Élections Québec 2012

Pauline Marois, première femme à la tête du Québec

Pauline Marois Pauline Marois  Photo :  PC/Adrian Wyld

Pauline Marois est une femme d'expérience. Une politicienne aguerrie qui a traversé les trois dernières décennies dans des postes-clés au gouvernement et dans l'opposition, toujours pour le Parti québécois. Une femme résiliente aux fortes convictions qui a su naviguer contre vents et marées dans un monde d'hommes. Retour sur une carrière hors de l'ordinaire.

Les premières armes

Derrière son air parfois jugé distant, qui lui a valu bien des critiques au cours de sa carrière, Pauline Marois a des origines plutôt modestes. Née en mars 1949 à Québec, d'un père mécanicien et d'une mère enseignante, elle obtient un baccalauréat en service social à l'Université Laval en 1971 et commence sa carrière dans des organismes communautaires en Outaouais.

Elle poursuit ensuite ses études dans la métropole québécoise, où elle décroche une maîtrise en administration des affaires (MBA) à l'Université de Montréal. C'est là qu'elle fait la connaissance de Jacques Parizeau, qui l'engage comme attachée de presse.

Elle décide de devenir candidate péquiste en 1981, alors qu'elle est directrice de cabinet de la ministre d'État à la Condition féminine, Lise Payette.

En avril 1981, Pauline Marois est élue dans La Peltrie, une circonscription de la région de Québec. Elle entreprend son ascension fulgurante au sein du gouvernement et du Parti québécois. Dès ce premier mandat, René Lévesque lui confie successivement les rênes du ministère de la Condition féminine, avant de la nommer vice-présidente du Conseil du Trésor et ministre de la Main-d'oeuvre et de la Sécurité du revenu.

Aux élections de décembre 1985, le Parti québécois perd le pouvoir, et Pauline Marois est battue dans La Peltrie.

Les leviers du pouvoir

À l'élection de 1989, Pauline Marois se retrouve dans l'opposition, où elle pilote successivement les dossiers des affaires sociales, de l'économie, du travail, de l'industrie et du commerce, du Conseil du Trésor et de l'environnement.

En 1994, le Parti québécois reprend le pouvoir, qu'il conservera à l'élection de 1998. Dans les gouvernements de Jacques Parizeau, de Lucien Bouchard et de Bernard Landry, Pauline Marois prend les commandes des ministères les plus importants, dont la Santé et l'Éducation. Dans le mandat de 1994, elle occupera au moins cinq ministères différents.

Lorsqu'il devient premier ministre, en 2001, Bernard Landry confie à Pauline Marois d'importantes responsabilités, dont le poste de vice-première ministre.

Presque toute la sphère économique de l'État québécois est entre les mains de Pauline Marois en 2002. Elle cumule les fonctions de ministres des Finances, de l'Industrie, du Commerce, de l'Économie sociale, de la Recherche, Science et Technologie.

En avril 2003, Pauline Marois retourne dans l'opposition, à la suite de l'élection des libéraux de Jean Charest.

La carrière de Pauline Marois en bref

  • Attachée de presse de Jacques Parizeau, alors ministre des Finances (1978-1979)
  • Chef de cabinet de Lise Payette, alors ministre d'État à la Condition féminine (1979)
  • Elle dirige de nombreux ministères, dont l'Éducation, la Santé et les Finances, lorsqu'elle est députée de La Peltrie (1981-1985) puis députée de Taillon (1989-2006)
  • Elle suspend sa carrière politique en 2006-2007
  • Chef du PQ depuis 2007

Ambition : première ministre

La ministre des Finances Pauline Marois dépose son premier budget à l'Assemblée nationale. (2001) La ministre des Finances Pauline Marois dépose son premier budget à l'Assemblée nationale. (2001)  Photo :  PC/Didier Debusschere

Pauline Marois a manifesté son ambition de diriger le Parti québécois quatre ans après avoir été élue pour la première fois. Lorsque René Lévesque démissionne de la direction du parti, en juin 1985, elle n'hésite pas à se présenter pour prendre sa succession. Elle arrive deuxième derrière Pierre Marc Johnson.

L'occasion se présente à nouveau en janvier 2001, lorsque le premier ministre Lucien Bouchard démissionne. Pauline Marois songe brièvement à se présenter à sa succession, mais Bernard Landry obtient la majorité des appuis, y compris celui de François Legault, à qui elle avait proposé une alliance.

Mme Marois se rallie au nouveau chef, avec qui elle dit avoir développé une complicité exceptionnelle. Bernard Landry lui confie d'importantes responsabilités au sein de son gouvernement.

En avril 2003, les péquistes sont battus par les libéraux de Jean Charest. Des rumeurs circulent alors sur l'éventuelle démission de Bernard Landry. Mais le chef décide de rester en place jusqu'au congrès du parti, en juin 2005, où les militants devront décider s'ils continuent de lui accorder leur confiance.

Le 5 juin 2005, au lendemain de la démission-surprise de Bernard Landry, Pauline Marois annonce qu'elle est candidate à sa succession. Mais elle perd cette nouvelle occasion de devenir chef du PQ, terminant loin derrière le favori, André Boisclair.

Quelques mois plus tard, le 20 mars 2006, Pauline Marois quitte la politique active, sentant le besoin de se ressourcer après être allée au bout de son chemin. « Le coeur n'y est plus, dit-elle, la passion ne m'habite plus pour faire le travail de député ».

Lors de l'annonce de son retrait de la vie politique, le premier ministre Jean Charest rend hommage à Pauline Marois.

« « Vous avez connu une carrière exceptionnelle. Et il y a peu de femmes au Québec qui en auront fait autant que vous pour ouvrir la porte aux autres femmes afin qu'elles puissent contribuer à leur juste valeur et à la hauteur de leurs talents. » » — Jean Charest

« Je ne connais aucun autre parlementaire qui a occupé à la fois les fonctions de ministre des Finances, vice-première ministre, ministre de l'Éducation, ministre de la Santé, présidente du Conseil du trésor. Un jour, sait-on jamais, peut-être qu'un homme fera la même chose. Permettez-moi d'en douter » a-t-il ajouté devant les parlementaires.

Elle se laissera convaincre de revenir en politique après la sévère défaite infligée au Parti québécois lors des élections de mars 2007, suivies par la démission d'André Boisclair et par la décision de Gilles Duceppe, alors chef du Bloc québécois, de ne pas se porter candidat.

Pauline Marois est couronnée chef du Parti québécois, sans opposition, le 27 juin 2007, puis élue députée de Charlevoix l'automne suivant. Elle devient chef de l'opposition officielle à l'Assemblée nationale, à la suite de l'élection générale de 2008.

Mouvement souverainiste en crise

Les crises se succèdent au sein des forces souverainistes depuis l'effondrement du Bloc québécois aux dernières élections fédérales. En 2011-2012, l'autorité de Pauline Marois est mise à rude épreuve. Les députés Jean-Martin Aussant, Louise Beaudoin, Pierre Curzi et Lisette Lapointe claquent la porte du parti pour siéger comme indépendant. Trois autres députés péquistes rejoignent les rangs de la Coalition avenir Québec. Malgré les nombreuses attaques, Pauline Marois reste en poste et prépare ses troupes pour la campagne électorale.