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1 USA 17 15 7 39
2 AUS 13 8 4 25
3 CHN 5 5 7 17
5 CAN 3 4 3 10
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25 km en eau libre
Comme une étape du Tour de France

 

Eau libre
Photo CP/Tom Hanson

23 juillet 2005 - Avez-vous déjà nagé un kilomètre? Deux peut-être? Pour la plupart des communs des mortels, la piscine sert juste à batifoler et à se rafraîchir lors des chaudes journées d'été.

Alors, imaginez rester dans l'eau plus de 5 heures pour nager 25 km... et pas dans le confort d'une piscine, mais dans un lac ou un bassin, complètement exposé aux éléments de la nature, comme le soleil, le vent et les vagues.

Qu'est-ce qui pousse des nageurs à s'infliger pareille souffrance? L'amour du sport, c'est aussi simple. Vingt-cinq kilomètres dans l'eau, ça équivaut à 250 km sur un vélo, une étape du Tour de France, quoi!

Un véritable sport d'endurance où les meilleurs sortent de l'eau frais comme des roses, comme s'ils venaient à peine de faire deux longueurs!

D'ailleurs, on retrouve passablement de ressemblances entre les deux disciplines. Comme lors des courses cyclistes, les nageurs sont suivis par une caravane. Les voitures sont remplacées par des bateaux, on s'en doute bien!

Un p'tit creux?

Aux Championnats du monde FINA, à Montréal, le groupe de tête est suivi par une embarcation à moteur, tandis que lorsqu'un nageur se fait lâcher, un kayakiste prend la relève. Jamais un nageur n'est laissé à lui-même au cas où il serait pris d'un malaise.

Puis, sur l'île Notre-Dame, puisque les installations le permettent, les entraîneurs suivent les athlètes en vélo, question de les encourager. Même que Nicholas Perron, l'entraîneur du Canadien André Couturier, a parcouru la distance à pieds, suivant pas à pas son protégé. Les deux avaient l'air aussi fatigués à la fin de l'épreuve.

« Pierre Lafontaine m'a aidé avec mon rythme. Il me disait quand mon rythme était bon, quand je m'approchais d'un rival, c'est une grosse partie de la stratégie d'avoir ton entraîneur près de toi », confiait le Britanno-Colombien Malcom Lavoie après la course.

Brendan Capell
Photo CP/Tom Hanson

Par chance que l'entraîneur est là pour motiver l'athlète. En vélo, au moins, on voit du paysage, on peut parler à ses coéquipiers. En eau libre, on voit rarement le fond, puis on se ferme la bouche sinon... on prend une bonne tasse!

Et à l'instar du vélo, on retrouve des zones de ravitaillement. Parce que ça prend du carburant pour couvrir 25 km. Le grand danger, c'est que dans l'eau, les nageurs ne sentent pas le besoin de s'hydrater. Mais ils doivent boire, et pas nécessairement l'eau dans laquelle ils nagent. Au menu samedi: de l'eau, ironiquement, des boissons énergétiques et des brownies.

Sur le bord du quai, des bénévoles tendent donc, à l'aide d'une perche, des verres aux athlètes. Une petite gorgée ou une petite bouchée, c'est selon, et hop, ils repartent.

Vive le gruppeto

Comme en vélo, la pire chose qui puisse arriver à un nageur, c'est de se faire larguer par le peloton. Parlez-en à André Couturier qui a payé cher son début de course rapide afin de rester avec les hommes de tête. Épuisé après quelques kilomètres, il s'est démené avec l'énergie du désespoir pour franchir la ligne d'arrivée. Comme il l'avouait après la compétition, oubliez l'abandon, c'est une question d'orgueil et de fierté, surtout devant sa famille et ses amis.

« Quand t'es en arrière du groupe, tu sauves beaucoup d'énergie comparativement à lorsque tu nages seul. C'est comme en vélo quand tout le monde se suit à la file indienne, tu profites de l'aspiration. Mais l'orgueil, c'est bon pour la motivation », explique Couturier.

« Quand le peloton n'est plus là, il faut établir son propre rythme, c'est ça le défi », ajoute Lavoie.

Se garder du jus

Chip Peterson

Et puis comment se préparent les athlètes pour une épreuve en eau libre? Vont-ils s'entraîner dans le lac le plus près de chez eux? « Non, explique Couturier. Nager toujours en eau libre, ce n'est pas bon pour la technique. Donc, on accumule les longueurs en piscine, environ 15 km par jour, répartis en 2 sessions, 6 jours par semaine. »

Mais, selon Lavoie, il ne faut pas faire plus de 100 km par semaine en vue d'une course en eau libre de 25 km, question de se garder du jus!

Le gros problème des adeptes de nage en eau libre au Canada, c'est que le sport n'est pas très structuré, que les athlètes sont répartis un peu partout à travers le pays et qu'il n'y a pas beaucoup d'occasions de compétition. Donc, les nageurs passent beaucoup de temps à s'entraîner en solitaire.

« C'est la partie la plus difficile: se motiver pour rentrer dans l'eau à tous les jours », confie Lavoie.

On dirait que ça ne prend pas que de l'orgueil et de la fierté pour pratiquer cette discipline, mais aussi une bonne dose de courage.