Nature contre salmoniculture
Reporter réalisatrice :
Thérèse Champagne (Vancouver)
23 mars 2003

«On raconte, dans la Genèse de l'Ancien Testament, l'histoire d'Esaü qui céda à Jacob son droit d'aînesse en échange d'un plat de lentilles...»


Les dangers de la salmoniculture

Dès 1987, les fermes aquacoles ont commencé à s'ancrer dans les eaux de l'archipel Broughton. Ces entreprises font l'élevage de centaines de milliers de saumons dans des filets.

En juin 2001, la biologiste Alexandra Morton a découvert qu'à proximité de ces fermes, les poissons sauvages étaient malades. Mme Morton a donc étudié le cas de 600 saumoneaux sauvages de l'archipel.

Elle a alors constaté que 34% des poissons étaient attaqués par plus de dix poux et qu'ils en mouraient. La biologiste est aujourd'hui convaincue que ces saumons juvéniles ont attrapés des poux en nageant près des sites de piscicultures.

Les résultats de son étude sont alarmants. En début d'été 2001, elle prévoit que les poux décimeront cette génération de saumons roses.

Rick Burns pêche sur la Côte depuis plus de 30 ans. Il a également constaté la disparition des saumons roses. Comme Alexandra Morton, Rick Burns croit que les fermes d'élevage causent la disparition des saumons. Pourtant, Pêches et Océans Canada n'en sont pas convaincus.

L'archipel Broughton est la région où l'on compte le plus grand nombre de sites de salmoniculture en Colombie-Britannique, soit une trentaine.

Le saumon d'élevage est l'exportation agricole la plus importante de la Colombie-Britannique.


Les désavantages de l'élevage...

En 2001, une étude de la province indiquait qu'on trouve des niveaux inaceptables de polluants, et ce, sous la moitié des fermes. Le danger, c'est que cette couche de déchets étouffe les espèces vivant dans les fonds marins et détruit un maillon important dans la chaîne alimentaire.

Il y a également les maladies. En septembre 2002, deux millions de saumons sont morts dans une ferme, victimes d'une algue toxique. Le NHI, un virus, fait des ravages semblables.

Les scientifiques craignent que les maladies sur les fermes puissent être transmises aux populations sauvages.

Enfin, il y a la possibilité que les poissons s'échappent des fermes. En Colombie-Britannique, la plupart des poissons d'élevage sont des saumons d'Atlantique, une espèce exotique à la c ôte ouest.

On croit que cette espèce pourrait entrer en compétition avec des espèces locales pour la nourriture de l'habitat.

L'aquaculture emploie 4 000 personnes et stimule l'économie des régions éloignées. La province prévoit que dans dix ans, elle va générer un milliard de dollars.


Élever en terre ferme...

 

En 1995, le gouvernement a imposé un moratoire sur l'expansion de la salmoniculture. Depuis, de nouveaux règlements sur les déchets et les échappées de poissons ont été adoptés. L'année dernière, le moratoire a donc été levé.

Pour les écologistes, la seule solution est de cultiver les poissons dans des enclos fermés sur la terre ferme. Mais ce n'est pas une solution attirante pour la plupart des aquaculteurs, puisque les coûts d'électricité et d'énergie sont très élevés.

 


HYPERLIENS

Garder le poisson en santé (pdf)

L’Aquaculture du saumon atlantique une menace pour les stocks naturels de la région du Canada atlantique ?

Pétition nº 54 - Infestation des saumoneaux sauvages par le pou de poisson en Colombie-Britannique—Gestion de la salmoniculture par le gouvernement fédéral

Conseil pour la conservation des ressources halieutiques (CCRH).




À l'enquête...

Récemment, une enquête de l'émission Disclosure, à la télévision anglaise de Radio-Canada, a relancé le débat.

Le reportage dénonçait la collusion entre le ministre provincial des pêches et l'industrie aquacole. Le ministre a dû démissionner.

Disclosure a aussi mis en cause l'attitude méprisante du ministère fédéral face à Alexandra Morton.

Dès que la biologiste a découvert que les saumoneaux roses mouraient à cause des poux, elle en a avisé le ministère. Ce dernier aurait tout simplement mis en doute sa recherche.

Un organisme indépendant, le Conseil sur la conservation des ressources halieutiques du Pacifique, a donné raison à Alexandra Morton.

 

Visionnez notre reportage
«Nature contre salmoniculture».