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    HEURE DE DIFFUSION
    Mardi 19 h 30

    REDIFFUSION SUR RDI
    Samedi 17 h 30
    Dimanche 2 h 30


    - Les ravages de la pyrite -
    Sur la Rive-Sud de Montréal, tout le monde se souvient de la véritable catastrophe causée par la pyrite. Ce minéral, contenu dans la pierre utilisée comme remblai sous les fondations de centaines de maison, gonflait au contact de l'eau et fissurait de façon inquiétante la dalle de béton des maisons. On croyait le cauchemar terminé, jusqu'à ce que la pyrite ne réapparaisse, sous une autre forme, à Trois-Rivières.

    Journaliste: François Dallaire
    Réalisateur: Louis Faure


    __________


    Alain, résident de Trois-Rivières, est inquiet. La dalle et les fondations de sa maison neuve sont anormalement fissurés. Puisque sa maison est encore sous garantie, il contacte l'Association provinciale des constructeurs d'habitations du Québec (APCHQ).

    « Ils m'ont dit que, dans mon quartier, les cas de pyrite étaient très nombreux, déclare Alain. De plus, l'entrepreneur qui a bâti ma maison avait déjà utilisé de la pyrite pour d'autres constructions. Ils m'ont dit que les possibilités étaient grandes pour que ce soit le cas de ma maison, et qu'ils prendraient des échantillons. »

    L'APCHQ a bel et bien relevé des traces de pyrite dans les fondations et dans la dalle de béton de la maison d'Alain. « On n'a vraiment pas bien dormi, ma femme et moi, quand on a su qu'on avait de la pyrite, lorsque cela nous a été confirmé, ajoute-t-il. Tout ce qu'on a eu comme réponse, c'est qu'un suivi allait être fait dans un an. On a trouvé cela aberrant. »

    Des rues en chantier

    Francine habite une maison construite en 1998, dans un nouveau quartier de Trois-Rivières-Ouest. Les fondations de plusieurs maisons du secteur ont fissuré de façon étonnante, peu de temps après avoir été coulées; du jamais vu au Québec. Le problème de pyrite, cette fois, n'est pas dans le remblai sous la dalle de béton, mais dans le béton lui-même. Sa rue est redevenue un véritable chantier, où l'on ne construit pas, mais où l'on démolit.

    « Normalement, quand on casse du béton avec un marteau-piqueur, on ne fait que des trous, cela tombe par gros morceaux, explique le chef de chantier. Tandis qu'ici, lorsque j'utilise le marteau-piqueur dans le béton, il s'effrite. Il fait beaucoup de poussière. C'est l'effet de la pyrite. »

    Les dommages causés à la maison de Francine sont si importants qu'elle doit défaire, puis refaire les fondations. Il s'agit d'une opération complexe et coûteuse. « Ils vont enlever complètement le solage, soulever la maison, puis ils vont recouler un solage neuf, et ils vont rasseoir la maison », explique-t-elle.

    Tout le parement de briques doit être remplacé. L'aménagement paysager, le pavage et les pièces du sous-sol doivent être refaits. Heureusement pour Francine et pour sa voisine, Jacinthe, leurs maisons sont encore protégées par la garantie de maison neuve. Cette garantie a toutefois ses limites.

    Le montant maximal auquel les propriétaires ont accès est équivalent au coût de la maison au moment de l'achat. « On assume nos responsabilités jusqu'à la limite monétaire prévue au texte de garantie, explique Ronald Ouimet, directeur de l'APCHQ. Par contre, si les consommateurs subissent des préjudices qui dépassent cette limite, ils peuvent exercer des recours contre l'entrepreneur général, contre le fournisseur de béton, ou contre quiconque pourrait être responsable de la situation. »

    Jacinthe ne pourra connaître le coût total des travaux avant juin prochain « Nous pensons que nous allons dépasser le montant maximal, affirme-t-elle. Nous n'avons pas fait de folies, et nous essayons d'en faire le plus possible nous-mêmes. »

    À qui la faute?

    À ce jour, 29 propriétaires, tous de la région de Trois-Rivières, ont alerté l'APCHQ. Du nombre, 19 propriétés sont si gravement touchées que leurs fondations doivent être entièrement refaites.

    « Les 29 maisons pour lesquelles nous sommes intervenus ont été construites par 4 entrepreneurs, lesquels se sont procuré leur béton du même fournisseur, dans une proportion que j'estime à 99 % », précise Ronald Ouimet, directeur de l'APCHQ.

    Ledit fournisseur est spécialisé dans la fabrication de béton, la construction de routes et de maisons. L'entreprise possède également plusieurs carrières, gravières et sablières.

    Ce fournisseur a coulé, en 1998, les fondations de la maison de François, maintenant couvertes de fissures. Puisqu'il est un autoconstructeur, il ne bénéficie pas de la garantie des maisons neuves.

    « Ce qui est frappant, c'est qu'il y a des fissures partout, déplore François. Lorsqu'on a défait le mur, on a dû s'arrêter. On s'est dit qu'il ne servait à rien de défaire le mur partout, puisque c'est certain que toutes les fondations sont pareilles. »

    Dans le béton, on retrouve des pierres que l'on appelle granulats. L'expert de l'APCHQ soupçonne ces granulats d'être la cause de cette étonnante réaction.

    « Ce qu'on a découvert, c'est que le béton des maisons en question contenait un gros granulat qui avait des concentrations en minéraux sulfureux relativement importantes, de l'ordre de 3,5 à 4 % de sulfure », relate Denis Roy, ingénieur et vice-président d'Inspec-sol inc. Le sulfures dont il est question sont la pyrotine et le chalcopyrite.

    Des tests ont pourtant été faits sur les granulats de la carrière où le fournisseur s'est approvisionné, dont il est également propriétaire. Avant même de l'utiliser, lors de l'été 1998, l'entreprise savait que sa pierre contenait de la pyrite. Un rapport d'analyse révèle que les granulats de la carrière contenaient plus ou moins 5 % de pyrite.

    Selon l'ingénieur Denis Roy, il s'agit d'un pourcentage risqué. « Le mieux serait d'essayer de ne pas utiliser ces granulats, de vérifier si d'autres granulats sont disponibles, surtout lorsqu'ils contiennent 5 % de pyrite, affirme-t-il. Si ces granulats doivent être utilisés, je pense qu'une série de tests devraient être effectués. »

    Selon le vice-président de l'entreprise ayant fourni le béton, l'éclatement des fondations à Trois-Rivières est un phénomène nouveau, qui n'a rien à voir avec le gonflement des pierres de remblai, tel qu'on l'a connu sur la Rive-Sud.

    « À peu près toutes les pierres au Québec ont un pourcentage de pyrite, soutient le vice-président de l'entreprise. Dans le béton, ça n'a jamais rien fait. Selon ce que nous savons, c'est la première fois que la pyrite cause des dommages aussi importants dans le béton, et non sous la dalle. »

    Le béton fait l'objet d'une norme fédérale, qui ne précise toutefois pas le pourcentage maximal de pyrite que peuvent contenir les granulats. Pour satisfaire la norme, seulement les granulats qui provoquent une dilatation excessive du béton ne doivent pas être utilisés.

    D'autres causes possibles

    La pyrite est-elle vraiment la première responsable de la fissuration des fondations? Les experts ne s'entendent pas tous sur ce point. Plusieurs d'entre eux croient plutôt que l'autre composante du béton, le ciment, aurait provoqué l'oxydation de la pyrite.

    Quant à l'entreprise qui a fourni le ciment, elle maintient que son produit est irréprochable, puisqu'elle aurait fourni le même ciment à 350 autres clients sans rencontrer de problèmes.

    De complexes poursuites

    Quoi qu'il en soit, pour François, une chose est claire: sa maison ne vaut plus rien, de l'avis même de la Ville de Trois-Rivières. « Ils évaluent que les coûts pour réparer la maison s'élèveraient au montant de l'évaluation, ou plus », explique-t-il.

    Comme il n'est pas couvert par la garantie de maison neuve, il doit lui-même poursuivre le responsable et faire tomber toutes les pièces d'un jeu de dominos. Plusieurs parties sont impliquées: l'entreprise responsable des fondations, le fournisseur de béton, le fournisseur de ciment, les carrières d'où proviennent la matière première, jusqu'au laboratoire qui a analysé les granulats.

    Selon l'avocat Pierre Soucy, la cause est complexe puisqu'elle implique beaucoup de gens, nombre d'experts et plusieurs avocats. En fait, en incluant les poursuites que prépare l'APCHQ, les réclamations s'élèveront à plus de 2 millions de dollars. Une facture que personne ne veut assumer.

    « Ce qui est le plus dur à vivre, c'est que l'échéance est toujours reportée », déplore François. Il attend maintenant depuis deux ans les 142 000 $ qu'il réclame pour réparer les dégâts. Ses six enfants et son épouse vivent, depuis, dans l'inquiétude constante. Tous les deux mois, François doit faire venir un ingénieur, qui vérifie si les fondations endommagées peuvent encore soutenir sa maison.

    En conclusion

    De nouvelles réclamations se sont ajoutées depuis que ce reportage a été réalisé. Jusqu'à maintenant, 32 propriétaires ont alerté l'APCHQ, l'Association provinciale des constructeurs d'habitations du Québec, qui gère la garantie de maisons neuves. Les fondations de 20 maisons ont dû être démolies et complètement refaites.






    Hyperliens
    Association provinciale des constructeurs d'habitations du Québec

    Le problème du gonflement de la pyrite
    Association des consommateurs pour la qualité dans la construction

    À propos de la pyrite
    Gorénovation.com



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