L’hygiène douteuse des chambres d’hôtel

Hygiène : 11 objets à surveiller à l'hôtel

Exclusif - La chambre d'hôtel où vous séjournez n'est peut-être pas aussi propre qu'elle en a l'air. Et si on en juge par les résultats de l'enquête de l'émission Marketplace, du réseau anglais de Radio-Canada, certains objets sont encore plus sales que les autres.

(Cliquez sur l'image pour consulter le graphique interactif)

Comme le rapportait Radio-Canada jeudi, l'équipe de Marketplace a mesuré des niveaux de malpropreté importants dans 18 hôtels de Montréal, Toronto et Vancouver. Elle a aussi détecté des coliformes et des bactéries résistantes aux antibiotiques sur des objets avec lesquels les clients sont en contact et qui auraient dû être propres.

Le couvre-lit arrive en tête de liste des objets sur lesquels la quantité de microorganismes a été le plus souvent qualifiée d'inacceptable par le microbiologiste responsable de l'étude, Keith Warriner, de l'Université de Guelph.

« Cela ne signifie pas que ce sont des pathogènes et que vous allez être malade. Mais si on réfléchit sur le long terme, cela indique que le couvre-lit a été exposé à un grand nombre de personnes. Et chaque personne est porteuse d'un grand nombre de bactéries. Donc, il est possible que le couvre-lit transmette des infections », explique M. Warriner.

Figurent aussi parmi ce palmarès la télécommande, le téléphone et la lampe de chevet, entre autres.


Conseils d'un globe-trotteur

Rodolphe Lasnes, de la librairie Ulysse, a l'habitude de visiter des chambres d'hôtel pour documenter ses guides de voyages. Voici ce qu'il conseille aux voyageurs pour éviter de s'exposer à la saleté et aux microbes.

  • Demander à voir la chambre avant de payer
  • Ne pas marcher pieds nus sur la moquette
  • Porter des sandales de plastique pour prendre sa douche
  • Mettre à l'écart le couvre-lit et les coussins décoratifs
  • Nettoyer la manette des toilettes, la poignée de la porte de la salle de bain et le combiné du téléphone
  • Utiliser sa propre gourde pour boire de l'eau
  • Ne pas poser sa valise par terre; la laisser fermée sur un guéridon ou une chaise
  • Se laver les mains souvent


Marketplace a aussi voulu comparer les hôtels entre eux. L'équipe a comparé les résultats de cinq objets présents dans toutes les chambres (le couvre-lit, la télécommande du téléviseur, le siège des toilettes, le comptoir de la salle de bain, le robinet de la salle de bain) aux tests décrits dans l'encadré Méthodologie. Elle a aussi utilisé le test de la lumière ultraviolette sur les draps et examiné les machines distributrices de glace. Des points ont été attribués pour chaque résultat négatif.

Comme on peut le voir sur le graphique, payer cher pour une chambre d'hôtel n'est pas un gage d'une plus grande propreté. Deux hôtels bas de gamme sont en tête du classement, mais c'est un hôtel haut de gamme qui occupe le troisième rang. L'hôtel qui était le plus propre au moment de la visite de Marketplace est un hôtel de milieu de gamme.

« Lorsqu'on commence une étude, on ne sait pas à quoi s'attendre, raconte le microbiologiste Keith Warriner. Mais je m'attendais à un gouffre entre les hôtels chics et les hôtels bon marché. J'ai logé dans des hôtels partout dans le monde et je reconnais que je ne les examine pas de très près. Mais en regardant les détails, j'ai été stupéfait de voir à quel point la situation était mauvaise, même dans les hôtels chics. Je ne pouvais pas le croire. »

À la suite des révélations de jeudi, l'hôtel Sheraton Wall Centre de Vancouver a entrepris une grande corvée de nettoyage à laquelle ont participé 45 employés.

Méthodologie

Avec l'aide du microbiologiste Keith Warriner, de l'Université de Guelph, l'équipe de l'émission Marketplace du réseau anglais de Radio-Canada a réalisé des tests dans 18 hôtels de Montréal, Toronto et Vancouver. Les hôtels appartenaient à six chaînes dans les catégories bas de gamme (Super 8 et Econo Lodge), milieu de gamme (Holiday Inn et Best Western) et haut de gamme (Fairmont et Sheraton). En tout 810 échantillons ont été prélevés dans 54 chambres.

Voici les procédures qui ont été utilisées :

1. Exposition des draps à la lumière ultraviolette, qui permet de voir les marques laissées par des sécrétions humaines ou des micro-organismes, etc.

2. Utilisation d'un ATP-mètre. Cet appareil mesure une substance (ATP ou adénosine triphosphate) produite par les micro-organismes vivants. Il s'agit d'utiliser un genre de coton-tige pour effectuer des prélèvements sur certaines surfaces. Une forte présence d'ATP indique un niveau élevé de malpropreté. Le niveau de salubrité a été qualifié de bon, modéré, faible ou inacceptable selon le résultat de l'ATP-mètre. Il n'existe pas de standards pour les hôtels. Le microbiologiste a utilisé les standards de l'industrie alimentaire et des établissements de santé, qu'il a adaptés parce qu'on ne s'attend pas au même niveau de désinfection dans un hôtel que dans un hôpital ou une usine de transformation alimentaire.

3. Dénombrement des colonies bactériennes aérobies. Cette méthode permet de compter le nombre de microorganismes sur une surface donnée. Selon le résultat, le niveau de contamination a été qualifié d'excellent, bon, modéré, pauvre ou inacceptable.

4. Mesure de la présence de coliformes, un indicateur de contamination fécale. Détection de bactéries résistantes aux antibiotiques (pénicilline). Si de telles bactéries sont présentes, un test ultérieur permet de savoir s'il s'agit de Staphylococcus aureus résistants à la méthicilline (SARM). Un autre test permet de détecter le Clostridium difficile.
Le reportage de Denis-Martin Chabot