8 décembre 2000
 

 

La Yougoslavie au lendemain du départ de Milosevic

« Gotov je ».« Il est fini », clamaient pendant la campagne électorale les jeunes militants du mouvement d'opposition Otpor à propos du président yougoslave, Slobodan Milosevic. Leur cri du coeur deviendra une réalité lorsque, le 5 octobre dernier, il finira par concéder la victoire à son adversaire, Vojislav Kostunica. Ce jour-là, les frappes démocratiques ont eu raison de son régime autoritaire: des centaines de milliers de citoyens ont pris d'assaut les rues de la capitale et des grandes villes du pays pour faire tomber l'homme fort de Belgrade.

Une révolution faite par des jeunes

Fondé par des étudiants à l'automne 1998, le mouvement Otpor, résistance, en serbe, a choisi de faire bouger les choses par d'autres moyens que les manifestations et les marches. Ironie, coups d'éclat, concerts rock, théâtre de rue ont été les armes utilisées pour renverser le régime socialiste au pouvoir. Un exemple de leurs actions: à l'anniversaire de Milosevic, les étudiants lui ont déjà offert un immense gâteau avec un aller simple en avion à destination de La Haye, aux Pays-Bas, où loge le Tribunal pénal international, qui veut le juger pour crimes de guerre et pour crimes contre l'humanité. Cette organisation de jeunes, qui est rapidement devenue l'un des principaux mouvements d'opposition du pays, a participé à la chute de celui qu'on a surnommé le boucher des Balkans.


« Quelqu'un pourrait dire que le 5 octobre, c'était la révolution,
mais je dirais plutôt que la révolution va commencer maintenant.
 »
- Branko Ilic, cofondateur de l'organisation d'opposition Otpor

 

« Il y a encore beaucoup de choses à faire, parce que nous avons chassé Milosevic, mais ce n'est pas fini.
On doit changer le système. Et nous allons continuer de changer le système et changer la mentalité du peuple.
»
- Ana Vuksanovic, miliante d'Otpor

 

Depuis, la république a réintégré les rangs de l'ONU et scellé sa réconciliation avec l'Occident en renouant ses relations diplomatiques avec les États-Unis, la France, le Royaume-Uni et l'Allemagne, rompues en mars 1999. Mais ce pays à l'économie archaïque, qui a de plus souffert des sanctions des pays occidentaux, des bombardements de l'OTAN et de la corruption du régime, doit se relever financièrement. Et la route vers la reconstruction risque d'être longue et parsemée d'embûches.

Les dommages occasionnés par les bombardements de l'OTAN avoisineraient les 6 milliards de dollars.

50-50

- 50$: voilà le salaire moyen mensuel d'un travailleur yougoslave.
- Le pays compterait 50 % de chômeurs.
- Plus de 50% de l'économie yougoslave provient du marché noir.

Plus important encore, les relations entre les différentes provinces et républiques- Serbie, Monténégro et Kosovo surtout - restent à définir, celles entre les différents groupes ethniques restent à harmoniser. Les habitants du Monténégro jonglent avec l'idée d'une séparation politique, et les Kosovars albanophones attendent toujours l'indépendance. Or, fidèles à leurs convictions nationalistes, la majorité des Serbes veulent garder la province sous la tutelle de Belgrade.

« Un nationalisme qui l'a mené à déclencher quatre guerres en dix ans et au nom duquel on a légitimé les pires atrocités. Pour tourner la page, c'est donc tout le peuple serbe qui devra se livrer tôt ou tard à un nécessaire examen de conscience. »
-extrait du reportage

Neuf ans de guerre

Slovénie, Croatie, Bosnie-Herzégovine, Kosovo: en moins de 10 ans, Milosevic a mené quatre guerres meurtrières en ex-Yougoslavie.
Bilan: environ 200 000 morts et plus de cinq millions de personnes déplacées
.

 


« Les gens interprètent tout en fonction de notions historiques mal digérées plutôt que de simplement voir ce qui se passe
devant leurs yeux.
 »
- Vladimir Arsenijevic, écrivain

 

Une équipe de Zone libre s'est rendue en Yougoslavie, un pays où souffle un vent d'espoir, celui de la démocratie. Mais le pays est-il vraiment libéré de tous ses démons du passé? Les jeunes peuvent-ils aspirer à un avenir meilleur?

Un reportage du journaliste-réalisateur Jean-François Bélanger. Images : Serge Brunet ; montage : Mario Brassard.

 

 

Hyperliens


Informations générales sur le pays

République fédérale de Yougoslavie
(site contenant des informations politiques: Constitution, partis, politiciens, etc.; en anglais)
La tragédie yougoslave
(dossier du site Internet de Radio-Canada sur les guerres civiles qui ont déchiré l'ex-Yougoslavie dans la dernière décennie)

Organisation non gouvernementale

Otpor
(organisation de résistance fondée par des étudiants; page en anglais)

Organisation supranationale

Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie
(accusations portées contre cinq dirigeants serbes, dont Slobodan Milosevic)

Médias

Beta News
(agence de presse indépendante de Serbie; en anglais)
Media Center Belgrade
(site répertoriant de nombreux articles de journaux serbes; donnant accès à de l'information sur les formations politiques et les organisations non gouvernementales; avec de nombreux hyperliens; en anglais)
Le Courrier des Balkans
(agence de presse qui traduit les journaux indépendants de la région)
Free B2
(radio libre; site en anglais)
Free Serbia
(articles et entrevues)
Le Monde diplomatique
(dossier sur la Serbie constitué d'articles parus entre 1998 à 2000, avec hyperliens)
Le Monde diplomatique
(dossier de 1996 qui explique la situation politique en Yougoslavie; retrace notamment les événements ayant mené à l'accession au pouvoir de Milosevic; malgré la date de mise en ligne, ce dossier conserve toute sa pertinence; avec hyperliens)

Chansons

Chanson Spasi Srbiju (Sauve la Serbie) en MP3
(chanson emblématique ironique adressée à Slobodan Milosevic)
Site du chanteur Bosisav Djordjevic/Ribjla Corba
(apparaît dans le reportage)

Industrie automobile

Exportateurs de Yugo

 

L'émission Zone libre est diffusée sur les ondes de Radio-Canada le vendredi à 21 h et en reprise à RDI le samedi à 23 h, le dimanche à 13 h et à 20 h ainsi que le lundi à 2 h.