Émission 241

Le mardi 4 mars 2003

 

Les systèmes téléphoniques sont de plus en plus modernes et efficaces. Mais les frontières des circonscriptions téléphoniques, elles, sont souvent d'une autre époque. Certains clients de Bell ne comprennent pas pourquoi ils ont à payer des frais d'interurbains alors que leurs voisins en sont exemptés. C'est le cas d'un résident d'Howick, au sud-ouest de Montréal. Il vit une situation qui paraît aberrante et qui lui coûte une petite fortune.

 

Une ville : deux tarifs interurbains

« J'ai vu la maison à vendre, on est venus la visiter et elle nous est tombée dans l'œil. […] Quand j'ai donné à Bell mon code postal, on m'a dit que ce n'était pas un interurbain pour appeler Montréal, qu'il n'y avait pas de problème [à ce sujet]. »

Pas de problème ? Pas si sûr ! Malgré ce qu'on lui avait dit chez Bell, une surprise attendait ce client, une fois déménagé dans sa nouvelle maison. Au moment d'appeler à Montréal de chez lui une voix familière se fait entendre : « Vous venez de composer un numéro pour lequel des frais interurbains s'appliquent. »

 

Le résident est surpris. « Quand ils sont venus [brancher] ma ligne ici, quand ils m'ont donné mon numéro de téléphone, je savais bien que le 829 était [un interurbain] à partir de Montréal. »

Le 829 est le numéro de téléphone d'Ormstown. Il s'agit du village voisin d'Howick où habite le nouvel abonné. Les résidents d'Ormstown doivent faire un interurbain pour appeler à Montréal.

Howick, c'est la région natale de cet abonné. Il y travaille à l'entreprise familiale. De plus, il étudie à l'École des hautes études commerciales de Montréal (HEC). Pour lui, un accès Internet haute vitesse est un besoin essentiel.

«  Quand on est étudiant à l'université, et en plus aux HEC, où on a quotidiennement à télécharger des fichiers de rapports annuels de compagnies qui pèsent trois ou quatre méga-octets, ça prend absolument un accès Internet et, en plus, un accès haute vitesse, si possible, pour faire le travail, sinon ça triple ou quadruple le temps des travaux. »

Internet haute vitesse n'est pas disponible dans la région. Ce résident doit donc se brancher par téléphone à un serveur haute vitesse situé à Montréal. Mais pour se brancher à ce serveur, il doit faire un interurbain. Au tarif de 29 cents la minute, la navigation sur Internet prend des allures de croisière de luxe. « Ça n'avait pas de bon sens. J'étais branché 18 heures par jour. Ça m'aurait coûté près de 3000 $ par mois être branché à Montréal. »

Avant d'acheter sa maison, il s'était pourtant fait confirmer que ses appels vers Montréal ne seraient pas des interurbains. A-t-il été mal informé par les préposés de Bell ? La Facture a fait l'exercice en s'informant auprès d'un préposé de Bell. À la question : « Je veux acheter une maison à Howick et j'aimerais savoir si c'est un interurbain pour joindre Montréal ? », Bell a répondu : « C'est local, il n'y a pas de frais d'interurbains ». Lors d'un deuxième essai, Bell a répondu : « C'est interurbain ».

La Facture a obtenu deux réponses différentes, pourquoi ? La confusion vient du fait qu'à Howick, les frais d'interurbains vers Montréal ont été abolis en 1997, à l'exception d'une poignée de résidents situés à l'extrémité ouest de la municipalité. Des 800 résidences de Howick, 43, dont celle du jeune homme, sont reliées au central téléphonique d'Ormstown, la municipalité voisine. Et là, les citoyens paient des frais d'interurbains lorsqu'ils appellent à Montréal. Les zones téléphoniques de Bell ne correspondent pas nécessairement aux territoires des villes.

La porte-parole de Bell, France Poulin : « C'est une situation qui est malheureuse certes, mais il y aura toujours, lorsqu'il y a des circonscriptions, des limites à une zone, il y aura toujours des gens qui voudront faire partie d'une autre frontière ».

Depuis un an et demi, ce résident d'Howick s'est lancé dans une bataille de frontière. Il a tout essayé pour persuader Bell de raccorder sa maison au central téléphonique de Howick, sa municipalité.

Bell affirme qu'il ne peut changer ce paysage technologique en raison des coûts économiques importants, et que cela serait, pour l'entreprise, impossible de rendre viable la transformation d'une zone complète. De plus, le jeune homme affirme que Bell lui a expliqué qu'il était branché comme résident d'Ormstown parce qu'il est plus près du central d'Ormstown. La Facture a vérifié. En suivant les fils du réseau téléphonique qui longent la route, le central d'Ormstown se trouve à 9,3 kilomètres de la résidence de l'abonné. La Facture a aussi calculé la distance qui sépare la maison de l'abonné au central téléphonique de Howick, sa municipalité. Le central de Howick se trouve à 7,5 kilomètres de la maison de l'abonné. Donc, plus près de chez lui de 1,8 kilomètre. Curieusement, il est branché au central téléphonique qui est, en apparence, le plus éloigné de sa maison.

France Poulin de Bell : « Il faudrait comprendre toutes les ramifications du réseau pour pouvoir bien évaluer si cette distance est juste. Mais la distance qui peut se faire par une route n'est pas nécessairement la distance qui existe en réalité avec le fil de cuivre, le réseau comme tel, la portion souterraine ou aérienne du réseau qui dessert un client. »

 

Ultime solution

Ce citoyen pourrait convaincre les citoyens d'Ormstown de demander à Bell d'abolir les frais d'interurbains vers Montréal. Cette solution peut sembler étonnante, mais pas impossible. Il faut qu'une majorité de citoyens appuient cette requête. Mais en abolissant ces frais, Bell augmenterait le coût de son service de base d'environ 6 $ par mois. Dans ce cas, les chances de convaincre la population sont minces, si on en croit le maire d'Ormstown, John McCaig. « Je pense que ceux qui ne veulent pas payer d'interurbains seraient d'accord avec ça, mais comme on a vu avec le dernier sondage de Bell, il y a sept ou huit ans, les gens n'étaient pas en faveur de ça. Ils n'en voudraient pas. »

Ce résident n'en serait peut-être pas là aujourd'hui s'il avait su ce qu'il sait maintenant. « J'aurais probablement trouvé une maison à quatre maisons d'ici, [où il n'y aurait pas de frais d'interurbains] de Montréal. »

Pour se brancher à son serveur Internet de Montréal sans frais d'interurbains, cet abonné de Bell a trouvé une solution astucieuse et légale. Comme son voisin ne paie pas d'interurbains lorsqu'il appelle à Montréal, le jeune homme a fait installer à ses frais une deuxième ligne chez son voisin. Par simple transfert d'appel, il peut alors communiquer avec son serveur de Montréal, sans frais. Cette deuxième ligne lui coûte cependant 60 $ par mois.

Hyperlien pertinent :

Bell Canada




 

 

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