à des femmes
- en 1995, les psychiatres du Québec ont prescrit 865 électrochocs à des personnes de plus de 75 ans

Selon un article publié dans Québec Sciences en 1997, du millier de psychiatres pratiquant au Québec, huit psychiatres travaillant dans trois centres hospitaliers (soit Louis-Hyppolite-Lafontaine, l'hôpital Charles-Lemoyne et l'Hôpital général juif de Montréal) étaient alors responsables du tiers des électrochocs administrés dans les hôpitaux de la province.

 

« Il est rare en médecine que l'on ait un traitement aussi sécuritaire et aussi efficace mais aussi peu utilisé. Et la grande raison, c'est parce que c'est mal connu et c'est tout à fait tabou. C'est très efficace. Et l'efficacité de ce traitement-là peut aller jusqu'à 85 % à 90 % des personnes qui présentent une dépression majeure. »
Claude Vanier, psychiatre, chef de la clinique de convulsivothérapie

« Selon certaines études, l'électroconvulsothérapie aurait un taux de succès de 80 %. Par contre, l'effet thérapeutique est de courte durée puisque 59 % des patients font une rechute deux mois seulement après le traitement. »
Extrait du dossier de l'émission Découvertes sur les électrochocs


Sur la dépression:

« Le pire, c'est que tu te dis: "Je vois pas la lumière au bout du tunnel, je vois pas comment je vais m'en sortir ". Mais tu gardes toujours une solution de rechange... le suicide. »
Serge Julien

 

Sur les électrochocs:

« La première fois qu'elle m'en a parlé, j'étais contre, y en était pas question. J'avais peur de me rendre plus malade que j'étais. Je suis partie en claquant la porte. Ça n'est pas pour moi. Mais je me suis dit: " je fais quoi, là ? Je ne réagis pas au traitement, ça fait un mois que je suis ici, puis il n'y a rien qui marche. " »
Geneviève

***

« Si elle reste comme ça, elle est correcte. Parce que cela prenait je ne sais pas combien de pilules par jour. Mais elle est rendue à deux. C'est comme un miracle »,
dit Denis Gendron à propos de sa femme, Gisèle Phillips

 

« Je n'ai pas eu d'idées suicidaires, ça ne me passe plus par la tête. Ce qui m'arrive présentement, je ne me souviens pas des gens que je connais, de leurs noms. »
Pierre

 


Quatre personnes témoignent de leur maladie et de leur traitement aux électrochocs. Une équipe de Zone libre les a suivies du début à la fin de leur thérapie.

Un reportage de la journaliste Anne Panasuk et la réalisatrice Kristina von Hlatky. Images : Michel Kinkead; son: Daniel Lapointe; montage : Hélène Lamothe.

 

Le reportage sera disponible sur Internet dès 22h, immédiatement après sa diffusion sur les ondes de Radio-Canada.


H Y P E R L I E N S

D o s s i e r

Les électrochocs
(excellent dossier de l'émission Découvertes)

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A r t i c l e s

Le retour des électrochocs
(article de Cybersciences, qui fait état de statistiques intéressantes et qui explique les hypothèses expliquant le fonctionnement des électrochocs; mars 1997)

L'électrochoc revient à la mode
(article publié dans La Presse en décembre 2001)

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D o c u m e n t s

Indications et modalités de l'électroconvulvothérapie
(rapport de 1998 de l'ANAES (Agence nationale d'accréditation et d'évaluation en santé), une agence française)

L'histoire des électrochocs en psychiatrie
(document qui raconte l'historique de ce traitement; en anglais)

ECT On-Line
(site britannique neutre qui inclut de nombreux hyperliens)

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S o u t i e n  p s y c h o l o g i q u e
a u x   p e r s o n n e s   d é p r e s s i v e s

Revivre
(Association québécoise de soutien aux personnes souffrant de troubles anxieux, dépressifs ou bipolaires)


A r t i c l e   d e   p é r i o d i q u e

Shock and Disbelief
(article du Atlantic Monthly, publié en février 2001, qui
fait le tour du traitement aux États-Unis et parle des groupes opposés à ce traitement)


L'émission Zone libre est diffusée sur les ondes de
Radio-Canada
le vendredi à 21 h et en reprise à RDI
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