Les fraises de serre
Journaliste: André Bernard
Réalisatrice : Marie-Ève Thibault
16 mai 2004

«En Hollande, 40 % des fraises sont produites sous serre. Ça suit les tendances du marché : le consommateur veut consommer des fraises plus longtemps. Il veut un produit standard, un produit local, il veut un produit de qualité.»


Au Québec, la culture commerciale des fraises en serre a commencé en 1996, dans les serres de Rose Drummond. L'entreprise cherchait alors à diversifier sa production.

Mais l'année dernière, celui qui était jusqu'alors le seul producteur de fraises en serre dans la province a décidé d'abandonner ce créneau. Du coup, la surface consacrée à la fraise en serre au Québec a diminué de moitié.

Le problème, selon le producteur Jean-Denis Lampron, de Rose Drummond, est que les serriculteurs passent plus de temps à mener le plant à son stade de production qu'à en récolter les fruits.

Le producteur Paul Legault, à Sherrington, cultive des fraises en champs. Il y a trois ans, il a commencé à produire des fraises dans des petites serres qu'il réservait auparavant aux concombres..

«L'avantage, c'est que ça permet d'allonger la saison. Et le prix est plus intéressant. C'est un marché de créneau plus spécialisé. Ça ne prend pas beaucoup de main-d'œuvre non plus, puisque c'est en serre, sur des petites surfaces.»

- Paul Legault, producteur de fraises


Au Québec, la récolte de fraises se concentre sur une période de trois semaines. Cette concentration entraîne de grandes difficultés de gestion pour les producteurs et une baisse des prix. La production en serre permettrait, en offrant des fraises hors saison, de remédier à ce problème récurrent.

Déjà, des producteurs de fraises en champs ont allongé leur saison en utilisant des tunnels ou des paillis de plastique, ou en cultivant des fraises d'automne. La culture en serre pourrait être un moyen de plus pour y arriver.

Pourtant, l'enthousiasme des producteurs est tempéré par les coûts de production. Deux facteurs les entraînent à la hausse : la facture d'électricité pour le chauffage des serres et le coût des plants conditionnés pour ce type de production.

La fraise en serre coûte cher au producteur, et revient donc très cher au consommateur. C'est une fraise de niche, qui n'a rien à voir avec la fraise d'été.

S'il est techniquement possible de produire des fraises en serre au Québec, cela ne veut pas nécessairement dire que le Québec soit mûr pour la fraise en serre.

«La fraise de serre suscite beaucoup d'intérêt, et les technologies qu'on a développées au Québec attirent des Américains et des Canadiens des autres provinces. Dans ces environnements, la fraise de serre trouvera fort probablement une rentabilité supérieure à celle qu'on peut obtenir ici. »

- Simon Parent, producteur de fruits


Le dilemme de la fraise en serre, au Québec, c'est qu'on n'a pas encore atteint une masse critique de producteurs qui permettraient à l'industrie, comme au marché, de se développer. En outre, le développement et la recherche se sont faits, en grande partie, aux frais du principal producteur, sans grand support financier externe.

Mais, en attendant, la fraise en serre a créé une demande aujourd'hui impossible à combler. Ce faux départ risque d'être mal interprété par les distributeurs et les restaurateurs, avides de nouveautés, mais qui demandent également de la constance dans l'approvisionnement.



 

 

HYPERLIENS

Les systèmes de culture de fraises en climat nordique

 

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