En route vers la présidentielle américaine

Hillary Clinton et la malédiction de l'Iowa

Yanik Dumont Baron
Radio-Canada
Les correspondants de Radio-Canada à Washington, Yanik Dumont Baron et Christian Latreille Les correspondants de Radio-Canada à Washington, Yanik Dumont Baron et Christian Latreille

Quelque chose d'étrange s'est passé dans le paysage médiatique américain. Depuis quelques jours, on parle beaucoup de Bernie Sanders. Oui, Sanders, le sénateur démocrate du Vermont aux allures de grand-père!

Une analyse de Yanik Dumont Baron TwitterCourriel correspondant à Washington 

On parle de « Bernie » pas seulement à cause de ce regard de travers qu'il a lancé à Hillary Clinton au dernier débat. On parle de lui parce que, contre bien des attentes, il semble menacer la candidature de l'ancienne secrétaire d'État.

Bernie Sanders n'a pas vraiment changé de discours depuis qu'il a lancé sa campagne au printemps dernier. Il se décrit toujours comme un social-démocrate, un défenseur de l'Américain moyen, l'ennemi des grandes banques et des financiers de Wall Street. Sanders parle toujours d'instaurer l'assurance maladie universelle, de hausser le salaire minimum, de lutter contre les changements climatiques.

Son programme continue de susciter l'enthousiasme chez les électeurs. En fait, l'énergie et la passion de ses partisans sont là depuis l'été. Ce qu'il y a de différent, c'est que Sanders a rattrapé Clinton. L'écart n'a jamais été aussi étroit à l'échelle du pays. Au New Hampshire, Sanders mène par beaucoup. C'est normal, diront certains, puisque c'est « un p'tit gars du coin ». Du Vermont voisin.

Mais les intentions de vote en Iowa racontent une autre histoire. Là-bas, les deux rivaux sont au coude-à-coude depuis la mi-janvier. En fait, Sanders rattrape Clinton depuis l'automne. Et n'oubliez pas, c'est en Iowa que les électeurs sont les premiers à se prononcer (le 1er février). Leur choix envoie un message au reste des Américains.

La nervosité de l'équipe Clinton

Et pour l'entourage de l'ex première dame, l'Iowa est plus que symbolique. C'est là qu'elle s'est fait dépasser par Barack Obama en 2008. Une victoire qui a brisé l'aura d'invincibilité de la candidate et ouvert la porte à une candidature à laquelle peu croyaient jusque-là.

Ça explique pourquoi la campagne de Clinton a mis beaucoup d'énergie en Iowa cette fois-ci. Et ça explique le vent de panique qui semble souffler sur sa campagne depuis quelques semaines. Le camp Clinton n'ignore plus celui de Sanders. Les attaques sont pointues, répétées. Oui, c'est de bonne guerre en campagne. Mais la nature des attaques trahit la nervosité.

Il y a quelques jours, la directrice des communications de l'équipe Clinton accusait les républicains d'aider le démocrate Bernie Sanders. Une élue démocrate a invoqué le symbole communiste de la faucille et du marteau en parlant de Sanders.

L'autre thème souvent repris ces jours-ci, c'est la capacité de Sanders d'être élu président. Les élus démocrates affirment aimer ces idées, mais craindre qu'il ne soit pas capable d'être élu.

En d'autres mots, ils craignent que Sanders livre la Maison-Blanche aux républicains, que le sénateur contribue au démantèlement de l'héritage d'Obama. Un argument repris en pub par la campagne Clinton.  « Elle est testée et coriace. Pour les bloquer [les républicains], appuyez-la! »

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Susciter l'enthousiasme chez les jeunes femmes

Bien sûr, Hillary Clinton demeure la favorite pour remporter l'investiture. Mais une victoire de Sanders en Iowa et au New Hampshire pourrait faire réfléchir bien des démocrates. Surtout que la lutte serrée a ramené les projecteurs sur les faiblesses et les difficultés de celle qui veut être la première présidente des États-Unis.

On s'inquiète notamment parce qu'elle n'arrive pas à susciter l'enthousiasme chez les jeunes femmes. Le camp Sanders, lui, continue d'offrir un message positif. D'espoir. Un message qui rappelle celui de Barack Obama, justement.

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À la dernière minute, le Parti démocrate a rajouté un débat à son calendrier. Un rare débat en semaine, à heure de grande écoute. Un exercice dans lequel Clinton fait d'habitude mieux que Sanders. Ce débat aura lieu lundi, à une semaine du vote en Iowa. Un autre signe que le choix des démocrates est encore loin d'être fait.