La cimenterie de Port-Daniel-Gascons, un projet qui crée des remous

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Un cimenterie controversée en Gaspésie

La cimenterie de Port-Daniel-Gascons en Gaspésie, un projet de 1 milliard de dollars et l'un des engagements économiques les plus importants du Parti québécois, provoque aujourd'hui une levée de boucliers.

Un texte de Guy GendronTwitterCourriel

Des gens d'affaires et des groupes environnementaux soupçonnent le gouvernement d'accorder un traitement de faveur à la famille Beaudoin, qui est derrière le projet, autant par les aides gouvernementales que par des passe-droits en matière d'environnement.

Le 31 janvier dernier, à quelques semaines du déclenchement des élections, Pauline Marois annonçait que près de 500 millions de dollars du gouvernement, d'Investissement Québec et de la Caisse de dépôt allaient appuyer la création de la plus grosse cimenterie du Québec, avec 400 emplois à la clé. Le projet, dirigé par Laurent Beaudoin, de Bombardier, permettra de produire plus de 2 millions de tonnes de ciment par année, surtout destiné au marché américain.

Un marché déjà occupé

Les quatre cimenteries existantes au Québec disent qu'elles ne fonctionnent déjà qu'à 60 % de leur capacité et elles ne comprennent pas que 1 demi-milliard d'argent public serve à leur couper l'herbe sous les pieds. « Ce marché de l'exportation, c'est un marché qu'occupent déjà les cimentiers québécois », explique le vice-président de l'Association canadienne du ciment, Michel Binette.

« Les emplois créés en Gaspésie vont malheureusement remplacer les emplois qui vont être perdus à Saint-Constant, à Joliette, à Portneuf ou à Grenville-sur-la-Rouge. Donc, on ne crée pas, ce n'est pas des nouveaux emplois », ajoute Jean-Maurice Forget, premier vice-président de la cimenterie Holcim pour le Québec et l'Atlantique.

Pas d'audiences du BAPE

En plus, la cimenterie de Port-Daniel sera l'un des plus gros pollueurs au Québec. Alimentée par du charbon et un produit 50 % plus polluant, du coke de pétrole, elle va émettre autour de 1,5 million de tonnes de gaz à effet de serre par année pendant un siècle. Pourtant, le projet échappe à des audiences publiques sur l'environnement.

« Je trouve ça incompréhensible, d'autant plus que c'est fait par un gouvernement qui avait mis la barre très haut en matière d'environnement », souligne le directeur principal d'Équiterre, Steven Guilbault.

Le gouvernement explique que la cimenterie est un vieux projet qui remonte à 1995, soumis quelques mois avant que la loi n'impose des audiences publiques. Même si le projet a doublé de taille depuis, son âge le protège.

Pourtant, la cimenterie a pris un coup de jeunesse dans le budget Marceau du mois dernier, où les nouveaux grands projets obtenaient un tarif préférentiel pour leur électricité et, mieux encore, un congé d'impôt de 10 ans sur leurs profits.

« Les quatre autres cimenteries qui sont déjà dans des régions au Québec n'ont pas accès à ces tarifs préférentiels-là, ni au congé fiscal », souligne Jean-Maurice Forget, qui qualifie la situation d'inéquitable.

Un mouvement pour l'équité

Les cimentiers actuels et les gens d'affaires des régions affectées viennent donc de créer un regroupement pour l'équité dans l'industrie du ciment, avec l'appui des syndicats, comme celui des Métallos, qui représente 300 travailleurs du secteur.

« On n'est pas contre des investissements publics, en autant que ça crée de nouveaux emplois, mais on ne pense pas que, dans le dossier actuel, il y a un marché pour supporter autant de cimenteries au Québec », affirme Pierre Arsenault, du syndicat.

François Legault affirme qu'il tenterait d'annuler le projet si la Coalition avenir Québec était portée au pouvoir. Silence du côté des libéraux. Et, bien sûr, le Parti québécois a l'intention de procéder comme il l'a prévu.

Mais, dans les milieux environnementalistes, on avertit que le projet pourrait être contesté devant les tribunaux s'il n'est pas soumis au regard du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement.