En route vers la présidentielle américaine

Lire la politique américaine dans les macarons

Yanik Dumont Baron
Radio-Canada
Certains macarons de la présidentielle américaine Certains macarons de la présidentielle américaine  Photo :  Radio-Canada/Yanik Dumont Baron

Vous pouvez en apprendre beaucoup sur une course électorale en jasant avec le vendeur de macarons. Celui qui offre des slogans, des jeux de mots ou des images pour afficher son choix.

Un texte de Yanik Dumont Baron TwitterCourriel correspondant à Washington  

Vendredi soir, il y avait un de ces vendeurs à l'aréna de Manchester, New Hampshire, où des milliers de démocrates étaient réunis. Des mordus de politique. Des militants convaincus, galvanisés par une course plus serrée que prévu.

Brad Koplinski tente de rester diplomate tout en parlant de ses macarons. Il en a une quinzaine de modèles différents. Pour Hillary, pour Bernie et même contre Trump. « L'appui est bien profond chez Hillary. Mais pour Bernie, l'appui est plus ardent », explique-t-il.

Les macarons Sanders reflètent l'image qu'on a de ses partisans : jeunes, enthousiastes. Un peu « vintage » aussi. « Les gens aiment bien celui inspiré des Grateful Dead, explique Brad. Et ils aiment vraiment l'autre où les cheveux de Bernie semblent en feu. »

Chez Clinton? On est plus sobre, plus classique. « La plupart des gens aiment le majestueux "Madame Présidente" », ajoute le vendeur, décrivant un macaron épuré où l'on voit Hillary de profil, comme on la verrait sur un billet de banque.

Mes yeux s'arrêtent sur un macaron précis : « Hillary 50 % - Bernie 50 % - le New Hampshire va briser l'égalité ». C'est une référence aux résultats bien serrés en Iowa (49.8 % pour Clinton, 49.6 % pour Sanders). Brad croyait qu'il allait bien se vendre. Mais non. Faut croire que chaque camp est convaincu d'avoir l'avantage. Convaincu de l'emporter ultimement...

Sonia Lee et Brian Kelly, du New Hampshire Sonia Lee et Brian Kelly, du New Hampshire

Les partisans du sénateur du Vermont sont particulièrement optimistes. « Il y a deux mois, on n'aurait jamais cru qu'il allait faire une telle lutte à Hillary », explique Brian Kelly. Sa femme hoche de la tête : « Les jeunes sont engagés, sont derrière lui d'une manière très importante. Il a un tel élan, je ne pense même pas qu'il (Sanders) l'a prédit. »

Dans la foule, on juge Sanders plus authentique que sa rivale. On croit qu'il se préoccupe davantage du sort des gens normaux. Et on a l'impression qu'il va faire ce qu'il dit. Après tout, la grande finance n'a pas contribué à sa campagne.

Mosemarie Boyd et Mike Todd, venus de l'Arkansas Mosemarie Boyd et Mike Todd, venus de l'Arkansas  Photo :  ICI Radio-Canada/Yanik Dumont Baron

Les partisans de l'ex-secrétaire d'État sont aussi capables de faire du bruit, bien sûr. Mais le contraste est frappant. Ils sont plus rangés. Plus âgés aussi. « C'est un enthousiasme étudié », explique Mike Todd, venu de l'Arkansas pour aider sa favorite. De l'autre côté, « on parle d'être persécuté, de détruire des choses, explique Kathy Flanagan. On aime se plaindre. C'est très séduisant. Hillary veut réparer. C'est plus difficile. »

Ceux qui appuient Clinton parlent de pragmatisme. Répètent avoir les mêmes objectifs que le clan adverse. Mais ils croient leur candidate plus expérimentée. Plus réaliste. Davantage capable d'imposer le progrès.

Dans cette foule à Manchester, il est dur de trouver des indécis. « C'est un choix très difficile à faire, explique finalement une dame, les mains pleines d'objets aux couleurs des deux candidats. Ils ont tous les deux beaucoup à offrir. Je cherche un certain niveau d'authenticité. »

Même Brad Koplinski, le vendeur de macarons, avoue être déchiré. « Comme bien de gens, je veux voir à la Maison-Blanche un progressiste solide, fort, qui ne va pas se laisser manger la laine sur le dos. En théorie, [Sanders] est très bien. Mais dans la pratique, Hillary est peut-être le meilleur choix. C'est difficile de savoir », concède-t-il.

C'est un peu le dilemme des démocrates ces jours-ci : une pragmatique réaliste ou un ambitieux idéaliste. Pour bien des gens, l'issue est loin d'être scellée. La seule chose que Brad Koplinski peut vous dire avec certitude, c'est que, vendredi soir, les macarons pro-Clinton se vendaient mieux.