« L'impression que la vie s'arrête » - Tagliani

taglianiportrait Alexandre Tagliani

Alexandre Tagliani a la même angoisse que Steve McQueen. Quoi faire de sa vie entre les courses? C'est ce que le pilote québécois a confié à Radio-Canada Sports.

Un texte de Philippe Crépeau

On doit au célèbre acteur américain, amoureux de la course automobile, la plus belle réplique sur le sujet dans le film Le Mans : « La course, c'est la vie. Ce qu'on fait avant et après, c'est juste attendre. » (1971)

Alexandre Tagliani n'en pouvait plus d'attendre quand il a participé à sa première séance d'essais de l'hiver, au circuit de Sebring en Floride le 13 décembre, pour commencer à préparer la saison 2013.

« Je suis impatient, mais je me calme, lance-t-il d'entrée, quand joint au bout du fil. Parce que je ne veux même pas y penser. Il reste trois mois. On vient de passer deux mois et demi d'arrêt depuis la dernière course, et j'ai trouvé ça long. »

« Les prochains trois mois, ça va être long. Car quand tu es arrêté longtemps comme cela en dehors de la voiture, c'est vraiment compliqué de garder ta motivation. Tu as l'impression que ta vie est arrêtée, que tu ne fais rien, explique-t-il. Alors, je m'occupe en faisant 50 millions d'affaires pour faire comme si j'étais en pleine saison de course, mais pas dans le cockpit. »

Le début d'un nouveau chapitre

La séance d'essais à Sebring lui a permis de retrouver son ingénieur Todd Malloy et l'équipe Bryan Herta Autosport, avec laquelle il a traversé une saison 2012 chargée en émotions. D'abord de frustrations avec le motoriste Lotus, puis avec Honda, de performances et d'espoir.

Une saison sans aucune journée d'essais (pas de budget) à prendre des notes pendant les week-ends de course. Des notes qui seront utiles en 2013.

Alexandre Tagliani Alexandre Tagliani à Sebring, le 13 décembre 2012  Photo :  Bryan Herta Autosport

Cette séance d'essais de Sebring n'a duré qu'une journée, mais elle est le début d'un nouveau chapitre de sa carrière en IndyCar, qui sera bien mieux écrit que le précédent, prévoit Tagliani.

« C'était la première occasion pour Todd et moi de travailler ensemble dans une philosophie de développement, explique-t-il, plutôt que rush dans un week-end de course à aller vite, vite, vite. La première opportunité d'avoir de l'information qui va nous aider à mieux travailler en simulation, et avoir des notes pour prendre des décisions dans quelle direction aller. »

L'équipe avait à sa disposition quatre trains de pneus et a fait des essais de température de pièces. Sans penser à la performance. Tagliani a quand même terminé la journée avec le 3e chrono.

« On ne s'attendait pas à faire un temps canon, car ce temps-là, je l'ai fait en pneus usés. Mon ingénieur m'a dit : « I'll take it. » (je le prends). Sur de vieux pneus, ce n'est quand même pas si mal. Je suis vraiment satisfait du test. D'être à ce niveau-là déjà, c'était vraiment intéressant. On a encore tellement de choses à développer sur notre voiture que ça nous a fait plaisir.

« D'après moi, on va avoir une bonne saison. Ça s'enligne vraiment pour qu'on soit agressif et qu'on soit au plus fort de la lutte en entrée de jeu », prévoit-il.

Avec le moteur Honda, dans la voiture no 98, Tagliani s'est qualifié dans le top 5 de toutes les courses, de Détroit à Fontana.

Alexandre Tagliani et Todd Malloy Alexandre Tagliani et son ingénieur Todd Malloy  Photo :  BHA

« On a eu une des meilleures moyennes de qualif des pilotes à partir de Détroit, rappelle Tagliani. Ça démontre qu'on a une certaine performance dans l'auto en pneus rouges. En pneus noirs, on a encore quelques petites croûtes à manger pour aller plus vite. »

« On saura quoi faire »

Alexandre Tagliani sera à nouveau en 2013 le seul pilote de l'équipe Bryan Herta Autosport. Pas de coéquipier pour partager le travail, mais avec l'avantage des données accumulées en 2012.

« En 2012, on n'était même pas une équipe d'une auto, car on n'avait aucune donnée d'équipe, et je ne pouvais même pas me comparer à moi-même.

« Nos données de 2012, on les a maintenant, et ce sont des données de performance. Donc en qualif, on saura quoi faire, quel genre de temps faire pour rouler en avant. On n'avait rien de cela en 2012. On va atteindre une grosse coche l'an prochain par rapport aux autres équipes qui travaillent comme ça depuis plusieurs années.

« Ça va être nouveau de travailler avec des données, avec de l'information qu'on n'avait pas, et ça ne me surprendrait pas qu'on aille chercher un petit dixième en qualif », espère-t-il.

Et un dixième en IndyCar vaut de l'or. À Sebring, jeudi, les 10 pilotes les plus rapides n'étaient séparés que de deux dixièmes.

Alexandre Tagliani et BHA ont commencé leur préparation pour 2013. D'autres essais sont prévus avant le début de saison. De quoi tromper l'attente...