En route vers la présidentielle américaine

Bernie Sanders : le socialiste qui fait de l'ombre à Hillary Clinton

Qui aurait pensé qu'un candidat qui se qualifie de socialiste soit au coude-à-coude avec Hillary Clinton dans les derniers sondages en vue des caucus en Iowa et des primaires au New Hampshire?

Un texte de Bruno MaltaisTwitterCourriel

Il y a six mois, le sénateur du Vermont était encore un candidat marginal dans la course à l'investiture démocrate. Aujourd'hui, même si peu d'observateurs croient à ses chances de remporter l'investiture démocrate, Bernie Sanders attire les foules dans les États où les premiers électeurs se prononceront, et ses idées sont relayées dans les médias partout aux États-Unis.

Photo : AP Photo/Andrew Harnik

Comment expliquer cette montée?

« À l'heure où la crise économique de 2007-2008 exerce encore un poids considérable sur la classe moyenne et les jeunes, plusieurs démocrates et Américains jugent qu'Obama et Washington n'en ont pas assez fait pour réduire la puissance des grandes entreprises et de Wall Street », explique Frédérick Gagnon, directeur de l'Observatoire des États-Unis à la Chaire Raoul-Dandurand.

Photo : AP Photo/Brynn Anderson

« Quand Sanders dit qu'il veut augmenter les impôts des plus riches, il touche une corde sensible auprès de ces électeurs. Clinton le dit aussi, mais on l'estime souvent moins sincère, car ses positions sur ces questions ont évolué au cours de sa carrière », ajoute Frédérick Gagnon.

De plus, « plusieurs en ont assez des Clinton. À ce titre, Sanders représente un vent de fraîcheur dans un pays où l'on veut du changement et où le désenchantement à l'égard de la classe politique est extrêmement prononcé », estime Frédérick Gagnon. « Le populisme de Sanders, et sa capacité à "faire passer le courant" en présence d'Américains moyens, le sert bien à un moment où l'écoeurement à l'égard des politiciens aux discours préfabriqués est palpable. Le succès de Trump est également dû en partie à ce facteur », note-t-il.

Photo : AP Photo/Alex Brandon

Quant à Hillary Clinton, « elle est souvent perçue comme une candidate moins accessible, moins facile d'approche, fabriquée dans le même moule que les politiciens de Washington dont on a assez en ce moment », analyse Frédérick Gagnon.

Les positions de Clinton et Sanders sont-elles bien différentes?

Le professeur Frédérick Gagnon note que :

  • Sanders veut un système de santé universel semblable à celui dont on dispose au Canada (système à payeur unique, financé par l'État); Clinton souhaite tout simplement maintenir le système Obamacare.
  • Sanders est contre l'établissement d'une zone d'exclusion aérienne en Syrie dans le cadre de la lutte contre l'État islamique; Clinton est pour et est plus « faucon » que Sanders dans sa volonté de lutter contre l'État islamique en Syrie.
  • Sanders veut un retrait immédiat des troupes américaines d'Afghanistan; Clinton est plus ouverte à l'idée de maintenir la présence dans ce pays au besoin.
  • Sanders est pour que les États légalisent la marijuana; Clinton est moins ouverte à l'idée.
  • Sanders exprime plus d'inquiétude que Clinton à l'égard du libre-échange. Les deux s'opposent au Partenariat transpacifique, mais Sanders plus férocement; Clinton a changé d'idée en réaction à la popularité des positions de Sanders sur cet enjeu.

« Mais hormis ces différences, Sanders et Clinton se rejoignent à bien des égards », ajoute Frédérick Gagnon.

Photo : AP Photo/Jae C. Hong

4 faits sur Bernard Sanders

  • Né dans le quartier de Brooklyn, à New York
  • Maire de Burlington de 1981 à 1989
  • Élu à la Chambre des représentants de 1991 à 2007
  • Sénateur du Vermont depuis 2007

Comment finance-t-il sa campagne?

« Sa stratégie de financement est fidèle à sa volonté de réduire l'influence de la grande entreprise sur la démocratie américaine », privilégiant les petites contributions, « alors que Clinton emploie une stratégie de financement illustrant qu'elle est davantage liée à de gros donateurs », explique Frédérick Gagnon. « Cela alimente les perceptions voulant que Clinton soit  à gauche selon ses dires, mais pas selon ses actions », ajoute-t-il.

Photo : AP Photo/Andrew Harnik

Par ailleurs, Bernie Sanders profite du petit nombre de candidats démocrates cette année, alors que « l'effet Clinton a dissuadé les autres de se lancer » et que « le vote anti-Clinton se canalise donc autour d'une seule candidature », estime Frécérick Gagnon. Par le fait même, il a plus d'attention médiatique, plus de donateurs et plus de poids dans le cadre de la course à l'investiture démocrate.

Photo : AP Photo/Jae C. Hong

Quelles sont ses chances de l'emporter?

« La victoire de Sanders au New Hampshire est probable, car il s'agit de l'État voisin de son État - le Vermont. Sanders y est très connu et populaire. Le problème pour Sanders est que son style et le fait de se dire socialiste lui nuiront dans d'autres régions américaines, notamment dans le sud, le Midwest et le centre », analyse Frédérick Gagnon.

Mais « on ne pourra pas vraiment savoir si le phénomène Sanders est là pour durer avant le 1er mars, date du Super Tuesday », lorsque des électeurs d'une douzaine d'États de plusieurs régions du pays se prononceront. « Si Sanders fait bien dans les États où les démocrates veulent gagner à la présidentielle de novembre prochain - par exemple, le Colorado et la Virginie - alors on pourra dire que Sanders a de réelles chances. Mais à ce moment-ci, ses chances de gagner l'investiture me semblent moins grandes que celles de Donald Trump du côté républicain », estime-t-il.

Photo : Reuters/Jim Young