Couillard a placé de l'argent légalement dans un paradis fiscal

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Le compte de Philippe Couillard

Exclusif - Pendant qu'il travaillait en Arabie saoudite, Philippe Couillard a possédé pendant huit ans un compte à l'étranger dans l'île de Jersey, considérée comme un paradis fiscal. Si cette manoeuvre n'avait rien d'illégal, sa mise au jour contribue néanmoins à dresser le portrait financier du chef libéral qui, depuis quelques jours, joue la carte de la transparence.

« En Arabie, comme tous les gens qui sont là, j'étais un non-résident. Donc, j'ai placé mes avoirs à l'époque dans une banque à l'étranger et quand je suis revenu, j'ai rapatrié ça chez nous », a admis M. Couillard mardi.

Or, l'émission Enquête a appris que le compte en question avait été ouvert à Jersey, une île située entre l'Angleterre et la France où le secret bancaire était absolu et qui figurait jusqu'à tout récemment sur la liste noire des paradis fiscaux.

Interrogé sur le sujet, le chef libéral a admis par la voie d'un porte-parole avoir possédé ce compte bancaire de 1992 à 2000.

Il dit y avoir déposé 600 000 $ provenant de ses revenus alors qu'il pratiquait la neurochirurgie en Arabie saoudite, de 1992 à 1996.

M. Couillard n'a payé aucun impôt sur cette somme, mais la manoeuvre était tout à fait légale, puisqu'il avait à l'époque rompu tous ses liens avec le Canada.

À son retour au pays, M. Couillard a fait une déclaration volontaire sur l'existence de ce compte et il a payé des impôts, mais uniquement sur les intérêts, comme l'exige la loi.

S'il a choisi l'île de Jersey, c'est qu'il cherchait avant tout à faire affaire avec une banque canadienne, affirme son porte-parole. Mais des spécialistes consultés par l'équipe d'Enquête demeurent sceptiques sur cette raison.

Selon la fiscaliste Brigitte Alepin, Philippe Couillard « pouvait effectivement déposer son argent dans toutes les institutions financières de la Terre ». Mais « s'il a choisi Jersey, c'est pour les attraits que ça lui apportait et le principal attrait que ça lui apporte à Jersey, surtout à cette époque-là, c'est le secret bancaire ».

Puisque le secret bancaire était absolu à Jersey à cette époque, il est impossible de vérifier si le montant qui a transité dans ce compte était bien de 600 000 $. Mais il n'existe aucune raison d'en douter.

D'après un reportage d'Alain Gravel