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REPORTAGE  —  14 décembre 2003

 
Jane Goodall, ambassadrice des chimpanzés

En avril 2002, une scientifique de réputation internationale était nommée « Messagère de la paix » par le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan. C'est un titre sans pouvoir réel, sinon celui de défendre, par la parole, des causes que l'ONU juge importantes. Dans ce cas, cette scientifique soutient la cause de l'environnement.

Directrice d'un centre de recherche en Tanzanie, Jane Goodall a fait de la recherche en Afrique pendant quatre décennies. À son actif, on compte 16 livres, 13 films, 17 doctorats honorifiques et une fondation qui porte son nom. Même si elle est plus connue dans le monde anglophone que francophone, Jane Goodall est sans conteste la plus célèbre des primatologues contemporains.

Journaliste : Jean-Pierre Rogel
Réalisatrice : Marièle Choquette
En raison des droits d'auteur, ce reportage ne sera pas disponible sur Internet.

Le périple de Jane Goodall commence à Tanganyka, en 1957. Dans les gorges Olduvaï, on recherche les origines de l'homme. Les chercheurs pensent que les ancêtres de l'homme ont habité ici et qu'on va trouver leurs traces dans les sédiments, sous forme de fossiles. Les anthropologues britanniques Louis et Mary Leakey sont les leaders du domaine. Louis a besoin d'une secrétaire, et il embauche une jeune Britannique de 23 ans qui vient de quitter son pays, fascinée par l'aventure de l'Afrique. Elle n'a aucune formation scientifique. Elle s'appelle Jane Goodall.

En 1960, la jeune femme a convaincu son patron de la laisser étudier les chimpanzés. Elle part camper, sans arme et sans moyen de communication, dans la forêt tropicale près du lac Tanganyaka. Audacieuse? Plus que cela, téméraire à l'extrême. Mais elle a une passion pour les animaux. Elle sait comment les approcher, tout en douceur. Quatre mois se passent sans que Jane Goodall n'ait observé quoi que ce soit de décisif. Puis, un jour, c'est la percée. Elle observe un chimpanzé qui mange des termites. Il se sert d'une branche pour les faire sortir de leur trou. En somme, il va à la pêche aux termites, avec une canne à pêche qu'il s'est fabriquée. Cela n'a l'air de rien, mais c'est une révolution sur le plan des connaissances. Plus tard, la nouvelle fera la couverture du National Geographic et vaudra à la jeune et belle Anglaise une célébrité immédiate. Mais sur le coup, la réaction du milieu scientifique a été plutôt hostile.

Qu'à cela ne tienne, en 1964, Jane Goodall est de retour en Afrique avec, en poche, un doctorat en étude comportementale des animaux, obtenu à Cambridge. Elle se lance corps et âme dans la recherche. En 5 ans, elle va démontrer des choses qui nous paraissent aujourd'hui évidentes, mais qu'on ignorait à l'époque. Entre autres, elle nous révèle que les chimpanzés ont une vie sociale très complexe. Qu'ils vivent en familles étendues, avec des règles hiérarchiques très précises. Ou encore, qu'ils élèvent leurs petits en leur apprenant des comportements qui ont une signification sociale, l'épouillage, par exemple. Mais elle révèle aussi au monde scientifique, qui cette fois l'écoute avec attention, que les chimpanzés ont un large registre d'émotions.

Quant à leur parenté avec nous, la biologie moderne a donné raison à Jane Goodall. Selon des travaux récents en génétique, le chimpanzé est bien l'animal le plus proche de l'homme, avec qui il partage 99,4 % de son ADN.

Si semblables, mais en même temps si différents. Jane Goodall a beaucoup réfléchi aux différences. Pour elle, la plus importante reste l'accès au langage complexe. En captivité, certains chercheurs ont appris aux grands singes à communiquer avec les humains. Le gorille Koko, par exemple, est arrivé à maîtriser quelques centaines de signes. Certains chimpanzés arrivent à s'exprimer en appuyant sur des touches d'ordinateurs. Mais tout cela reste un peu primaire, plaçant l'homme dans une position tout à fait unique.

Une position unique, selon Jane Goodall, qui nous confère la responsabilité de protéger ces animaux. Or, nous l'avons très mal fait jusqu'à présent. En Afrique, c'est bien la pression combinée de la déforestation, de la chasse et du braconnage qui ont fait s'écrouler les populations de grands singes. Il y a 100 ans, les chimpanzés étaient 2 millions dans les forêts tropicales et équatoriales d'Afrique. Aujourd'hui, ils ne sont plus que 150 000. Selon les plus récents rapports scientifiques, ils font face à une extinction prévisible.

Pour « Doctor Jane », c'est d'abord en Afrique, avec les communautés locales, qu'on sauvera les chimpanzés. Son mouvement « Roots and Shoots » travaille sur le terrain dans huit pays africains pour que les paysans cessent de brûler les forêts. Pour commencer, il faut pouvoir vivre de la forêt de manière durable. Alors on peut protéger les animaux, qui ne sont ni un garde-manger ni des ennemis. Et c'est auprès des jeunes que ce message passe le mieux.

Depuis 1986, Jane Goodall est rarement sur le terrain en Afrique. Elle est devenue ambassadrice des chimpanzés. Elle voyage 300 jours par année pour sensibiliser les gens à leur sort. Son talent de conteuse pimente chacun de ses discours, mais cela ne l'empêche pas d'être réaliste. Elle n'idéalise pas les chimpanzés, elle connaît trop bien leur côté sombre. C'est elle qui a révélé à quel point la violence pouvait être un système organisé pour ces animaux. Non pas la simple agressivité entre deux individus, deux mâles par exemple, qui cherchent à se dominer l'un l'autre. Mais une violence plus profonde, et apparemment gratuite. C'est ce qu'elle a observé en 1972 : une série d'attaques brutales en groupe, pour tuer. En bonne scientifique, Jane Goodall a rapporté ces faits. Certains s'en sont alors servi pour appuyer leur théorie que la violence est innée chez l'homme, qu'elle vient de son passé lointain. Mais Jane Goodall refuse de trancher. Pour elle, la nature humaine a un côté sombre, et la nature des chimpanzés aussi, mais on ne peut en tirer de conclusion.

Jane Goodall a poussé la communauté scientifique à repenser la distinction entre l'homme et les autres animaux. Femme dans un univers d'hommes, elle a suscité la naissance de nombreuses vocations, et lancé des idées stimulantes. À l'âge où la plupart des chercheurs glissent dans une retraite discrète, elle arpente la planète à la défense d'une cause à laquelle elle croit. C'est la passion de comprendre qui la fait avancer. Et c'est ce qu'elle répète à tous les jeunes qui viennent la voir : « Soyez curieux, suivez votre soif de savoir. »

Pour en savoir plus :

The Jane Goodall Institute
Site de l'Institut Jane Goodall au Canada. L'institut cherche à faire la promotion de la recherche sur la faune, l'éducation, la conservation et le bien-être des animaux. Ce site permet de connaître les activités de l'institut. On y retrouve aussi les liens vers les Instituts Jane Goodall ailleurs dans le monde. (site en anglais)

Profil biographique de Jane Goodall
Biographie de la chercheure, sur le site du Jane Goodall Institute.

 


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