Élections Québec 2012

Québec solidaire : Manon Massé, une «femme qui sort des normes»

Sophie-Hélène Lebeuf
Radio-Canada

Signe des temps, pour la première fois, un débat des chefs lié à une campagne électorale québécoise a opposé deux hommes... et autant de femmes. La politique québécoise n'en reste pas moins une arène très majoritairement masculine. À la dissolution de la Chambre, les femmes ne formaient que 28 % de l'ensemble de la députation. L'élection du 4 septembre ne devrait pas bouleverser la donne, puisque 254 femmes sur 894 candidats - une proportion de 28,4 % - briguent les suffrages. Radio-Canada.ca a interviewé cinq des candidates à l'assaut de cet univers aux luttes souvent féroces. Le thème? La politique au féminin.

Toute première candidate à défendre les couleurs de Québec solidaire, en 2006, Manon Massé est convaincue que cette fois sera la bonne. Cette féministe qui défend les « exclu-e-s de cette société » et qui s'assume sans compromis - même avec sa « pilosité apparente » fort médiatisée - croit d'ailleurs que sa marginalité ferait du bien à la politique québécoise.

« « La femme que je suis est une femme qui sort des normes, une femme qui depuis toujours est marginale. Marginale dans sa pensée pour la justice sociale, marginale dans sa façon de s'habiller, marginale dans son look. » » — Manon Massé

Éprise de justice sociale, celle qui a participé, aux côtés de Françoise David, à l'organisation de la Marche du pain et des roses, en 1995, et de la Marche mondiale des femmes, cinq ans plus tard, fait de la lutte contre la pauvreté - qui touche particulièrement les femmes - son principal cheval de bataille. Active dans le milieu communautaire depuis une trentaine d'années, elle voudrait maintenant, avec des collègues solidaires qu'elle souhaite nombreux, « créer des brèches dans le système actuel ». « Parce qu'un autre monde est possible », ajoute, convaincue, Manon Massé, fière, notamment de cette jeunesse « qui se lève ».

Trois mots ou expressions qui résument selon vous ce que les femmes apportent à la politique :

« « C'était impossible pour moi que la première candidature que présente notre parti [qui est féministe] soit autre chose qu'une femme, alors je n'ai pas réfléchi un instant et quart. [...] Dieu merci, mes enfants sont grands! » » — Manon Massé

Récemment, Pauline Marois a affirmé qu'il y avait moins de femmes en politique parce que plusieurs d'entre elles souffraient d'un manque de confiance en soi. Partagez-vous son opinion?
Oui, c'est en partie une question de confiance, mais il faut voir d'où vient ce manque de confiance. Pendant des millénaires, on nous a empêchées d'avoir accès à l'espace public, à la politique. La politique était réservée aux hommes et maintenant, nous commençons tout juste à pouvoir nous l'approprier.

Les femmes font-elles de la politique autrement?
Les femmes vivent des choses particulières, des choses différentes. Elles sont discriminées sur la seule base qu'elles sont des femmes. À Québec solidaire, on en tient compte dans nos délibérations. Je pense que tout ça est transférable à l'Assemblée nationale. Je pense que les femmes souhaitent un partage horizontal du pouvoir : ça veut dire à l'intérieur de l'Assemblée et aussi, surtout, avec l'ensemble de la population.

« « La façon dont les femmes débattent, ce n'est pas d'avoir un débat où il y a des gagnants. L'objectif, c'est de délibérer, de se laisser l'opportunité non pas de se convaincre, mais de trouver ensemble le bon chemin. » » — Manon Massé

Le traitement réservé aux politiciennes est-il pire que celui réservé aux hommes?
L'image des femmes en général est plus maltraitée que celles des hommes.

Quel enjeu, peut-être moins médiatisé, qui concerne les femmes vous touche particulièrement?
Le sort qu'on réserve à nos aînés me touche personnellement parce que mes parents sont dans la « quatre-vingtaine ». On ne sait pas toujours prendre soin des aînés et tirer le maximum de leur sagesse et des contributions qu'ils pourraient apporter parce qu'on les met de côté. J'en parle comme d'un enjeu qui concerne les femmes parce qu'elles vivent plus longtemps et plus pauvrement à cause de leur régime de retraite et des emplois qu'elles ont ou non occupés durant leur vie. Québec solidaire est prêt à se tenir debout pour aller chercher l'argent là où il est pour que nos aînés vivent dans la dignité.

« « [Les jeunes] nous ont enseigné - je pense notamment à la CLASSE - que le partage du pouvoir hommes-femmes [pouvait se faire] autrement. » » — Manon Massé

Quelle est la réalisation personnelle dont vous êtes la plus fière, particulièrement parce que vous êtes une femme?
La Marche mondiale des femmes et la Marche du pain et des roses parce que c'est un mouvement pacifique qui a changé les solidarités des féministes à travers le monde.

Quel est le défi le plus important que vous avez dû relever en tant que femme?
Le fait de m'assumer comme femme et de ne pas toucher à ma pilosité apparente.

Yolande James Yolande James, ministre de la Famille

Y a-t-il une députée d'un autre parti que le vôtre que vous admirez?
Yolande James [députée libérale et ministre de la Famille] : on ne partage pas les mêmes opinions politiques, mais je trouve qu'il faut du courage politique quand on est doublement discriminée comme elle.

Y a-t-il une personnalité féminine qui est pour vous un modèle?
Aung San Suu Kyi [leader incontestée de l'opposition birmane et Prix Nobel de la paix 1991], une résistante, une battante, une pacifique, une grande inspiration pour moi - et qui est libre maintenant.

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