Quand alimentation rime avec obsession

Hyperphagie boulimique : un trouble alimentaire qui mène à l’obésité

Des bonbons et du chocolat Archives

L'hyperphagie boulimique, vous n'en avez peut-être jamais entendu parler. Et pourtant, on estime qu'il s'agit du trouble alimentaire le plus répandu. Portrait d'un trouble sournois qui fait trois fois plus de victimes que l'anorexie.

Un texte de Mathieu PapillonTwitterCourriel

À 42 ans, Josée Malenfant entretient depuis longtemps une relation malsaine avec la nourriture. Depuis son adolescence, les régimes se succèdent et les frustrations s'accumulent.

Une privation qui n'a pas été sans conséquence. « Tu commences à manger des quantités de plus en plus grandes d'aliments qui t'ont été interdits pendant un certain temps », raconte Mme Malenfant.

Cette consommation excessive de nourriture pouvait même se faire pendant ses régimes. « Si j'allais me peser et que je n'avais pas maigri, je me disais : ce n'est pas vrai que j'ai fait attention toute la semaine pour ne même pas perdre un quart de livre. Je me rendais donc au dépanneur pour m'acheter de la liqueur, des chips et du chocolat », explique-t-elle.

Mais c'est pendant un cours d'université qu'elle a senti pour la première fois qu'elle était vraiment en train de perdre le contrôle. 

« L'eau me coulait sur le front. J'avais chaud comme si j'avais couru un marathon. C'était mon corps qui réagissait à tout ce que j'avais mangé, aux quantités de sucre et à tout le pas bon que j'avais mangé. » — Josée Malenfant
Entrevue avec Josée Malenfant

Un trouble peu connu

Josée Malenfant était alors bien consciente qu'elle avait un sérieux problème, mais était incapable de se l'expliquer. « Je me demandais qu'est-ce que j'avais, se souvient-elle. C'était évident que ce n'était pas l'anorexie. La boulimie, on en entend parler beaucoup, mais je ne me faisais pas vomir après. »

Elle a finalement entendu parler du trouble de l'hyperphagie boulimique, ce qui a été une révélation pour elle.

« Ça voulait dire que je n'étais pas toute seule. Ça voulait dire que je n'étais pas folle. Ça voulait dire que ça porte vraiment un nom et que quelqu'un est sûrement capable de faire quelque chose avec ça », dit Josée Malenfant qui souffre d'un trouble alimentaire. Josée Malenfant souffre d'un trouble alimentaire.  Photo :  ICI Radio-Canada

L'hyperphagie boulimique est caractérisée par une perte de contrôle de son alimentation, qui se traduit par des crises, plus ou moins fréquentes, de consommation abusive de nourriture. Mais contrairement à la boulimie, les personnes atteintes n'adopteront pas de comportement pour compenser l'absorption massive de calories.

On estime que 3 % de la population en souffre, ce qui en fait le trouble alimentaire le plus répandu selon le LoriCorps, le laboratoire de recherche sur le comportement alimentaire de l'Université du Québec à Trois-Rivières.

Et pourtant, il demeure peu connu. Il n'est d'ailleurs pas rare que des gens en souffrent, mais l'ignorent. « Je pense qu'il y a un effet des préjugés liés au poids, avance la professeure au LoriCorps Marie-Pierre Girouard. Les préjugés qui veulent qu'une personne qui a un surplus de poids va avoir moins de volonté sont encore présents. Donc les gens vont s'attribuer ces préjugés en disant : mon problème ce n'est pas un trouble alimentaire, c'est que je n'ai pas de volonté. »

Marie-Pierre Girouard, professeure au LoriCorps Marie-Pierre Girouard, professeure au LoriCorps

Un traitement complexe

Après avoir diagnostiqué son problème, Josée Malenfant s'est tournée vers des spécialistes de la santé. Mais plusieurs médecins et psychologues ne savaient pas comment l'aider. Elle a finalement été dirigée vers une travailleuse sociale spécialisée dans les troubles alimentaires.

« La plupart du temps, quand je rencontrais ma travailleuse sociale en rencontre individuelle, on ne parlait même pas de nourriture, explique Mme Malenfant. Parce que le trouble de l'hyperphagie va au-delà de la nourriture. »

« Le fait de manger, c'est un anesthésiant d'une certaine façon. Pour traiter ce trouble, on a besoin de savoir ce qui est anesthésié », dit la psychologue Marie-Pierre Girouard. La psychologue Marie-Pierre Girouard.  Photo :  ICI Radio-Canada

Après de nombreuses rencontres avec sa travailleuse sociale et les membres d'un groupe de soutien, Josée Malenfant se porte mieux. Elle avoue néanmoins qu'il lui reste du travail à faire.

Mais elle tient déjà à partager son histoire. « Si à travers mon témoignage il y a une personne qui peut se dire : mon Dieu c'est ça que j'ai, pour moi ce sera l'équivalent d'avoir une médaille d'or », affirme-t-elle.

La mission du LoriCorps

C'est justement pour venir en aide à des gens comme Josée Malenfant que le LoriCorps existe. Ce laboratoire compte 37 membres qui sont des professeurs, des étudiants ou des professionnels. Il a pour mandat de mener des recherches liées à la prévention et le traitement des troubles du comportement alimentaire.

Le LoriCorps sera l'hôte du 2e Symposium international sur les troubles du comportement alimentaire qui se tiendra à l'UQTR en mai prochain.