Élections Québec 2012

Ministres sur le bateau d'Accurso: au moins une personne témoignera, dit Duchesneau

François Messier
Radio-Canada

Info en continu

Le reportage de David Gentile

Jacques Duchesneau laisse entendre que la commission Charbonneau entendra un ou des témoins qui viendront corroborer ses dires selon lesquels des ministres de Jean Charest ont séjourné sur le bateau de l'homme d'affaires Tony Accurso.

C'est ce qu'a affirmé le candidat de la Coalition avenir Québec dans Saint-Jérôme et ex-patron de l'Unité anticollusion dans une entrevue accordée à Radio-Canada.

Jacques Duchesneau était pressé de questions dans la foulée d'un débat tenu mercredi matin sur les ondes du 98,5 FM. Le débat, animé par Paul Arcand, l'opposait à la candidate libérale dans Anjou-Louis-Riel, Lise Thériault.

Lorsque M. Duchesneau s'est fait demander si des ministres de l'actuel gouvernement libéral étaient allés sur le bateau de l'entrepreneur en construction, il a répondu « oui » à plusieurs reprises, mais a refusé d'en dire davantage pour des raisons légales.

Invité à donner plus de détails quelques heures plus tard, M. Duchesneau a répondu : « La question m'a été posée [devant la commission Charbonneau] : "Est-ce que vous avez de l'information à l'effet que oui, il y aurait eu des ministres?" Et mon information, je l'ai donnée. La réponse, c'est oui. Maintenant, laissons entendre les témoins ».

Le candidat caquiste a une fois de plus refusé de dévoiler quels ministres seraient en cause. « Il y a quelqu'un qui va venir témoigner. [...] Je n'irai pas plus loin que ça. Je ne ferai pas le travail de la commission Charbonneau ».

« « Des témoins ont dit des choses. J'ai donné ça à la commission Charbonneau et les témoins vont venir se faire entendre à la commission Charbonneau. » » — Jacques Duchesneau

Lorsqu'on lui a demandé s'il s'adonnait à du « salissage politique » avec ses déclarations, M. Duchesneau a laissé entendre qu'il aurait pu en dire plus à ce sujet lors de son propre passage devant la commission Charbonneau, en juin.

« L'avocat du gouvernement avait toutes les occasions de me poser des questions. L'avocate du Parti québécois avait toutes les occasions de me poser des questions. Et on s'en est tenu à des futilités. Alors attendons, il reste six jours de campagne », a-t-il laissé tomber.

Ce n'est pas la première fois que des allégations concernant la présence de ministres sur le bateau de Tony Accurso font surface, mais elles n'ont jamais été prouvées.

Dans une entrevue accordée à Radio-Canada en octobre 2009, l'ex-candidat municipal Benoît Labonté avait déclaré avoir transmis de l'information à ce sujet à Jean Charest. Il disait que deux sources lui avaient confirmé que trois ministres étaient en cause.

L'affaire avait rebondi à l'Assemblée nationale. La députée adéquiste Sylvie Roy, qui défend aujourd'hui les couleurs de la CAQ, avait posé une question à ce sujet au ministre de la Sécurité publique de l'époque, Jacques Dupuis. Ce dernier avait dénoncé une utilisation abusive de l'immunité parlementaire.

Extraits du débat animé par Paul Arcand

- Lise Thériault : « Ici, on en parle plus qu'ailleurs [NDLR: de la corruption] parce qu'il y a eu des allégations. Sylvie Roy qui a dit que les ministres sont allés sur le bateau de Tony Accurso, vous le savez que ce n'est pas vrai. Elle l'a reconnu, elle aussi, que ce n'était pas vrai. »

- Jacques Duchesneau : « Y'en a jamais eu? »

- Lise Thériault : « Pas à ma connaissance. »

- Paul Arcand : « Est-ce que vous pensez qu'il y en a, M. Duchesneau? Est-ce que vous dites qu'il y en a qui y sont allés? »

- Jacques Duchesneau : « Oui. »

- Paul Arcand : « Des ministres du gouvernement actuel? »

- Jacques Duchesneau : « Oui. »

- Paul Arcand : « Ils sont allés sur le bateau de M. Accurso? »

- Jacques Duchesneau : « Oui. »

- Lise Thériault : « Bien, ils répondront en temps et lieu quand quelqu'un aura des preuves. »

- Paul Arcand (quelques instants plus tard) : « Les gens vont dire lesquels? Lesquels? »

- Jacques Duchesneau : « Je ne donnerai pas de nom ici ce matin pour des raisons évidentes. »

- Paul Arcand : « Légales. »

- Jacques Duchesneau : « Oui. »

Charest dément et contre-attaque

En conférence de presse mercredi matin, à Saint-Romain, le chef libéral, Jean Charest, a déploré que Jacques Duchesneau ressasse cette histoire.

« Quand cette allégation-là a été faite, quand quelqu'un m'a dit : "Il y a des ministres de votre gouvernement qui sont allés sur le bateau de Tony Accurso", j'ai posé la question à mes ministres : "Est-ce que vous êtes allés sur le bateau de Tony Accurso?" La réponse, c'est non », a-t-il dit.

« Quand la députée de la CAQ, Mme Sylvie Roy, s'est fait demandée si elle avait des preuves à cet effet-là, elle a dit que c'était du ouï-dire », a ajouté le chef libéral.

Jean Charest a ensuite lu un extrait d'un article publié par La Presse Canadienne le 19 août et dans lequel M. Duchesneau affirmait que « les citoyens sont lassés des allégations, des tentatives des partis de faire "dérailler la vérité". Les Québécois sont plus préoccupés par les vrais enjeux de la campagne. »

« « Tous les Québécois devraient prendre note de ce que Jacques Duchesneau essaie de faire à la politique, et qui, malheureusement, dessert la démocratie et la vérité. » » — Jean Charest

Le chef libéral a ensuite attaqué la crédibilité de la Coalition avenir Québec en matière de lutte contre la corruption, en évoquant des informations déjà publiées selon lesquelles Tony Accurso aurait payé une facture de 14 000 $ lors d'une activité de financement organisée par l'Action démocratique du Québec au restaurant Onyx, dans le complexe Tops, à Laval, propriété de Tony Accurso, en 2007.

« À l'ADQ, qui est maintenant devenue la CAQ, et chez les députés qui étaient là, Tony Accurso leur a payé un lunch de 14 000 $. Ça, c'est un fait qui est prouvé. Ça fait cher l'aile piquante, ça! » a-t-il lancé.

« « Peut-être que Jacques Duchesneau devrait nous dire les résultats de l'enquête sur le lunch de Tony Accurso à 14 000 $? » » — Jean Charest

« Est-ce que ce n'est pas triste aujourd'hui que M. Duchesneau répète ces allégations-là, qui sont sans aucun fondement? Aucun, aucun, aucun fondement. Et ça sert les intérêts de qui? C'est difficile de penser que ça sert les intérêts de quiconque », a-t-il ajouté.

M. Duchesneau a rétorqué peu après : « Moi aussi, ça m'attriste qu'il ait fait des élections avant qu'on entende des témoins de la commission Charbonneau. Alors nous sommes tous les deux tristes ».

La libérale Lise thériault brandit à RDI une photo de Jacques Duchesneau en compagnie d'Alberino Magi La libérale Lise thériault brandit à RDI une photo de Jacques Duchesneau en compagnie d'Alberino Magi

La candidate libérale Lise Thériault est revenue à la charge dans certains médias. « Présentement, il y a une photo qui se promène sur Twitter, où on voit M. Duchesneau avec un certain M. Magi, qui est associé à la mafia », a-t-elle déclaré en entrevue à RDI.

Vérification faite, Alberino Magi n'a jamais fait l'objet d'accusation criminelle au Québec, mais son nom apparaissait dans une liste d'une vingtaine de personnes accusées dans une affaire de fraude téléphonique de dizaines de millions de dollars aux États-Unis.

Pour sa part, le chef de la CAQ, François Legault, n'a pas voulu se mêler de l'histoire. « Si vous avez des questions, vous les poserez à M. Duchesneau. Comme je vous ai dit, moi, je ne suis pas au courant, et je n'ai pas voulu être au courant des détails, donc je ne sais pas quelle est la forme de la preuve », a-t-il dit.

Dès 2009, Radio-Canada commence à révéler que l'entrepreneur Tony Accurso aurait reçu des figures importantes de la FTQ-Construction et de la Ville de Montréal. L'entrepreneur en construction aurait reçu certaines personnes influentes sur son yacht aux Bahamas ou offert des cures de jeûne dans un luxueux centre de santé en Allemagne.

En décembre 2010, deux des entreprises de Tony Accurso, Constructions Louisbourg et Simard-Beaudry, se sont reconnues coupables d'une fraude fiscale de 4 millions de dollars à l'endroit du gouvernement fédéral. Environ 80 % du chiffre d'affaires de ces entreprises provenait de contrats publics.

Le 17 avril 2012, Tony Accurso est arrêté par l'Unité permanente anticorruption (UPAC) dans le cadre de l'opération Gravier, à l'instar du maire de Mascouche, Richard Marcotte, et de l'homme d'affaires Normand Trudel. Il fait face à des accusations de fraude, de complot, d'avoir influencé un fonctionnaire municipal, d'abus de confiance et de fraude envers le gouvernement (deux chefs) relativement à cette affaire.

M. Accurso a été arrêté de nouveau le 9 août par la Gendarmerie royale du Canada dans le cadre de l'opération Coche. Il est soupçonné d'avoir mis sur pied un subterfuge pour contourner l'impôt fédéral. Il fait face à six chefs d'accusation, dont complot, fraude, faux et abus de confiance par un fonctionnaire public.

Au début des travaux de la commission d'enquête Charbonneau, des diagrammes exposant les liens de sept entreprises influentes de l'industrie de la construction, dont celles de Tony Accurso, ont été déposés en preuve.

Pour me joindre :
francois.messier-nm@radio-canada.ca

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