diffusion le 9 mars 2001  


Nous sommes malheureusement dans l'impossibilité de vous présenter ce reportage sur Internet. Nous vous proposons toutefois quelques extraits de reportages représentatifs du travail de cette excellente journaliste, sélectionnés parmi les archives de Radio-Canada.



Portrait d'une journaliste engagée

Judith Jasmin. Son nom reste, 30 ans après sa mort, une référence dans le monde de l'information. Journaliste de grand talent, elle traitait l'information avec intelligence et sensibilité, que ce soit comme reporter sur le terrain ou comme animatrice d'émissions d'affaires publiques. Pionnière de la presse électronique au Québec, citoyenne du monde, elle savait rendre accessibles au public les enjeux qu'elle couvrait, même lorsque ceux-ci étaient compliqués.

À cinq ans, Judith Jasmin quitte le pays avec sa famille pour vivre outre-Atlantique. Elle reviendra à contrecœur dans le Québec de la « Grande Noirceur », après avoir passé près de dix ans dans la capitale française. Une expérience qui l'aura marquée profondément et dont elle gardera le parfum de la liberté.

« Elle ne s'adapte pas du tout quand elle revient;
non seulement elle ne s'adapte pas mais, tous les jours,
elle demande de retourner en France
 »
- Colette Beauchamp, auteure d'une biographie intitulée
Judith Jasmin: de feu et de flamme

Après des études, auprès des religieuses, elle deviendra vendeuse, puis comédienne. Elle débute sa carrière en information aux côtés de René Lévesque, avec qui elle donne un nouveau souffle au journalisme radio. Plus tard, elle sera de ceux qui inventeront le journalisme télévisé. Car pionnière, elle l'était. Première femme à faire sa marque comme grand reporter et comme correspondante à l'étranger, elle fut aussi la première à faire du journalisme politique et international.

« Judith Jasmin a été l'un des phares de la Révolution tranquille »
- extrait du reportage

Elle a notamment mené des enquêtes sur l'éducation au Québec, sur la ségrégation raciale aux États-Unis, sur la faim dans le monde, et réalisé des reportages sur l'Algérie, Cuba, Israël, le Pérou… Aussi à l'aise dans des reportages que dans des entrevues, elle a rencontré Le Corbusier, Marcel Pagnol, Ionesco, Orson Welles, Jean Cocteau ainsi que des grands noms du monde politique.


Lors de l'assassinat de John F. Kennedy, en 1963, elle fut la seule journaliste au monde à interviewer la mère de Lee Harvey Oswald, l'assassin du président américain.

Vers la fin des années 1960, aux États-Unis, elle a participé à une manifestation
contre la ségrégation raciale...
ce qui lui a valu 30 heures d'emprisonnement.

Elle était fonceuse, mais elle confia que sa carrière l'aida à se « purger » de sa timidité. Celle que le chef créditiste Réal Caouette accusa de cracher « son venim contre l'ordre établi » n'était pas femme de compromis et, à l'époque, elle eut quelques démêlés avec la direction de Radio-Canada. Malgré sa compétence, Judith Jasmin n'avait pas une excellente estime d'elle-même. Et, malgré sa force, elle ressentait une grande vulnérabilité émotive qui se répercutait sur ses relations amoureuses tourmentées. Elle s'est éteinte prématurément, des suites d'un cancer du sein qui s'était généralisé.

Sa vie en bref


1916 : naît à Montréal
1921 : va vivre à Paris en compagnie de sa famille
1929 : revient au Québec
1930: à 14 ans, retourne étudier en France, sans sa famille
1932: rentre au pays
1938 : tient le rôle principal du radioroman La Pension Velder
1945 : devient réalisatrice à Radio-Canada pour les émissions dramatiques : réalise notamment Voix du pays, Entrée des artistes, Studio G 7; participe à l'émission Chroniques de France
1947-1951 : travaille pour la radio au Service international de Radio-Canada
1952 : passe à la télévision de Radio-Canada
1953-1957 : redevient reporter; elle se signale notamment aux émissions Reportage et Conférence de presse
1957-1959 : quitte Radio-Canada pour être correspondante à la pige; elle fera des reportages sur l'Europe et l'Afrique du Nord
1959-1966 : revient au Canada, toujours comme pigiste; collabore aux émissions Carrefour, Premier Plan, Champ libre (qui deviendra en 1965 Le Sel de la semaine)
1963 : subit une mastectomie
1966-1968 : devient correspondante de Radio-Canada à l'ONU
1968 : son cancer se propage aux os
1968-1970 : devient correspondante pour la radio de Radio-Canada à Washington
1970 : alors que son état de santé se détériore, devient reporter à la salle des nouvelles et participe à l'émission Format 60
mars 1972 : reçoit le prix de journalisme Olivar-Asselin (elle est la deuxième femme à recevoir cette distinction)
octobre 1972 : meurt d'un cancer

Depuis 1976, un prix à son nom est attribué
à l'auteur du meilleur reportage de l'année
au Québec en presse écrite et électronique.

 

Femme de tête et de cœur


Elle a dit:

Sur sa vie personnelle :

Je voulais une vie d'exception mais, intérieurement, j'avais une peur bleue de ne pas l'obtenir.

Quand il m'a embrassée, brusquement, je n'ai pas été surprise. Pour moi, tout naturellement, je retrouvais ce souffle, cette chaleur, comme si je l'avais connu et aimé dans une autre vie
- à propos de René Lévesque

Sur son métier :

Ça m'a donné presque tout. […] Ça m'a donné, par exemple, cette approche des êtres. Il me semble que j'ai mieux compris ce que sont les autres.

Si on parle d'information, c'est des faits. C'est des choses à dire ou des gens à faire entendre tels qu'ils sont. Et je pense qu'un journaliste, même s'il a des idées à lui, ça n'a pas d'importance. S'il a des faits à montrer, qu'il les montre. C'est ça, l'objectivité. C'est presque la nudité du fait.

Judith Jasmin vue par les autres:

Sa vie personnelle :

« Autant elle va avoir de l'assurance dans ce qu'elle fait professionnellement, autant elle n'a aucune assurance dans sa vie personnelle, et elle ne croit pas qu'elle peut être heureuse par elle-même. C'est toujours les hommes qui peuvent la rendre heureuse »
- Colette Beauchamp, auteure d'une biographie sur Judith Jasmin

« J'ai l'impression qu'elle se faisait de l'amour une espèce de mythe qui est difficile à confronter dans la vie de tous les jours »
Claude Fournier, réalisateur, un ami de Judith Jasmin

Son métier :

« C'était une femme qui avait tendance, parfois, à être brutale, qui avait des opinions sur toutes sortes de choses »
Julie Miville-Dechêne, journaliste

« Judith avait des idées, bien entendu, sur une foule de sujets, mais ce qui m'a toujours frappé, c'est qu'elle savait laisser ses convictions personnelles à la porte des studios »
Pierre Nadeau, collègue

« Judith avait le don d'ouvrir les portes »
- Jean Letarte, collègue

« C'était une des forces de Judith Jasmin, de pouvoir nous faire comprendre : Écoutez ce que je vais vous dire parce que ça a une importance pour vous, et la voici »
- Francine Bastien, journaliste

« Par exemple, elle allait dans une famille pauvre, je ne sais pas où, et puis elle était capable de s'asseoir avec les gens, puis de pleurer, puis de leur éplucher des pommes de terre et de changer les couches du petit enfant »
-
Monique Bosco, une amie

« Judith et René Lévesque ont inventé une nouvelle forme de radio, où est ce qu'ils sont allés dans la rue chercher l'opinion des gens ordinaires sur une foule de sujets. C'était à ce moment-là extrêmement innovateur »
- Claude Fournier, réalisateur, un ami de Judith Jasmin

« Les autres ne m'en voudront pas de souligner que nos modestes succès [du magazine radiophonique Carrefour] reposèrent en grande partie sur le talent d'une collègue sans pareille. Il est moins banal qu'il ne semble de rappeler que Judith Jasmin parlait et écrivait une langue non seulement correcte mais d'une pureté de source. D'elle-même, elle exigeait le maximum tout en demeurant disponible chaque fois qu'un ouvrage mal foutu était à reprendre ou un absent à remplacer au pied levé. Rien de bonasse, cependant, chez cet esprit sans cesse en éveil, capable de s'appuyer sur une structure faite d'expérience et de culture bien digérées. Sa connaissance de l'art, du théâtre surtout, se mariait d'étonnante façon à un vif souci de précision et de franchise dans le récit des faits. De plus, je n'ai connu personne qui fût plus écorchée par l'injustice. »
- René Lévesque, dans Attendez que je me rappelle, Éditions Québec/Amérique (p.160)

 

Zone libre présente un documentaire qui raconte la vie personnelle et la carrière de cette femme exceptionnelle, qui fut une pionnière de l'information.

Un documentaire écrit par Maureen Marovitch, réalisé par David Finch et Maureen Marovitch. Narrateur: Jean-François Lépine.

 

Documents visuels

Les enfants du Gange
(extrait d'environ 9 minutes d'un reportage sur l'Inde diffusé dans le cadre de l'émission Champ libre, en 1965)

Entrevue avec Orson Welles
(entrevue de 5 minutes réalisée avec cet acteur et réalisateur américain lors du Festival de Cannes, en 1958; diffusée dans le cadre de l'émission Carrefour)

Brève biographie
(diffusée dans le cadre de l'émission Au jour le jour, en 1987, à l'occasion du 15e anniversaire de sa mort)

Hyperliens

Judith Jasmin, journaliste (reportage audio d'une durée d'environ 13 minutes)
(Pierre Nadeau et Solange Chaput-Rolland parlent des qualités de Judith Jasmin; sur le site SocioMedia, issu d'une collaboration entre la Télévision éducative franco-ontarienne (TFO), l'Office de la télécommunication éducative de l'Ontario (OTÉO) et la zone éducation de Radio-Canada)

Portrait d'une Lanaudoise célèbre
(page du Conseil de la culture de Lanaudière)

Pour en savoir plus

Judith Jasmin: de feu et de flamme
Colette Beauchamp, Boréal, 1992

 

L'émission Zone libre est diffusée sur les ondes de Radio-Canada le vendredi à 21 h et en reprise à RDI le samedi à 23 h, le dimanche à 13 h et à 20 h ainsi que le lundi à 2 h.