Élections Québec 2012

Un seul patron à la CAQ, soutient Legault

L'entrevue d'Anne Marie Dussault avec Jacques Duchesneau

Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, affirme qu'il « consulterait » Jacques Duchesneau pour nommer certains ministres dans un éventuel gouvernement de la CAQ, mais que le dernier mot lui reviendrait.

M. Legault a apporté cette précision après que son nouveau candidat dans Saint-Jérôme eut déclaré, lundi matin sur les ondes du 98,5 FM, qu'il aurait, en tant que vice-premier ministre, « l'autorité déléguée de nommer les ministres ».

« « Ce que j'ai dit à M. Duchesneau, c'est que je le consulterais pour les quatre ministères-clés où on va faire un travail au point de vue de la corruption [NDLR : Transports, Sécurité publique, Ressources naturelles et Affaires municipales]. Par contre, c'est la prérogative du premier ministre de choisir les ministres. » » — François Legault

Lors d'un point de presse visant à annoncer la création d'un fonds de 5 milliards de dollars pour les ressources naturelles, administré par la Caisse de dépôt et placement du Québec, M. Legault a ensuite dit qu'il prendrait lui-même les décisions concernant les nominations de ministres, et qu'il n'y aurait « qu'un seul patron » à la CAQ.

François Legault apporte des précisions sur les propos de Jacques Duchesneau.

Le chef de la CAQ a par ailleurs affirmé avoir eu l'occasion de parler à M. Duchesneau, après son entrevue, par l'intermédiaire d'un de ses attachés politiques. « Je pense qu'il faut être précis », a-t-il dit, en référence aux propos de son candidat, précisant de nouveau qu'il serait consulté, mais que le choix des ministres demeurerait une prérogative du premier ministre.

« On veut être capable, entre autres aux Transports et aux Affaires municipales, de faire un vrai ménage dans la corruption : c'est important que l'on travaille en équipe », a ajouté M. Legault.

En outre, ce dernier ne semble pas trop s'inquiéter de ce premier « incident » autour de son candidat-vedette. « On va travailler en équipe, et puis je n'ai actuellement aucune inquiétude, j'ai beaucoup de plaisir dans toutes mes conversations avec M. Duchesneau, donc on va faire une équipe d'enfer! » a commenté François Legault.

Dans un point de presse ultérieur, à Drummondville, François Legault a lancé une pointe en direction des libéraux, affirmant qu'il aimait mieux « consulter Jacques Duchesneau que Franco Fava ». M. Fava, collecteur de fonds pour le Parti libéral, a déjà été visé par des allégations de trafic d'influence, qu'il a vivement démenties.

Plus tard, dans un message envoyé sur le réseau Twitter, M. Legault a ajouté : « Je suis habitué de gérer de gros égos. J'ai déjà géré des pilotes. » Le chef de la CAQ a fondé et présidé le transporteur Air Transat.

Jacques Duchesneau en entrevue avec Anne-Marie Dussault. Jacques Duchesneau en entrevue avec Anne-Marie Dussault.

Quant à Jacques Duchesneau, il a corrigé le tir lors d'une entrevue sur les ondes de RDI. Il a affirmé qu'il était clair pour lui que le pouvoir de choisir les ministres appartenait au premier ministre, précisant d'ailleurs que la loi constituant le bureau du premier ministre était claire sur cette question.

Il a dit qu'il avait voulu prendre un « raccourci » pour expliquer rapidement dans une entrevue qu'ils allaient s'entendre sur le choix des ministres qui allaient travailler avec lui, mais qu'il avait appris que « maintenant en politique, on ne peut pas prendre de raccourci ».

Réaction de Jean Charest

Jean Charest réagit aux propos de Jacques Duchesneau

Interrogé sur les propos de M. Duchesneau, le chef du Parti libéral, Jean Charest, ne s'est pas gêné pour se moquer du chef caquiste.

« J'ai compris qu'il y a un nouveau mode de fonctionnement, que dorénavant François Legault, à la CAQ, va s'occuper du compte Twitter et va faire les cocktails de financement et que Jacques Duchesneau va s'occuper du reste », a ironisé M. Charest.

La nomination des titulaires de portefeuilles ministériels est une prérogative du premier ministre, a indiqué M. Charest, qui a soutenu n'avoir « jamais » laissé à un ténor de son parti un droit de regard sur la composition du conseil des ministres. « Je n'ai jamais vu, jamais, ni au Canada ni ailleurs dans le monde - et certainement pas dans l'histoire du Québec - une situation comme celle-là et, en passant, je ne pense pas le revoir non plus », a-t-il dit.

De son côté, la chef du Parti québécois, Pauline Marois, a employé le mot « improvisé » pour décrire ce qui se passe à la CAQ. « C'est de l'amateurisme, à mon point de vue, c'est une méconnaissance aussi des règles de fonctionnement d'un gouvernement. Ça m'étonne beaucoup de M. Legault qui sait un peu quand même comment ça se passe », a déclaré Mme Marois.