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La baleine blanche

Un béluga au milieu du champ

15 $ la queue

Compliqué, son recensement

Un indicateur de pollution

Hyperliens et références

 

15 $ la queue


Les bélugas ont été chassés par les populations autochtones de l'Arctique depuis des centaines d'années, puis par les colons européens à leur arrivée sur le continent. Mais le déclin de la population du Saint-Laurent commença réellement au 20e siècle, à la suite d'une chasse impitoyable.

 


Dans les années 20, les bélugas furent accusés par les pêcheurs de la rive nord du Saint-Laurent de nuire à la pêche commerciale, notamment celle de la morue. Ils firent pression auprès du gouvernement provincial afin de venir à bout du supposé concurrent.

 


La « guerre contre le béluga » débuta à l'été 1928. Le ministère de la Colonisation, des Mines et des Pêcheries fit distribuer des carabines et des cartouches à tous les pêcheurs afin de les inciter à tirer sur le moindre béluga. Une allocation mensuelle de 30 $ était versée aux pêcheurs pour qu'ils apportent leur arme avec eux lorsqu'ils partaient pêcher.


La chasse intensive fut de courte durée. On trouva vite un meilleur moyen de se débarrasser de « l'ennemi public numéro un » : les bombarder avec des aéroplanes! à l'époque, on croyait fermement que le béluga engloutissait d'énormes quantités de morues et de saumons, jusqu'à 45 kilogrammes par jour.

 


Les évaluations du nombre de bélugas dans le fleuve, tout aussi erronées, estimaient la population à quelque 100 000 individus, alors que des recherches plus réalistes ramènent aujourd'hui ce nombre à environ 5000.


Au début des années 30, le gouvernement décida de payer 15 $ pour chaque queue de béluga remise à un représentant du ministère.

 

Après huit ans de ce système, le ministère procéda à la toute première étude biologique sur les habitudes migratoires et alimentaires du béluga. Après avoir ouvert une bonne centaine de bélugas, le bilan se composa d'un saumon et de quelques morues, mais essentiellement d'espèces sans valeur commerciale comme des lançons d'Amérique, des capelans, des chabots et des palourdes. « L'ennemi public numéro un » ne se gorgeait pas de morues, comme on le croyait.

 

On conclut enfin qu'il n'y avait aucun rapport entre le grand nombre apparent de bélugas et le rendement des pêcheries. On supprima le système de primes au début de 1939.

 

Après la Seconde Guerre mondiale, la demande pour les produits dérivés du béluga (huile, graisse et viande) diminua radicalement. On perdit alors tout intérêt pour ces mammifères pendant les 35 années qui suivirent.

 

Si la chasse commerciale prit fin dans les années 50, la chasse sportive, elle, se poursuivit jusque dans les années 70. En 1979, devant la forte chute de la population de bélugas et le rétrécissement de leur habitat, on interdit officiellement la chasse au béluga dans le Saint-Laurent. Il n'y restait alors guère plus de 300 bélugas.

 

La population de bélugas du Saint-Laurent fut désignée « population en danger de disparition » par le Comité sur le statut des espèces menacées de disparition au Canada (CSEMDC) en 1983.

 

Ce qui préoccupe actuellement les experts, c'est la stabilité de la population, ou plutôt son absence de croissance.

 

On trouve des éléments d'explication quand on observe les facteurs qui touchent cette petite baleine : les contaminants, la dégradation de son habitat, le bruit causé par la navigation commerciale, qui est une source de stress, et même la compétition pour les ressources alimentaires.

 

Une population à part des autres

Les bélugas vivent depuis des temps immémoriaux dans l'estuaire du fleuve Saint-Laurent. Il y a 20 000 ans, la majeure partie du Saint-Laurent et du nord des États-Unis était couverte d'immenses glaciers dont l'épaisseur pouvait atteindre trois kilomètres. Le sol s'enfonçait littéralement sous cette gigantesque calotte glaciaire, créant une vaste cuvette autour de la région du Saint-Laurent.

Quand le climat commença à se réchauffer, les glaciers du bouclier laurentien se mirent à fondre, laissant la mer envahir le continent par le golfe du Saint-Laurent. La mer de Champlain ainsi créée couvrait une immense région qui s'étendait de la frontière des Grands Lacs au Vermont. Baleines et phoques arctiques y élurent domicile.

Les bélugas formaient d'immenses troupeaux, et leurs squelettes constituent le plus clair des vestiges de baleines découverts dans les sédiments qui se sont déposés au fond de la mer de Champlain.

Il y a 10 000 ans, la terre libérée du poids colossal des glaciers commença à émerger, et la mer de Champlain s'assécha progressivement, laissant en son milieu le fleuve Saint-Laurent. Les bélugas y restèrent, contrairement aux autres espèces qui gagnèrent des régions plus boréales.

Les bélugas sont donc éloignés de leurs cousins du Nord depuis environ 7000 ans. Ils possèdent désormais leur propre signature génétique et... toxique. Ils ont payé cher leur proximité avec l'homme. La chasse et, plus tard, la pollution ont décimé l'espèce.

 


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