Élections Canada 2015

Parti libéral : 125 milliards pour les infrastructures, 3 ans de déficit

Le reportage de Daniel Thibeault

Les grues et les cônes orange seront nombreux, si un gouvernement libéral est élu le 19 octobre prochain. Le chef du PLC, Justin Trudeau, promet que son parti fera passer l'investissement fédéral en infrastructures de 65 milliards à 125 milliards de dollars en 10 ans.

Cela, combiné à d'autres mesures du plan libéral, aurait un coût : les libéraux annoncent que le déficit fédéral serait de 10 milliards de dollars au cours des deux prochains exercices financiers, se résorberait légèrement en 2018-2019, avant un retour à l'équilibre budgétaire prévu en 2019-2020. Dans le document remis aux médias avant la conférence de presse, le PLC qualifie de « modeste » le déficit qu'il annonce.

Durant un point de presse à Oakville, en Ontario, M. Trudeau a expliqué les détails de ce plan, qui verrait la mise de fonds annuelle du fédéral doubler dès les deux prochains exercices financiers, ce qui concorderait avec les déficits annoncés. À terme, soit dans 10 ans, l'investissement annuel supplémentaire en infrastructures serait de 9,5 milliards de dollars, promet le Parti libéral, en plus de créer rapidement « des dizaines de milliers d'emplois », selon l'évaluation de Justin Trudeau.

« Notre économie a besoin d'investissement pour créer de la croissance, a expliqué le chef libéral. Notre plan prévoit trois ans d'investissements historiques dans l'économie canadienne. »

« Cette croissance va éliminer le déficit de Harper et nous allons équilibrer le budget en 2019-2020. » — Justin Trudeau, chef libéral

Sous un gouvernement libéral, un processus d'approbation plus rapide accorderait la priorité aux investissements dans les routes, les ponts et les passages frontaliers. Les libéraux injecteraient de l'argent d'abord dans le transport collectif, les infrastructures sociales (logements abordables, résidences pour aînés, garderies, loisirs et culture) et les infrastructures vertes (aqueducs, traitement des eaux usées, énergie propre).

Le Parti libéral créerait une Banque de l'infrastructure du Canada (BIC), « qui fournira du financement à faible taux aux projets de construction de nouvelles infrastructures », indiquent les documents fournis par le PLC, qui donnent l'exemple de projets minimisant l'impact sur l'environnement. « La nouvelle BIC émettra des obligations vertes et rendra plus attrayants aux yeux des investisseurs privés les projets d'infrastructures verts en offrant des garanties de prêt, en réduisant les frais de financement et en groupant de petits projets pour en faire des propositions intéressantes », disent les libéraux.

« Ces investissements ont été retardés pendant trop longtemps. Ils sont cruciaux si nous voulons de la croissance économique. » — Justin Trudeau

Justin Trudeau a expliqué qu'avec un ratio dette/PIB bas, de bas taux d'intérêt et une croissance stagnante, l'économie a besoin d'investissements pour créer de la croissance. « C'est le moment d'investir dans les projets dont notre pays a besoin et dans les gens qui peuvent les construire », a-t-il conclu.

Le chef libéral a rappelé certains des grands projets ayant marqué l'histoire canadienne. « Des leaders ayant une vision à long terme ont rassemblé les Canadiens pour construire les choses dont notre économie a besoin pour croître », a-t-il dit.

« Nous devons agir avec la même confiance que les générations précédentes. » — Justin Trudeau

M. Trudeau a critiqué les approches de ses adversaires conservateur et néo-démocrate. « M. Harper nous a plongés en récession et en déficit parce qu'il a été incapable de faire croître l'économie, au cours des dernières années, a lancé le chef libéral. M. Mulcair semble vouloir être d'accord avec lui et continuer à ne pas investir dans l'économie, et même faire des coupes. »

« Si M. Mulcair veut être ouvert avec les Canadiens, il devra commencer à parler des promesses qu'il ne réalisera pas et des coupes qu'il va faire pour atteindre ses objectifs économiques », a ajouté Justin Trudeau à l'endroit du chef du NPD.

« La clé, pour créer une économie forte, est d'avoir de la croissance pour sortir des déficits, pas des coupes. M. Harper n'a pas compris cela », a résumé M. Trudeau.

Un plan destructeur, juge Harper

Les conservateurs de Stephen Harper ont lancé, en 2014, un Nouveau Plan Chantiers Canada de 53 milliards de dollars sur 10 ans. M. Harper a affirmé à quelques reprises, durant la présente campagne électorale, que le plan conservateur de 80 milliards, amorcé en 2007, est le plus ambitieux de l'histoire du pays, avec un investissement annuel moyen de plus de 5 milliards de dollars.

Le chef conservateur a rappelé ce bilan, lorsqu'il a été interrogé sur le plan libéral. « La seule chose que les autres proposent, c'est en effet de dépenser plus que nous. Il n'y a aucune autre idée : juste de dépenser, de hausser les taxes et les impôts et d'avoir des déficits permanents », a répliqué Stephen Harper.

« C'est nécessaire de garder les taxes et les impôts bas avec un budget équilibré et créer des emplois. Le plan des partis pour des augmentations de taxes, des déficits, va détruire des jobs et va ruiner notre économie. » — Stephen Harper, chef conservateur

Les néo-démocrates de Thomas Mulcair ont, quant à eux, promis d'augmenter le transfert de la taxe sur l'essence pour porter le financement annuel des infrastructures à 3,7 milliards d'ici 2019-2020. L'investissement annuel en transport en commun atteindrait 1,3 milliard au même moment, tandis que celui pour le logement social vaudrait 650 millions de dollars.

Interrogé au sujet des infrastructures avant l'annonce libérale, M. Mulcair a rappelé que ce plan avait été déposé à la Fédération canadienne des municipalités (FCM). « Les municipalités ont besoin d'un partenaire fiable, à long terme, et c'est pour ça que le NPD a un plan bien détaillé pour aider dans trois secteurs spécifiques », a affirmé M. Mulcair.

« On demande aujourd'hui à nos gouvernements locaux, municipaux et régionaux d'assumer le coût de 60 % des infrastructures avec seulement 8 % de l'assiette fiscale. Mathématiquement, c'est impossible. » — Thomas Mulcair, chef néo-démocrate

Même si la FCM s'est réjouie de la promesse libérale, parce qu'elle « confirme en outre que les municipalités doivent être au cœur de tout plan pour renforcer notre économie », elle a demandé plus de détails, dans un communiqué publié jeudi. « Des investissements avec une portée telle que ceux annoncés aujourd'hui permettront de créer des emplois, de renforcer l'économie et de rendre nos communautés plus résilientes. Il est cependant essentiel de connaître les détails sur les sources et mécanismes de financement », a écrit la FCM.