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    HEURE DE DIFFUSION
    Mardi 19 h 30

    REDIFFUSION SUR RDI
    Samedi 17 h 30
    Dimanche 2 h 30


    - Le combat d'une mère pour la vérité -
    La découverte de l'acide désoxyribonucléique (ADN) a été l'une des plus grandes percées scientifiques du 20e siècle. La preuve d'ADN élimine la possibilité d'erreurs judiciaires. Et en droit familial, l'arrivée des tests d'ADN a représenté une véritable révolution. Plus besoin de faire de longues preuves de paternité: avec une analyse d'ADN, le tour est joué. Ça, c'est ce que l'on croit. La vérité, c'est que les tests d'ADN sont loin d'être infaillibles. Voici l'histoire d'une famille blessée par l'un d'eux, blessée à un point tel que seule la mère a accepté d'en parler à La facture.

    Journaliste: Johanne Faucher
    Réalisatrice: Christine Campestre


    __________


    La preuve d'ADN donne la juste, l'incontournable, l'irréfutable vérité. Quand elle parle, elle ouvre les barreaux des cellules de prison. David Milgard, Simon Marshall et Guy Paul Morin ont tous été innocentés grâce à des tests d'ADN.

    Ces analyses peuvent aussi donner un père, une mère, ou encore un frère à quelqu'un. Mais sont-elles infaillibles?

    Depuis plus de deux ans, Nicole se bat contre la preuve d'ADN. En 2003, un test d'ADN a bouleversé sa vie et celle de ses enfants.

    Nicole a eu deux filles avec son ancien mari, dont elle est divorcée depuis 30 ans. Son ex-conjoint a toujours eu un doute sur sa fidélité. Il a donc demandé à une de ses filles, qui avait 33 ans à l'époque, de passer un test de paternité par prélèvement de salive dans un laboratoire québécois privé.

    Résultat: les probabilités qu'il soit son père sont de 0,000 %

    « Je suis vraiment tombée des nues, se souvient Nicole. Comment expliquer à tes deux filles que le résultat du test est erroné quand tu entends partout que les résultats d'un test d'ADN prévalent sur tout, qu'ils font condamner des gens. C'est épouvantable! »

    Contre-expertise

    Pour sa fille, l'expérience a été un choc. Elle avait l'impression qu'on lui avait menti pendant toute son existence. Nicole, elle, est convaincue que le résultat est erroné, car elle n'a jamais trompé son ex-mari. Mais comment le prouver? Surtout que son ancien conjoint refuse de se soumettre à une contre-expertise.

    « C'est difficile pour toute la famille de subir ça, souligne Nicole. Et ce n'est pas une histoire dont tu vas te vanter aux amis. Tu ne vas pas dire: ''Je ne suis pas la fille de mon père, et ma mère couraillait''. Alors, c'est très stressant. C'est bouleversant même. »

    Nicole entreprend donc la bataille de sa vie: prouver qu'un test d'ADN n'est pas infaillible. Avec courage, elle s'attaque au monde de la génétique. Elle passe des journées en bibliothèque, qui sont suivies de nuits d'insomnie. Elle est sur le bord d'une dépression, et ses recherches se heurtent à un mur.

    « J'ai parlé aux directeurs de certains laboratoires et ils me disaient: ''Pauvre madame, vous ne gagnerez jamais votre cause. Le test, c'est vrai le test. C'est là que se trouve la vérité''. »

    Son ex-mari la poursuit pour 33 000 $, prétendant qu'elle lui a menti pendant 33 ans.

    Parce que le dossier se retrouve devant la justice, Nicole peut maintenant exiger une contre-expertise. Cette fois, c'est dans un laboratoire de Vancouver que le père et sa fille envoient un échantillon de salive. Le résultat est stupéfiant: les probabilités qu'il soit son père sont de 99,97 %!

    Problème technique, fausse conclusion

    Deux tests, deux résultats opposés. Un laboratoire enlève un père à sa fille, un autre le lui rend. Pour le généticien Régen Drouin, il est clair que c'est le premier résultat, celui du laboratoire québécois, qui est erroné.

    « Un problème technique a conduit a un faux résultat, affirme-t-il. Un faux résultat qui, en combinaison avec la mutation, a amené une fausse conclusion sur l'ensemble du test. »

    Le laboratoire auquel l'ex-mari de Nicole s'est adressé est la seule entreprise privée à offrir des analyses d'ADN au Québec. On y fait environ10 tests de paternité par jour. Sur son site Internet, on promet des « résultats clairs et sans équivoque ».

    Dans ce cas-ci, le résultat est pourtant erroné. L'ex-mari de Nicole a poursuivi le laboratoire, l'entreprise a réglé à l'amiable. Elle n'a toutefois jamais remis en doute ses conclusions.

    « Ça ne se pardonne pas, fulmine Nicole. Il n'y a pas une excuse qui va effacer le stress que la famille a vécu. »

    L'erreur: ne pas avoir refait le test

    Sa fille a été profondément perturbée par ces événements. Elle a aussi poursuivi le laboratoire et son directeur. Ce dernier a refusé d'accorder une entrevue à La facture. Il ne peut nier que le résultat soit erroné, mais il affirme ne pas avoir commis d'erreur.

    Régen Drouin
    À deux endroits, les gènes du père et de la fille ne concordent pas. Ce qui suffit, selon les normes, à exclure la paternité. Toutefois, s'ils ne concordent pas, c'est que deux phénomènes génétiques exceptionnels ont faussé les données. Le genre de chose qui arrive 1 fois sur 7 millions.

    Le Dr Régen Drouin, du Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke, est un des rares généticiens à faire des tests de paternité en milieu hospitalier au Québec. Il considère qu'il aurait fallu refaire l'analyse immédiatement.

    « Dans un cas comme celui-là, il fallait répéter le test avant de sortir le résultat, il fallait refaire d'autres marqueurs pour être bien sûr, soutient-il. Il ne faut pas donner des résultats à l'aveuglette. Il faut en arriver à ce que le test soit fiable. »

    Reprendre l'analyse, c'est ce que Nicole a demandé au laboratoire dès le début. « J'ai téléphoné à au moins trois reprises. J'ai toujours eu la même réponse: c'est impossible qu'il y ait erreur. J'ai dit: ''Je vous le jure sur la tête de mes enfants''. Je les ai suppliés: ''Refaites votre test, il y a une erreur''. Ils m'ont répondu: ''Madame, c'est impossible qu'il y ait une erreur''. »

    En consultant un document déposé en cour, La facture a appris que le laboratoire savait que son premier résultat était erroné. Il a lui-même procédé, quelques mois après la première analyse, à un deuxième test. De 0,000 %, les probabilités de paternité sont passées à 99,99997 %. Ce deuxième résultat est toutefois demeuré secret.

    « Ce que je qualifie d'erreur, c'est leur fermeture d'esprit à reconsidérer leur test, souligne le Dr Drouin. Ça, c'est une erreur. »

    De nombreuses analyses erronées

    Le cas de Nicole n'est malheureusement pas unique. La facture a découvert quatre autres résultats erronés de tests de paternité au Canada, des histoires qui n'ont pas fait beaucoup de bruit. Deux autres cas sont survenus aux États-Unis.

    « Il n'y a pas de science tout à fait exacte, indique Me Pierre Patenaude, avocat spécialisé dans l'évaluation des preuves scientifiques utilisées dans les enquêtes et auteur de L'expertise en preuve pénale. Il y a toujours un élément humain dans les sciences. C'est la même chose pour l'ADN, l'analyste peut se tromper et souvent l'équipement peut être déficient. »

    Les erreurs d'analyse peuvent avoir des conséquences tragiques, surtout dans un dossier criminel. On sait que la preuve d'ADN a fait libérer des innocents, mais ce qui est moins connu, c'est qu'elle a aussi fait des victimes.

    L'Américain Josiah Sutton a passé quatre années de sa vie en prison. Son compatriote Lazaro Sotolusson et le Britannique Peter Hamkin ont tous deux été accusés à cause d'un test d'ADN erroné. Et ils ne sont pas les seuls.

    Un laboratoire de Houston, au Texas, a fait tellement d'erreurs qu'on a condamné beaucoup d'innocents. Les autorités ont dû aller jusqu'à fermer le laboratoire tellement son personnel n'avait pas la formation requise pour faire des analyses d'ADN et tellement son équipement était désuet.

    Un produit de consommation

    Le cas de ce laboratoire n'est pas unique. Une enquête a révélé des lacunes dans au moins huit laboratoires américains d'analyse d'ADN. Il n'y a pas suffisamment d'analystes compétents. À tel point qu'une commission nationale vient d'être créée.

    Le Canada n'a pas connu un tel dérapage. Néanmoins, sa réglementation n'est pas claire.

    « C'est le phénomène qui arrive lorsqu'une nouvelle technologie se développe rapidement, reconnaît Jean-Philippe Weber, de l'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ). Avant qu'elle soit rattrapée par les lois, il y a un certain temps de flottement, et peut-être qu'on est dans cette période-là. »

    Tout va trop vite. Les tests d'ADN sont devenus un produit de consommation. Pour environ 500 $, il est possible d'en acheter un dans Internet. Il n'y a qu'à prélever un échantillon de salive à la maison et à l'envoyer dans un des nombreux laboratoires privés. Mais peu importe la manière, il se fait de plus en plus d'analyses d'ADN.

    « Quand on fait des tests comme ça, il faut demeurer humble face à la technique et se dire qu'il peut y avoir quelque chose qui, à un moment donné, ne fonctionne pas plutôt que d'être catégorique et de dire: ''Ça ne se peut pas'' », croit le Dr Drouin.

    Nicole est aujourd'hui grand-mère. Toute sa bataille, elle l'a menée pour redonner un père à ses filles et un grand-père à son petit-fils.

    « Premièrement, je ne pouvais pas laisser mes filles avec ça. Et imaginez si j'étais décédée. Ma deuxième fille penserait aujourd'hui qu'elle a un autre père. Il y a quelque chose qui ne marche pas là-dedans. »

    En conclusion

    C'est l'INSPQ, par l'intermédiaire du Laboratoire de santé publique du Québec (LSPQ), qui a le mandat de contrôler la qualité du travail des laboratoires d'analyses privés dans la Belle Province. Il impose des normes internationales et il fait des inspections régulières. Il reçoit aussi les plaintes du public.

    C'est d'ailleurs là que Nicole a porté plainte contre le laboratoire où son ex-mari avait fait faire le premier test de paternité. La facture a appris que le LSPQ a exigé et a obtenu que ce laboratoire modifie ses procédures.



    Hyperliens
    Les tests d'ADN: pour une réponse aux questions d'identification
    Réseau juridique du Québec

    ADN
    L'encyclopédie de l'Agora

    Acide désoxyribonucléique
    Wikipédia, l'encyclopédie libre

    Laboratoire de santé publique du Québec

    Institut national de santé publique du Québec



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