Les tiers partis

La multiplication des tiers partis

Le monde politique est en effervescence au Québec. Les partis reconnus par le Directeur général des élections (DGE) sont maintenant au nombre de 20, dont 10 ont été créés depuis les élections de 2008.

Cinq de ces partis étaient représentés à la dernière législature, ce qui, sans être un record, est loin d'être habituel. Le système électoral majoritaire à un tour a en effet tendance à favoriser le bipartisme.

Ce phénomène n'est pas unique au Québec. « Depuis une vingtaine d'années, on observe que les tiers partis sont en hausse dans les démocraties », souligne le politologue Éric Bélanger, professeur de sciences politiques à l'Université McGill. Selon lui, cette augmentation suit celle du nombre de « citoyens critiques » qui ont perdu confiance envers les partis établis.

Il cite l'exemple de la création, en 2006, de Québec solidaire, conséquence de ce désenchantement d'une certaine frange de la population.

Il faut dire qu'il est assez facile de faire reconnaître un parti par le Directeur général des élections. Il suffit de réunir les signatures de 100 membres (qui seront vérifiées par le bureau du DGE) et de verser un dépôt de 500 $ (remboursable au moment de la production du premier rapport financier).

C'est ainsi que le simple citoyen Yvan Rodrigue a fondé le Parti équitable en février dernier. Ce commis de supermarché dit qu'il était « tanné de chialer » contre les solutions proposées par les partis dominants. « Ils sont déconnectés des gens ordinaires », lance-t-il. Son parti propose d'assainir la gestion des fonds publics et de créer un programme industriel qui épongera la dette du Québec et allégera le fardeau fiscal des citoyens. M. Rodrigue espère rallier des candidats de prestige à ses idées et ambitionne de « prendre la place de Charest ».

Québec solidaire n'a pas de chef, mais plutôt deux porte-parole, Amir Khadir et Françoise David. Québec solidaire n'a pas de chef, mais plutôt deux porte-parole, Amir Khadir et Françoise David.

Un enjeu, un parti

Il est fréquent que des tiers partis voient le jour autour d'un enjeu unique, souligne Éric Bélanger. Le Parti nul vise ainsi à pallier une lacune du système électoral québécois.

Une personne qui tente d'annuler son vote voit en effet son bulletin rejeté lors du dépouillement. C'est ce qui a mené des étudiants de l'Université Laval à créer le Parti nul, en 2009.

Ses fondateurs espèrent donner une voix aux électeurs déçus de l'offre politique ou contraints de voter dans une circonscription où les jeux sont déjà faits, en leur permettant d'annuler leur vote.

« En créant un parti, on se trouvait à obliger à ce que ces votes-là soient pris en considération, puisqu'ils comptent dans le résultat du vote », explique un de ses fondateurs, Renaud Blais.

« « Toutes les semaines, j'ai quelqu'un qui m'écrit pour me dire : "Bonne idée, je vous encourage, je vais devenir membre", et parfois, je suis chanceux, c'est pour devenir candidat. » » — Renaud Blais

Le Parti nul, qui n'avance officiellement rien d'autre que cette proposition, se voit en fait comme un moyen de lutter contre le désintérêt d'une partie des citoyens pour la démocratie et les affaires publiques.

Un parti prônant la participation directe

Reconnue officiellement en juin 2012, la Coalition pour la constituante se donne pour mission de modifier le paysage politique québécois. La formation suggère d'élire un gouvernement provisoire pour une période de deux ans, le temps de procéder à des réformes.

Le porte-parole de la Coalition pour la Constituante, Marc Fafard, y voit un moyen d'assurer une participation plus directe des électeurs et de permettre aux Québécois de participer à la vie démocratique.

L'enjeu unique du Parti vert

Partout dans le monde, les partis verts se sont eux aussi formés autour d'un enjeu unique, celui de l'environnement.

Sur la scène québécoise, le Parti vert a connu deux vies. Il naît dans les années 1980 et connaît un succès d'estime dans les urnes, avant de disparaître au milieu des années 1990, lorsque son chef, Jean Ouimet, rejoint le Parti québécois.

Le parti renaît de ses cendres en 2001 et récolte ses meilleurs résultats aux élections générales en 2007, avec 3,85 % des voix.

Son chef actuel est Claude Sabourin. Il s'affaire à remettre sur pied un parti qui, estime-t-il, a été négligé au cours des années.

M. Sabourin reconnaît la valeur de ses anciens collègues Scott McKay et Daniel Breton, qui ont rejoint le Parti québécois, mais doute qu'ils puissent avoir une influence si jamais ils accédaient au Conseil des ministres.

« Je pense aussi que, si jamais le PQ prend le pouvoir, ils vont se rendre compte qu'autour de la table, il y a beaucoup de gens qui s'en balancent pas mal des dossiers environnementaux. [...] Ils vont trouver le temps long », affirme M. Sabourin.

Pour lui, prendre le pouvoir n'est pas la priorité. Il estime que le succès passe autant par l'action collective sur de grands dossiers que par des gestes individuels.

« On dit souvent qu'on préfère augmenter notre support lentement, à travers l'éducation, par notre présence, que de prendre le pouvoir rapidement sans réussir à faire les changements que l'on veut, parce que la population ne sera pas prête à le faire », affirme M. Sabourin.

Mario Dumont Pendant deux mandats, Mario Dumont a été le seul député de l'Action démocratique à l'Assemblée nationale.  Photo :  PC/Clément Allard

De tiers parti à parti dominant

Il arrive parfois que des tiers partis réussissent à s'imposer. L'Action démocratique du Québec (ADQ), fondée en 1994, a ainsi été le porte-voix des idées de droite à l'Assemblée nationale pendant près de 15 ans, atteignant même le statut d'opposition officielle en 2007, puis le perdant en 2008 avant de fusionner avec la Coalition avenir Québec, en janvier 2012.

À sa fondation, en 1968, le Parti québécois voulait imposer l'enjeu de l'indépendance du Québec. « Cet enjeu est ensuite devenu un débat structurant dans la société québécoise », remarque le politologue Éric Bélanger, qui note que la question nationale a moins d'importance ces années-ci, ce qui pourrait affaiblir le parti.

Liste des partis politiques autorisés par le DGE du Québec

Non représentés à l'Assemblée nationale

Bloc pot
Coalition pour la constituante
Équipe autonomiste
Mouvement équité au Québec
Parti conservateur du Québec
Parti de la classe moyenne du Québec
Parti indépendantiste
Parti marxiste-léniniste du Québec
Parti nul
Parti vert du Québec
Parti égalité/Equality party
Parti équitable
Parti unité nationale
Québec - Révolution démocratique
Union citoyenne du Québec/Quebec Citizen's Union

Représentés à l'Assemblée nationale

Coalition avenir Québec - L'équipe François Legault
Option nationale
Parti libéral du Québec/Quebec Liberal Party
Parti québécois
Québec solidaire

Avec des entrevues de Bernard Leduc et d'Isabelle Montpetit