En route vers la présidentielle américaine

Ted Cruz, le républicain résolument conservateur

Lorsqu'il a annoncé sa candidature à l'investiture républicaine, Ted Cruz était largement perçu comme un candidat marginal. Le sénateur ultraconservateur du Texas est si mal aimé au sein de son propre parti qu'il semblait hasardeux de le voir parmi les favoris. Et pourtant.

Soutenu par l'aile ultraconservatrice du Tea Party, mais honni du reste de son parti, Ted Cruz a remporté la première étape de la course à l'investiture en vue de la présidentielle de novembre avec le caucus de l'Iowa. Qui est-il, comment expliquer sa popularité, et jusqu'où se rendra-t-il?

Un « baptiste du Sud »

Photo : AP Photo/Mary Altaffer, 1er février 2016

Né au Canada, d'une mère américaine d'origine européenne et d'un père cubain, Ted Cruz déménage à Houston, au Texas, à quatre ans.

Adolescent, il est déjà attiré par les idées de droite. Il devient membre d'un groupe financé par le Free Enterprise Institute, où il apprend la Constitution américaine par cœur, et grâce auquel il voyage à travers le Texas pour prononcer des discours à saveur conservatrice.

Il suit ensuite des études de droit à Princeton et à Harvard, qui lui permettent de travailler d'abord comme auxiliaire juridique pour le juge J. Michael Luttig de la Cour d'appel, puis pour le juge en chef des États-Unis William Rehnquist.

En 2000, il devient conseiller de George W. Bush lors de l'élection présidentielle contre Al Gore. Il aide notamment son équipe dans le dossier des résultats contestés en Floride. Malgré ses ambitions d'obtenir un poste de haut niveau sous l'administration Bush, il doit se contenter d'emplois moins importants. Il est toutefois nommé procureur général du Texas en 2003.

Il devient neuf ans plus tard candidat républicain pour le poste de sénateur de l'État, devançant contre toute attente des candidats de l'establishment du parti, et il est élu.

3 faits sur Ted Cruz

  • Né le 22 décembre 1970 à Calgary, au Canada
  • Procureur général au département de la Justice, puis directeur du Bureau de planification des politiques à la Commission fédérale du commerce sous l'ère Bush
  • Sénateur du Texas au Congrès américain depuis 2013

Grand défenseur des valeurs conservatrices

Photo : Reuters/Eric Thayer, 3 février 2016

Ayant effectué une partie de son parcours scolaire dans des établissements chrétiens, Ted Cruz a adopté leurs valeurs, qu'il revendique aujourd'hui haut et fort.

« Ted Cruz est un très grand conservateur social qui est soutenu essentiellement par les évangélistes », indique Élisabeth Vallet, professeure de géopolitique à l'UQAM et chercheuse à l'Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand.

Se positionnant clairement contre l'avortement et le mariage homosexuel, Ted Cruz est également pour le droit de posséder des armes et pour la peine de mort. Le sénateur du Texas milite aussi pour un durcissement de la position américaine envers les immigrants, tant en ce qui a trait à la sécurité des frontières qu'aux lois concernant l'immigration et à l'attitude à adopter envers les immigrants illégaux.

Photo : Reuters/Jim Young 30 janvier 2016

En plus de sa vision très puriste de ce que doivent être les valeurs américaines, Ted Cruz se fait également un grand défenseur des libertés individuelles face à l'État. Il a notamment été un farouche opposant à l'Obamacare, cette réforme de santé qui oblige toutes les personnes payant des impôts aux États-Unis à se doter d'une assurance maladie.

« Il est opposé à la plupart des choses que fait le gouvernement et également aux taxes qui soutiennent ses activités. Il est essentiellement un idéologue hyperconservateur », explique Graham Dodds, professeur de science politique à l'Université Concordia et membre de l'Observatoire des États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand.

Photo : Reuters/Eric Thayer, 4 février 2016

Même les décisions de son propre camp n'obtiennent pas grâce aux yeux du candidat républicain, qui se dit anti-establishment et qui s'oppose ouvertement aux meneurs du parti, considérant qu'ils font trop de compromis.

Ted Cruz affirme d'ailleurs que les républicains ont perdu les deux dernières élections présidentielles en raison des candidats trop modérés qu'ils avaient mis à leur tête : John McCain, puis Mitt Romney. Selon lui, la seule manière pour son parti d'accéder à la présidence est de choisir un candidat résolument conservateur qui puisse parler à la base militante.

Mal aimé, mais tout de même populaire

Cette attitude très rigide explique la raison pour laquelle Ted Cruz, qui était considéré comme un « grand espoir » par les médias de droite lors de son arrivée au Sénat, s'est aliéné une bonne partie de ses premiers admirateurs.

« Il est l'une des personnes les plus détestées à Washington. Plusieurs le voient comme arrogant et déplaisant, enclin à se plaindre et pas du tout charismatique », note Graham Dodds. Il est toutefois très apprécié des électeurs conservateurs « qui cherchent un nouveau Ronald Reagan », souligne-t-il.

« Une personne authentique qui a le courage de ses convictions, qui n'a pas peur de dire la vérité aux gens au pouvoir et qui refuse de faire des compromis sur ses principes », décrit M. Dodds.

Photo : Reuters/Carlos Barria, 30 janvier 2016

Un conservatisme qui paie?

Malgré l'engouement de la frange la plus conservatrice du parti pour le sénateur du Texas, il est loin d'être certain que Ted Cruz sera capable d'attirer les votes des modérés ou des indépendants, selon le professeur Graham Dodds.

Le spécialiste de la politique américaine croit plutôt que, lors des primaires, les électeurs républicains vont choisir un candidat qui a plus de chances d'être élu au niveau fédéral, comme Marco Rubio. Et pour ce qui est de s'emparer de la Maison-Blanche, Graham Dodds ne veut pas non plus parier sur lui.

« Même si Cruz est capable de gagner l'investiture républicaine, il ne sera probablement pas un candidat fort contre le candidat démocrate qui sera élu », conclut-il.