Supercliniques, superinfirmières et imagerie médicale gratuite, promet le PLQ

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Le reportage de Martine Biron

Le Parti libéral du Québec souhaite améliorer l'accessibilité aux soins par la création de « supercliniques », la formation de « superinfirmières » et l'implantation de services d'imagerie médicale gratuits. Ce sont certaines des promesses faites par le chef de la formation, Philippe Couillard, lors d'un passage à Trois-Rivières mardi.

Le cadre financier de ces engagements libéraux n'est pas précisé pour le moment, mais M. Couillard promet une refonte du financement du système de santé et des compressions de 300 millions de dollars dans la bureaucratie, citant l'exemple des changements promis lundi au ministère de l'Éducation, où le PLQ compte éliminer 100 postes par année pendant 5 ans s'il est élu.

En plus de la mise en place, à terme, de 300 groupes de médecine familiale (GMF), les libéraux s'engagent à créer 50 « supercliniques », ouvertes toute la semaine et comportant des services spécialisés, pour désengorger le reste du système.

Le candidat libéral dans Jean-Talon et ancien ministre de la Santé, Yves Bolduc, a expliqué que cela permettra de servir plus de gens et d'avoir un « guichet unique » qui facilitera l'entrée du patient dans le système.

Les supercliniques

Ouvertes sept jours sur sept
Engagement à voir les patients à l'intérieur d'un délai de deux heures
De 30 à 40 médecins travaillant avec des infirmières, des physiothérapeutes, des nutritionnistes et des psychologues
Ententes avec des spécialistes qui pratiqueraient à l'intérieur de la clinique
Services de radiologie accessibles immédiatement
Services de laboratoire avec résultats dans les 24 heures

Yves Bolduc a cité comme modèle la Cité médicale et la Clinique Saint-Louis à Québec, de même que la Polyclinique Concorde à Laval, des points de service ouverts de 9 h à 20 h ou 21 h en semaine, et en matinée ou jusqu'en fin d'après-midi au cours de la fin de semaine, selon le cas.

Les libéraux promettent d'augmenter à 2000 le nombre d'infirmières praticiennes, souvent appelées superinfirmières, sur une période de 10 ans. Ces infirmières peuvent prescrire certains médicaments, demander certains examens et, en collaboration avec un médecin, prendre en charge des patients souffrant de maladies chroniques dans une des spécialités qui ont fait l'objet de négociations : soins de première ligne, cardiologie, néphrologie et néonatalité.

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Imagerie médicale gratuite

Le Parti libéral promet aussi de rendre gratuits tous les services d'échographie, de résonance magnétique et de scan dans des cliniques situées à l'extérieur des hôpitaux. Le patient n'aurait donc qu'à présenter sa carte d'assurance maladie. « La phase des examens cliniques est souvent la cause d'un délai important », a expliqué M. Couillard.

Le candidat libéral dans La Pinière, le Dr Gaétan Barrette, a indiqué que l'imagerie médicale gratuite coûterait 50 millions de dollars sur 3 ans.

Quant aux achats d'appareils d'imagerie, Philippe Couillard a précisé que l'État ne paierait pas pour les machines, mais qu'en raison de l'augmentation du nombre de patients, les cliniques pourraient rentabiliser les achats elles-mêmes.

Un vote libre sur la question de l'aide à mourir

Par ailleurs, le chef du PLQ a mentionné qu'un gouvernement libéral réintroduirait le projet de loi sur la question de mourir dans la dignité et permettrait un vote libre de ses députés sur la question.

À quelques heures de la relâche parlementaire et du dépôt du budget, le 20 février dernier, Philippe Couillard avait annoncé que son caucus ne comptait pas accélérer la marche et réduire les interventions des députés afin de permettre l'adoption in extremis du projet de loi parrainé par la péquiste Véronique Hivon. Il aurait fallu l'accord de tous les partis pour prolonger les débats et, ensuite, passer au vote.

Philippe Couillard en compagnie du candidat libéral et ancien président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec, Gaétan Barrette Philippe Couillard en compagnie du candidat libéral et ancien président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec, Gaétan Barrette  Photo :  PC/Jacques Boissinot

L'entente avec les médecins resterait telle quelle

Le financement des nouvelles mesures ne viendrait pas d'une renégociation de l'entente 2009-2016 sur la rémunération des médecins. Philippe Couillard a fermé la porte à une remise en question du milliard de dollars consenti en augmentations ou à son étalement sur un plus grand nombre d'années, comme le proposait le dernier budget péquiste.

M. Couillard a évoqué tout au plus des négociations plus encadrées lorsque l'entente devra être renouvelée. Tant le chef libéral que les candidats Yves Bolduc et Gaétan Barrette, trois anciens médecins, se sont défendus de tout conflit d'intérêts au sujet des honoraires.

Des promesses crédibles?

Quant au bilan libéral en matière de santé, souvent critiqué durant les années de pouvoir de Jean Charest, de 2003 à 2012, Philippe Couillard a affirmé que les libéraux avaient pris des décisions importantes, comme doubler les admissions dans les facultés de médecine, créer les GMF ou diminuer le nombre d'accréditations syndicales dans le réseau.

« Jamais on ne pourrait aujourd'hui vous parler des supercliniques si on n'avait pas doublé le nombre d'admissions en médecine, a plaidé M. Couillard. Il n'y aurait pas de médecins pour aller dans les cliniques. »

De son côté, Gaétan Barrette a attaqué la gestion du système de santé sous le Parti québécois, accusant le ministre Réjean Hébert d'avoir fait des coupes importantes.

Doutes et critiques des autres partis

Les autres partis sont pour leur part loin d'être convaincus par les promesses libérales.

Pour sa part, le candidat de Québec solidaire dans Mercier, Amir Khadir, a remis en question le plan des libéraux pour financer leurs promesses. « Contrairement aux libéraux, qui viennent d'improviser cette histoire de 50 supercliniques sans avoir aucune idée de leur financement, Québec solidaire a déjà prévu le financement du renforcement des CLSC et celui destiné à l'embauche de professionnels de la santé », a-t-il affirmé.

M. Khadir a aussi critiqué le bilan du dernier gouvernement libéral en matière de santé. « Philippe Couillard a été ministre de la Santé pendant cinq ans et a échoué à répondre aux besoins des gens. Une des raisons de cet échec est bien illustrée par la présence de Gaétan Barrette dans son équipe. Ça montre la trop grande proximité des libéraux avec l'establishment corporatiste des médecins. »