Le pari de la retraite : avons-nous les moyens?

Viabilité du système de retraite : défis et solutions

LES DÉFIS DU SYSTÈME DE RETRAITE
DES PISTES DE SOLUTION

Nombre de travailleurs potentiels par personne de 65 ans et plus, au Québec, 1971-2030

LES DÉFIS DU SYSTÈME DE RETRAITE

Au cours des dernières années, le système de retraite a dû faire face à des défis grandissants, notamment :

  1. le vieillissement de la population
  2. l'allongement de l'espérance de vie
  3. la crise boursière de 2008 et la récession
  4. l'insuffisance des rentes complémentaires

1-Le vieillissement de la population

La proportion de Québécois de 65 ans et plus ne cesse d'augmenter. Il y a donc de plus en plus de citoyens à qui il faut verser des prestations de retraite. Mais, pour chaque retraité, le nombre de personnes au travail, et donc qui cotisent aux différents régimes de retraite, diminue.

Ainsi, en 1971, il y avait au Québec 7,8 travailleurs potentiels pour chaque personne de 65 ans et plus. En 2030, il n'y en aura plus que 2,1. Les cotisations aux régimes de retraite vont donc baisser, alors que les prestations augmenteront.

De plus, le vieillissement de la population est plus prononcé au Québec que dans le reste du Canada.

2-L'allongement de l'espérance de vie

Lorsque les régimes ont été mis sur pied, dans les années 60 et 70, les travailleurs vivaient en moyenne 10 ans après avoir pris leur retraite. Depuis, l'espérance de vie après la retraite a doublé; elle est maintenant d'environ 20 ans.

Il faut donc verser des prestations de retraite deux fois plus longtemps.

Ce phénomène est renforcé par le fait que les Québécois prennent leur retraite de façon hâtive. L'âge moyen du départ à la retraite est de 60,2 ans au Québec, alors qu'il est de 64 ans pour les autres Canadiens.

En 2011, l'espérance de vie est de 79,7 ans pour les Québécois et de 83,7 ans pour les Québécoises. En 2051, elle sera de 85,5 ans pour les hommes et de 89 ans pour les femmes.
Taux de croissance de la population de 15 à 64 ans, au Québec

3-La crise boursière de 2008 et la récession

Jusqu'à 2008, la plupart des régimes étaient en bonne santé financière. Certains employeurs ont même pris des congés de cotisations pendant plusieurs années. Mais avec la chute des titres boursiers et la récession qui a suivi, les fonds de pension ont vu leur rendement diminuer. Depuis, un grand nombre de régimes sont insuffisamment capitalisés, c'est-à-dire qu'il n'y a pas assez d'argent dans la caisse pour parvenir à respecter les obligations envers les retraités et futurs retraités, même en tenant compte des rendements à venir et des cotisations futures.

La crise a également affecté les rendements de la Caisse de dépôt (et donc de la Régie des rentes du Québec) et ceux des régimes enregistrés d'épargne-retraite (REER) des particuliers.

De plus, puisqu'un grand nombre de participants au régime sont à la retraite ou s'en approchent, l'impact d'une baisse des rendements est beaucoup plus important qu'il ne l'était il y a 20 ou 30 ans.

4-L'insuffisance des rentes complémentaires

Seule la moitié des travailleurs québécois a accès à un régime de retraite complémentaire (REER ou régime offert par leur employeur). L'autre moitié ne disposera que des pensions de la sécurité de la vieillesse et de la Régie des rentes, c'est-à-dire un revenu annuel maximum de 18 000 $.

La Régie des rentes du Québec (RRQ) évalue que près de la moitié des ménages québécois s'appauvriront à la retraite. Ce phénomène frappe surtout ceux qui ont un salaire moyen, soit entre 30 000 $ et 80 000 $.

Les travailleurs nés après 1960 sont également vulnérables, puisqu'ils ont eu moins accès aux régimes complémentaires que leurs aînés.

Proportion de personnes dépendantes et de travailleurs au Québec

DES PISTES DE SOLUTION

Pour les régimes publics

Au Québec, le gouvernement a déjà mis en place des mesures pour tenter de contrôler la hausse des coûts du régime des rentes. Les taux de cotisation des employeurs et des employés à la Régie des rentes augmenteront graduellement (0,15 % par année) jusqu'à atteindre 5,4% du salaire de l'employé en 2018. De plus, Québec veut encourager un départ à la retraite plus tardif. Pour cela, on augmentera les pénalités pour ceux qui prennent leur retraite avant 65 ans. Enfin, pour ceux qui n'ont pas de régime complémentaire (REER ou régime offert par leur employeur), Québec favorisera la création de régimes volontaires d'épargne retraite (RVER) auxquels employés et employeurs pourront cotiser.

Le rapport du comité d'experts sur l'avenir du système de retraite présidé par Alban d'Amours, remis le 17 avril 2013, recommande au gouvernement de renforcer les régimes de retraite à prestations déterminées, en vue d'assurer leur pérennité et leur viabilité. Il propose aussi la création d'une rente de longévité, visant les retraités de plus de 75 ans, et financée à parts égales par les employeurs et les salariés.

La Régie des rentes du Québec est financée selon le principe de la solidarité intergénérationnelle. Les cotisations des travailleurs payent les prestations des retraités. Mais les changements démographiques, qui font en sorte qu'il y aura bientôt plus de retraités que de participants actifs, obligent à repenser le fonctionnement du système. De plus, le taux des cotisations a été maintenu à un niveau très faible pendant plusieurs années. Le taux de cotisation de la prochaine génération sera plus élevé, mais ses rentes seront moindres.
Jim Flaherty Le ministre des Finances du Canada, Jim Flaherty, lors du dépôt du budget, le 29 mars 2012

Au niveau fédéral, dans son budget de mars, le gouvernement Harper a annoncé qu'il ferait passer graduellement de 65 à 67 ans l'âge minimum pour obtenir la Pension de la sécurité de la vieillesse (PSV) et le Supplément de revenu garanti (SRG). Ottawa a aussi mis en place, en novembre 2011, un régime volontaire d'épargne, le Régime de pension agréé collectif (RPAC).

Cependant, plusieurs estiment que cette approche n'est pas la bonne et que les régimes d'épargne volontaires ne sont pas efficaces. L'ancien ministre libéral québécois Claude Castonguay propose, par exemple, qu'on mette plutôt en place un régime obligatoire de style REER pour ceux qui n'ont pas de régime complémentaire.

Le nombre de bénéficiaires de la Sécurité de la vieillesse passera de 4,9 millions à 9,3 millions d'ici 2030 et le coût du programme de 29,5 à 84 milliards de dollars.

D'autres estiment que les régimes individuels, comme les REER, accentuent les inégalités et qu'il faut plutôt renforcer le régime public. C'est ce que proposent les chercheurs de l'Institut de recherche en économie contemporaine (IREC).

C'est également l'approche de la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ), appuyée par 75 autres organisations, dont Force Jeunesse et la Fédération de l'âge d'or du Québec. La centrale syndicale soutient qu'il faudrait augmenter la rente versée par la Régie des rentes du Québec de 25 % à 50 % du salaire et faire passer le salaire maximum admissible de 50 100 $ à 66 000 $.

C'est aussi la position des ministres des Finances de plusieurs provinces, notamment celui de l'Ontario, qui veulent changer le régime canadien des pensions, pour faire passer la part du revenu remplacé à 30 % ou même à 35 %, plutôt que 25 % comme c'est le cas en ce moment. Ils souhaitent également le rehaussement du plafond de revenu admissible jusqu'à 120 000 $, plutôt que 112 966 $ actuellement.

Pour les régimes privés

Des retraités sont venus manifester leur mécontentement. Des retraités de l'entreprise White Birch manifestent leur mécontentement à la suite d'une entente, en juillet 2012, qui a vu leurs revenus de retraite amputés de 30 % en moyenne.

Québec a fait des concessions aux régimes complémentaires, en maintenant l'assouplissement des règlements qui les concernent. Les entreprises ont notamment 10 ans plutôt que 5 pour rembourser le déficit de solvabilité de leurs fonds de pension.

La majorité des régimes de retraite sont en effet en déficit de solvabilité avec un taux se situant en moyenne autour de 70 %, c'est-à-dire qu'il y a 70 ¢ dans la caisse pour chaque dollar de prestations de retraite prévues si le régime devait mettre fin maintenant à ses activités.

Au cours des dernières années, les retraités de compagnies comme AbitibiBowater, Papiers Fraser, Papiers White Birch ou Nortel ont vu leurs rentes diminuer de façon substantielle après la restructuration de l'entreprise.

C'est pourquoi certains réclament que les employés deviennent des créanciers privilégiés lorsque les entreprises pour lesquelles ils travaillent se placent sous la protection de la loi sur les arrangements avec les créanciers. En devenant créanciers privilégiés, les syndiqués et les associations de retraités se retrouveraient parmi les premiers à recevoir une partie des revenus qui pourraient être générés en liquidant les actifs de la compagnie.

  • 50 % des travailleurs n'ont pas accès à un régime de retraite établi par l'employeur
  • 30 % des travailleurs n'ont aucune épargne personnelle