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Mardi 25 novembre 2003  

          REPORTAGE

Un immigrant est exploité par son employeur

Un immigrant d'origine chilienne dénonce l'exploitation dont il a été victime pendant des années, au Québec, dans son travail. Il raconte aujourd'hui son expérience, pour que d'autres travailleurs ne subissent pas le même traitement.

Journaliste : Yvan Lamontagne
Réalisatrice : Claudine Blais


Cet homme d'origine chilienne est aujourd'hui plâtrier. C'est la première fois qu'il se sent bien dans son emploi depuis qu'il vit au Québec : « J'ai étudié la construction. Maintenant je suis plâtrier et mes papiers sont en règle. […] Quand j'arrive à la maison, je mange avec ma famille. Avant je ne le faisais jamais. J'ai eu des vacances pour la première fois. Des choses qui ont changé complètement ma vie. »

Et il rencontra un bon Samaritain

Cet homme et son frère sont arrivés au Québec en 1995. Sa femme et ses deux filles l'ont rejoint un an plus tard. Ils revendiquent le statut de réfugié politique. En attendant une réponse du ministère de l'Immigration, les deux frères distribuent d'abord des dépliants publicitaires. Puis ils font la connaissance du propriétaire d'une fabrique de tapis de Pointe-Saint-Charles à Montréal. L'homme d'affaires changera la vie du nouvel arrivant. Il lui offre un emploi et propose même de faciliter son installation au Canada. Le nouvel arrivant : « Il voyait que nous étions travaillants. Il disait : "ne t'inquiète pas pour les papiers, on s'en occupe." »

Le propriétaire de l'usine de tapis a refusé de rencontrer l'équipe de La Facture. Il a aussi refusé de laisser entrer notre équipe dans la fabrique. La plupart des employés sont des immigrants. L'homme d'origine chilienne dit y avoir fait des semaines de 60 à 70 heures : « Il voyait que nous ne disions jamais non, que nous voulions travailler. On a commencé à travailler de 10 à 12 heures par jour, 5 ou 6 jours par semaine. »

L'employé a travaillé à ce rythme plus d'un an, jusqu'à ce que le ministère de l'Immigration rejette sa demande de statut de réfugié politique. Il est renvoyé au Chili avec sa famille. Dix mois plus tard, en août 98, il revient au pays comme immigrant travailleur, grâce au fabricant de tapis. Ce dernier - avec sa compagnie - débourse au moins 10 000 $ pour ses papiers d'immigration. L'immigrant affirme qu'il avait une entente avec son employeur pour lui rembourser sa dette en faisant des heures supplémentaires : « Moi, je ne calculais jamais mes heures. J'avais tellement confiance en lui. »

Son patron lui fait d'autres avances pour s'acheter des meubles, un ordinateur, un voyage au Chili. L'immigrant : « Je n'ai pas d'argent pour payer mais je vais payer avec mon travail. » Il va travailler dans cette fabrique pendant quatre ans.

Il doit encore de l'argent

Les relations s'enveniment entre le patron et son employé. En mars 2001, il quitte l'entreprise. Malgré toutes les heures supplémentaires qu'il a faites, l'employeur lui dit qu'il lui doit encore 6000 $. L'employé signe une reconnaissance de dette à son départ : « S'il voulait que je signe, je signais parce que j'avais peur. Je n'ai rien moi. Et lui, il est le pouvoir. J'ai tout arrangé comme il faut. Je ne voulais pas de chicane avec lui. Je devais lui donner 466 $ par mois. Pour une personne qui a deux enfants et une femme qui ne travaille pas; c'est dur. »

Après plusieurs mois, il ne peut plus payer. L'homme d'affaires le poursuit. Le travailleur et l'employeur s'entendent pour un rééchelonnement de la dette. Le travailleur doit maintenant rembourser 200 $ par mois.

Les patrons de la fabrique estiment que le travailleur a reçu 13 000 $ en avances. Ce dernier le reconnaît. Il croit même que c'est encore plus. Mais comment se fait-il qu'il quitte l'usine endetté, alors qu'il aurait travaillé si fort pour accumuler des heures supplémentaires? L'immigrant affirme qu'il a travaillé en moyenne 20 heures supplémentaires par semaine; et ce, pendant quatre ans, à salaire et demi. Il aurait donc dû accumuler plus de 54 000 $. Mais la compagnie ne lui reconnaît aucune heure supplémentaire.

La représentante de la compagnie, Me Marie-Gisèle St-Pierre, accorde une entrevue à La Facture, en présence de sa propre équipe de tournage. Me St-Pierre : « Ce monsieur n'a fait aucune heure supplémentaire pour notre compagnie. Selon moi, c'est un menteur et je regrette que le propriétaire de la compagnie l'ait fait revenir au Canada. C'est tout ce que je pense de lui et il devra continuer à rembourser ce qu'il doit, comme le dit le jugement. »

Ce travailleur n'aurait donc jamais fait d'heures supplémentaires. Pourtant, sa dette envers le chef d'entreprise a fondu miraculeusement, de 13 000 $ - selon les calculs de Me St-Pierre, - à 6500 $, à son départ de l'usine.

Les normes du travail au Québec

D'anciens employés de l'usine viennent corroborer le témoignage de ce travailleur. Parmi eux, une travailleuse d'origine mexicaine qui se souvient très bien des deux frères chiliens. Elle se rappelle qu'ils commençaient à travailler tôt le matin, parfois à 6 h, et qu'ils terminaient le travail entre 17 h et 18 h. Cette femme a vécu une situation semblable à celle de l'employé chilien. La compagnie l'a aidée à obtenir son permis de travail et, pour rembourser sa dette, elle aurait fait des heures supplémentaires. Deux autres ex-employées du fabricant de tapis se souviennent que les frères chiliens arrivaient tôt le matin, partaient tard le soir et travaillaient aussi pendant le week-end. Elles ont eu des démêlés avec la compagnie, mais leurs litiges se sont réglés hors cour.

Si l'employé chilien travaillait sans relâche, aucune heure supplémentaire n'apparaissait sur ses bulletins de paye. Robert Rivest, de la Commission des normes du travail : « Le bulletin de paye doit comprendre toutes les informations nécessaires permettant au travailleur de savoir quelles sont ses heures travaillées au taux simple, quelles sont ses heures supplémentaires. »

Le travailleur chilien explique qu'il ne connaissait pas la loi, ni les normes concernant les heures supplémentaires ou le salaire et demi. Il faisait confiance à son patron. Robert Rivest : « Lorsqu'il s'agit de travailleurs d'origine ethnique différente, qui ne connaissent pas les différentes obligations ici, évidemment ce sont les gens les plus maniables. »

Le travailleur chilien continue de payer sa dette au fabricant de tapis; 200 $ par mois. Il n'oubliera pas de sitôt cette expérience de travail : « Il faut faire très attention. Ça m'est arrivé. Je ne veux pas que ça arrive à d'autres personnes. Je sais qu'il y a des gens qui sont dans la même situation que moi. »

En conclusion

La Commission des normes du travail du Québec enquête en ce moment sur le fabricant de tapis. La Commission veut déterminer si cette entreprise respecte bien la loi québécoise sur les normes du travail.

Si votre employeur vous avance de l'argent, il peut faire des retenues sur votre salaire pour se faire rembourser. Mais attention! Vous devez y consentir par écrit.


Hyperliens

Commission des normes du travail
Organisme qui se charge de l'application de la loi sur les normes du travail, qui établit les conditions minimales de travail.

Répertoire des principales organisations d'aide au Canada
Citoyenneté et Immigration Canada

Comité sectoriel d'adaptation de la main-d'oeuvre
Centre pour l'intégration à l'emploi des personnes immigrantes, affilié à Emploi-Québec. Vous y trouverez aussi une importante liste d'organismes communautaires québécois d'aide aux immigrants.

Centre social d'aide aux immigrants
Pour consulter leurs services offerts dans le domaine de l'emploi.