En route vers la présidentielle américaine

L'Amérique de Bernie Sanders

Michel Labrecque
Radio-Canada
Bernie Sanders lors d'un rassemblement à Peterborough, au New Hampshire, le 21 janvier 2016 Bernie Sanders lors d'un rassemblement à Peterborough, au New Hampshire, le 21 janvier 2016  Photo :  Reuters/Brian Snyder

Bernie Sanders continue de surprendre dans la course à l'investiture démocrate. À neuf mois de l'élection présidentielle américaine, le sénateur du Vermont talonne Hillary Clinton en Iowa, où se tiendront les premiers caucus le 1er février, et il est largement en tête dans les intentions de vote au New Hampshire, où se tiendront les premières élections primaires, le 9 février.

C'est dans cet État que Michel Labrecque a suivi Bernie Sanders à la fin janvier, la semaine dernière, et qu'il a rencontré des Américains qui soutiennent sa « révolution politique ».

Un reportage de Michel Labrecque TwitterCourriel à Désautels le dimanche

J'ai suivi Bernie Sanders dans la petite ville de Peterborough, plutôt démocrate; à Hooksett, dans une université publique du sud du New Hampshire; et à Wolfboro, ville de villégiature plutôt républicaine, où habitent beaucoup de millionnaires. Partout, Sanders a attiré des centaines de personnes.

Sanders fait de longs discours plutôt intellectuels, mais toujours passionnés. Il sourit rarement, et il n'est pas à proprement parler charismatique. Mais c'est un homme qui propose avec conviction des changements fondamentaux dans un pays de plus en plus inégalitaire, où la classe moyenne est en déclin et perd confiance dans la politique.

« Jusqu'à maintenant, je ne m'étais jamais engagée politiquement de façon concrète », dit Mary Stockwell, 72 ans. « C'est la première fois que je fais du porte-à-porte et que je porte ce chandail dans les aéroports. C'est l'un d'entre nous », soutient la membre de « l'armée Sanders ».

Mary Stockwell s'engage pour la première fois de sa vie en politique. Mary Stockwell s'engage pour la première fois de sa vie en politique.  Photo :  Radio-Canada/Michel Labrecque
« Nous ne sommes pas financés par les milliardaires, uniquement par deux millions et demi de personnes qui ont donné en moyenne 27 $. » — Bernie Sanders

Bernie Sanders, un grand-père de 74 ans, exerce aussi une séduction surprenante sur la génération Y. Il faut dire qu'il promet que les universités publiques des États-Unis seront gratuites.

Partisans de Bernie Sanders à Wolfboro Partisans de Bernie Sanders à Wolfboro  Photo :  Radio-Canada/Michel Labrecque

« Il est l'avenir de notre génération », dit Anna Fitzgerald, « C'est le seul candidat qui se préoccupe vraiment des changements climatiques », ajoute-t-elle. Ce jour-là, Sanders était d'ailleurs accompagné de Bill McKibben, un militant environnementaliste de réputation internationale.

Jeff Wilkinson, un copain d'Anna, est séduit par les propositions économiques de Sanders. « Il se dit socialiste, et il y a des gens qui tournent le dos en entendant ce mot, parce que les milliardaires leur ont dit que c'était un gros mot ». Mais Jeff insiste : « c'est un socialiste démocratique. Il veut tout simplement que nous soyons plus égaux, et ça fait très peur à Wall Street ».

Anna et Jeff, deux des nombreux « Y » qui appuient Bernie Sanders. Anna et Jeff, deux des nombreux « Y » qui appuient Bernie Sanders.  Photo :  Michel Labrecque/Radio-Canada

L'authenticité et la sincérité de Sanders lui gagnent des voix autant chez des cols bleus que chez des Américains plus éduqués. Edward et Richard Moquin, deux frères et avocats de Manchester - la plus grande ville du New Hampshire - sont des partisans inconditionnels. Franco-Américains, travaillant souvent avec des victimes d'accidents de travail, ils sont eux-mêmes surpris de l'élan que connaît Sanders au New Hampshire. Ils soutiennent ses propositions de hausser le salaire minimum et de stopper le déclin de la classe moyenne.

« Ça fait mal de voir çà , dit Richard. Il y a beaucoup de gens par ici qui travaillent 40 heures, avec deux emplois, qui ne gagnent pas assez pour mettre du pain sur la table. »

Son frère Edward croit que seul Sanders défend véritablement la classe moyenne. Il craint aussi que la colère d'une certaine Amérique soit si grande que le système politique risque d'imploser. « Si le 1 % contrôle tout, les gens vont arrêter de voter. Ça va devenir une oligarchie, pas une démocratie. »

Ils sont enthousiastes et se battront jusqu'au bout. N'empêche, plusieurs sont réalistes. Ils savent  que « Bernie », comme ils l'appellent, a peu de chance d'aller jusqu'au bout. Plusieurs se résigneront alors à voter pour Hillary Clinton en se bouchant un peu le nez. En attendant, même certains commerçants font la promotion du « socialiste du Vermont », car le nom de Bernie Sanders est rentable en Nouvelle-Angleterre.

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