Pétrolia : Forages controversés à Gaspé

Qu'est-ce qui amène Pétrolia en Gaspésie?

Exploitation pétrolifère et schiste Exploitation pétrolifère

La Gaspésie, l'île d'Anticosti, Old Harry, les projets de développement pétrolier se multiplient au Québec. Celui du gisement Haldimand, à Gaspé, se heurte à la cohabitation entre une industrie lourde et les multiples usages, résidentiel, villégiature, loisirs, d'un territoire déjà reconnu comme un des plus beaux sites touristiques du Québec.

Dans une région économiquement éprouvée et fortement dépendante de l'emploi saisonnier, le développement pétrolier est aussi vu en terme d'emplois et de retombées économiques.

Dans ses pronostics, Pétrolia indique qu'elle pourrait être en mesure d'extraire 20 000 barils de pétrole par jour du gisement Haldimand d'ici 2014, soit 5 % des besoins annuels du Québec en pétrole.

Au-delà du développement pétrolier, le débat soulève aussi la question de la primauté des pouvoirs municipaux et des lois sur la protection de l'environnement sur la Loi sur les mines.

Qui est Pétrolia?

Pétrolia est une entreprise immatriculée au Québec depuis 2002. Elle est devenue une société cotée en bourse en 2005 (PEA). Au début de 2013, l'action se négociait autour de 1 $. Au cours des 52 dernières semaines, l'action s'est vendue à 0,87 $ à son plus bas et à 1,83 $. Le siège social de la pétrolière est situé à Rimouski. Selon les données fournies au Régistraire des entreprises en 2011, trois des administrateurs de Pétrolia rapportent une adresse à l'extérieur du Québec, soient en Alberta, au Luxembourg ou à Dubai. Le groupe de contrôle du capital-actions de l'entreprise est constitué du président de Pétrolia, André Proulx, de la filiale canadienne de la compagnie suisse Pilatus Energy, du fonds d'investissement britannique CD Capital et d'Investissement Québec.

Pétrolia est une compagnie d'exploration pétrolière. Le partenaire de Pétrolia est Québénergie, une entreprise créée sous la Loi des compagnies et immatriculée au Québec en 2010, qui se consacre à l'exploitation pétrolière. Québénergie est une filiale d'une société française privée SCDM Énergie qui possède aussi des intérêts à Terre-neuve. L'entente de partenariat entre Pétrolia et Québénergie vise l'exploitation du gisement Haldimand et la mise en valeur du potentiel pétrolier de 2500 km2 en Gaspésie. Petrolia détient plus de 70 % du potentiel pétrolier du Québec, dont la majorité des permis d'exploration des hydrocarbures dans la péninsule gaspésienne et une grande partie des droits sur l'île d'Anticosti.

Le pétrole en Gaspésie

La présence de pétrole dans la région de Gaspé est connue depuis le 19e siècle. La première découverte de suintements d'huile à l'ouest de Gaspé est effectuée en 1836. Entre 1889 et 1901, la Petroleum Oil Trust (P.O.T.) va creuser plus d'une cinquantaine de puits dans la région. La recherche se poursuivra jusque dans les années 50, sans qu'aucun puits produise une quantité importante d'hydrocarbures.

Du début des années 1970 jusqu'au début des années 1980, la Société québécoise d'initiatives pétrolières (SOQUIP) entreprend différents travaux d'explorations en Gaspésie. L'entreprise conclut à un potentiel plutôt faible ce qui met fin aux travaux dans le secteur. Toutefois, ces conclusions sont contestées par plusieurs experts. La recherche reprendra à la fin des années 1990 ce qui permettra de renchérir la banque de données sur le bassin géologique de la péninsule.

Après 2005, Pétrolia entreprendra une série de levés sismiques un peu partout en Gaspésie, surtout dans la région de Gaspé, mais aussi dans le secteur de Percé, de L'Anse-à-Valleau, dans la baie des Chaleurs, notamment dans le secteur de Caplan, et jusque dans la réserve faunique de Matane.

Le gisement Haldimand

Le gisement Haldimand, dans la région de Gaspé, est découvert en 2005. Haldimand est situé dans la formation York River qui remonte de 450 millions d'années. Fait de grès et de calcaire, York River serait propice à la formation de réservoir d'hydrocarbures.

Le gisement s'étend sur un territoire de 9 kilomètres carrés. Le potentiel pétrolier est estimé à environ 70 millions de barils. Selon Pétrolia, des experts indépendants évaluent qu'environ 8 millions de barils de pétrole seraient récupérables. À 95 $ le baril de pétrole, le gisement vaudrait plus de 700 millions de dollars.

En 2006, Pétrolia fore un premier puits, Haldimand no 1, à 2 km du port de Gaspé. D'autres travaux de forage sont aussi entrepris en 2010. Un essai de production est alors effectué.

Le puits Haldimand no 2 est foré en septembre 2009. Le puits est situé à environ 3,5 km au sud-ouest de Gaspé et à 1 km du puits no 1.

Le puits Pétrolia Tar Point no 1 a aussi été foré à l'automne 2009, jusqu'à une profondeur de 2434 mètres. Des travaux d'exploration sont à nouveau effectués à l'hiver 2010.

À l'automne 2011, l'entreprise obtient différents permis pour effectuer les travaux nécessaires à la mise en production des puits Haldimand No.1 et Tar Point. En février 2012, Pétrolia confirme qu'un essai d'injectivité réalisés au puits Haldimand no 1 lui a permis de hausser sa production expérimentale de 10 à 40 barils par jour.

En décembre 2011, Pétrolia et son partenaire, Québénergie, achètent pour 3,1 millions tous les droits détenus par la pétrolière Junex sur la propriété de Haldimand. Pétrolia et Québénergie deviennent propriétaires à parts égales de 100 % du gisement Haldimand.

Le puits Haldimand no 4

Depuis plusieurs mois, la tension monte dans la région de Gaspé sur les travaux qu'entend entreprendre la pétrolière Pétrolia dans le quartier Haldimand à Gaspé. Présente dans la région depuis 2006, Pétrolia a obtenu le 6 juin 2012 un permis pour forer un quatrième puits au gisement Haldimand. Ce puits est situé à environ 350 mètres des résidences les plus proches et à 3 km à vol d'oiseau du centre-ville de Gaspé.

Les résidents s'inquiètent pour le bruit, la nappe phréatique et la nature des travaux. Compte tenu de la nature de la roche, plusieurs opposants aux travaux de Pétrolia craignent que l'entreprise ait recours à la fracturation hydraulique. Pétrolia s'en défend. L'entreprise admet qu'elle entend utiliser un forage horizontal, mais de manière à récupérer le pétrole dans une roche naturellement fractionnée. D'ailleurs, Pétrolia n'a jamais demandé de permis pour effectuer de la fracturation hydraulique.

Les premiers travaux de forage sont prévus le 16 janvier 2013. Entre-temps, Gaspé adopte le 19 décembre une réglementation sur la protection de l'eau potable [insérer lien]. Le règlement limite et encadre sévèrement tous les travaux de forage sur le territoire municipal. La Ville vote aussi une résolution [insérer lien] demandant l'intervention de Québec.

Pétrolia suspend ses travaux

Québec intervient et entreprend de régler le différend entre les deux parties. Un avis juridique sur la portée de la réglementation de la Ville de Gaspé est aussi demandé.

En janvier 2013, la pétrolière décidait de cesser pour un temps tous travaux d'exploration sur le gisement Haldimand, en attente d'une orientation du gouvernement québécois. L'entreprise entendait se consacrer à l'exploration sur l'île d'Anticosti et aux puits Bourque no 1 et no 2, situés près de Murdochville.