Le deuxième budget Leitao

L'équilibre budgétaire, mais à quel prix?

Le ministre des Finances du Québec, Carlos Leitao, remet une copie du budget 2015 au premier ministre Philippe Couillard. Le ministre des Finances du Québec, Carlos Leitao, remet une copie du budget 2015 au premier ministre Philippe Couillard.  Photo :  PC/Jacques Boissinot

Les Québécois ont été mis à contribution au cours des dernières années pour juguler le déficit qui pèse sur les finances publiques depuis six ans. Et l'exercice n'est pas terminé. Pour atteindre l'équilibre des finances publiques, Québec devrait annoncer de nouvelles compressions. Mais lesquelles?

Un texte de Gaétan PouliotTwitterCourriel

C'est ce que nous découvrirons lorsque le ministre des Finances du Québec, Carlos Leitao, présentera son deuxième budget.

Une chose est cependant certaine : le gouvernement compte annoncer la fin des déficits. Il pourrait même y avoir des surplus. C'est une promesse faite lors de l'élection générale de l'an dernier, et les libéraux y tiennent.

« Nous allons tout faire pour que ce budget soit équilibré. » — Carlos Leitao, ministre des Finances, le 11 mars

Grâce au contrôle serré des dépenses gouvernementales, en deçà de l'inflation, et à une croissance économique un peu plus forte que prévu, le gouvernement libéral de Philippe Couillard est en bonne position pour respecter son engagement. La chute du dollar canadien et du prix du pétrole donne aussi un peu d'élan au secteur manufacturier, une bonne nouvelle pour les finances de l'État.

« Les Québécois ne sont pas faits en chocolat »

Au cours des derniers mois, le gouvernement s'est affairé à déterminer des coupes additionnelles afin d'atteindre son objectif. De nouvelles mesures de rigueur (ou d'austérité) devraient donc être dévoilées dans le budget.

En entrevue à Radio-Canada, le ministre de l'Éducation, François Blais, affirmait que le système d'éducation est capable d'absorber de nouvelles réductions budgétaires sans toucher aux services aux élèves. À son avis, le réseau de l'éducation et les Québécois en général sont capables de se serrer encore un peu plus la ceinture.

« Je me souviens bien qu'il y a eu de très bonnes années. Les années en ce moment sont un peu plus difficiles. Je pense que les Québécois ne sont pas faits en chocolat », a dit le ministre Blais.

D'autres ministères devraient être touchés par des compressions, ce qui pourrait avec un impact sur les services aux citoyens. Il n'y aura aucune hausse d'impôts, de taxes ou de tarifs, a cependant assuré le ministre Leitao mercredi.

Avec l'élimination du déficit, le gouvernement souhaite relancer la « prospérité économique » et redonner aux Québécois « les moyens de leurs ambitions ».

Rapport Godbout

Les recommandations du rapport Godbout seront-elles incluses dans le budget? Certaines, s'est limité à dire le ministre Carlos Leitao, lors du dévoilement du rapport de la Commission d'examen sur la fiscalité québécoise dirigé par le fiscaliste Luc Godbout. « Il y a quelques mesures qui seront dans le budget. Mais pour ce qui est des grandes réformes, il va falloir d'abord avoir une discussion avec la population. Il va falloir dégager un consensus », a-t-il dit.

Le rapport Godbout propose une baisse de 4,4 milliards de dollars de l'impôt sur le revenu des particuliers en contrepartie d'une hausse des tarifs et des taxes.

À lire : Le rapport Godbout propose de hausser la TVQ et de réduire les impôts

Vers un nouveau printemps érable?

Si l'atteinte du déficit zéro est une pierre d'assise pour le gouvernement, les libéraux n'ont pas l'intention de cesser leurs réformes et leurs compressions avec le budget Leitao.

« La rigueur budgétaire ne disparaîtra pas, même quand on aura équilibré le budget. On va continuer à dépenser moins qu'on gagne, pour réduire la dette et les impôts des Québécois », a promis le premier ministre Couillard au début du mois.

Le budget, même équilibré, pourrait cependant donner du souffle au mouvement de contestation du gouvernement. Des milliers d'étudiants qui s'opposent aux mesures d'austérité du gouvernement se font déjà entendre dans les rues de Montréal et de Québec. Et ça gronde dans les hôpitaux et les écoles.

Les partis d'opposition se font aussi du mauvais sang à quelques heures du budget.

Le Parti québécois (PQ) demande au gouvernement de mettre fin à ses mesures d'« austérité toxique » qui étouffent l'économie. Le porte-parole de l'opposition officielle en matière de finances, Nicolas Marceau, estime que les libéraux sont des « taxeurs compulsifs ».

Au surplus, le PQ craint des coupes « sévères » en éducation et en santé. « Les dépenses en santé [et en éducation] vont être sévèrement contraintes cette année. Ce qu'on a vécu jusqu'à maintenant, ce n'est rien comparé à ce qu'on va vivre dans l'année qui vient », s'est-il inquiété.

La Coalition avenir Québec (CAQ) souhaite que le gouvernement s'engage à relancer le secteur manufacturier et à protéger les contribuables. Le chef de la CAQ, François Legault, reproche au gouvernement de poursuivre son objectif de retour à l'équilibre budgétaire « sur le dos de la classe moyenne » en reniant ses promesses concernant les augmentations de taxes et de tarifs.

Québec solidaire propose pour sa part que le gouvernement renfloue les coffres de l'État en modifiant sa politique d'achat de médicaments et en taxant les banques pour ainsi épargner les citoyens plus pauvres.

Budget Québec 2015