La nouvelle vie de Stéphanie Dubois

Stéphanie Dubois à Wimbledon en 2001 Stéphanie Dubois à Wimbledon en 2001 Stéphanie Dubois à Wimbledon en 2001

Après avoir marqué l’histoire du tennis québécois à sa façon, c’est en Angleterre, aux côtés de son mari Oliver et de sa fille Alicia, que l’ex-joueuse a choisi de poursuivre sa vie.

Un texte de Christine Roger

Réussir son après-carrière. Voilà une étape que bien des athlètes ont du mal à affronter, peu importe les millions et les titres remportés.

Rien, pas même les plus belles bourses ou les plus grandes victoires, ne peut les préparer à la retraite.

« C’est dur d’arrêter. C’est plus facile de continuer que d’arrêter. Parce qu’arrêter, c’est affronter l’inconnu », confie Stéphanie Dubois.

La Québécoise n’a peut-être pas gagné de titre de la WTA ni atteint le top 50 mondial, mais elle a réussi là où plusieurs échouent. C’est elle, et personne d’autre, qui a orchestré la fin de sa carrière et le début de sa nouvelle vie.

Trois ans plus tard, la nouvelle maman défie la logique comme elle l’a fait tout au long de sa carrière d’athlète. Elle travaille maintenant comme analyste des matchs de la WTA en Angleterre. Même si elle est Québécoise. Même si elle est francophone.

Stéphanie Dubois avait annoncé que la Coupe Banque Nationale, disputée à Québec, serait le dernier tournoi de sa carrière. Ses dernières années sur les courts avaient été difficiles en raison, notamment, d’une blessure à un poignet. L’étincelle qui lui donnait la motivation pour affronter les entraînements, les voyages et tous les sacrifices qu’exige la vie d’athlète professionnelle s’éteignait tranquillement. La retraite, elle y pensait depuis un certain temps déjà, mais elle n’était pas prête à faire le grand saut.

« J’étais pas mal certaine, mais de le dire à tout le monde, de réellement mettre sa carrière derrière soi, ça prend un moment pour l’assumer », explique-t-elle.

Ce processus, elle a voulu le faire seule. Jouer ses derniers tournois comme si de rien n’était. Elle ne voulait pas en faire une grosse histoire, que les gens parlent de son « dernier tour de piste ». Il n’était pas question qu’on lui offre des laissez-passer simplement parce que la fin approchait. Les wildcards, elle voulait les mériter. Elle a décidé de faire ses adieux chez elle, au Québec.

C’était le 8 septembre 2014, mais elle s’en souvient comme si c’était hier. Elle reconnaît qu’elle était loin d’être dans la meilleure forme de sa vie pour affronter Julia Görges. Quand tu sais que tu vas prendre ta retraite, tu t’entraînes, mais ta tête est déjà un peu ailleurs…

Avant même le début du match, Stéphanie Dubois se souvient qu’elle était émotive. Mais elle était aussi sereine. Elle savait que le prochain match pouvait très bien être son dernier.

L’Allemande a remporté la première manche 6-1 et menait la deuxième 4-1 lorsque Dubois a craqué.

« Je savais qu’il aurait fallu un miracle pour que je l’emporte. J’ai eu le motton. Je me disais, oh my god, ça y est, c’est la fin. »

Görges a gagné 6-1 et 6-2. Et, dès la fin du match, la Québécoise s’est mise à pleurer. Son adversaire l’a prise dans ses bras, la foule s’est levée afin de lui offrir une ovation.

« Quand le dernier point se joue, tu repasses le tape de ta carrière dans ta tête. Tu repenses à ton cheminement, aux sacrifices, à tous les beaux moments, mais aussi aux plus difficiles que tu as traversés. Ça se passe en quelques secondes », se remémore-t-elle.

Est-ce que Stéphanie Dubois a choisi de faire carrière dans le tennis? Pas vraiment. Pour elle, c’était une évidence, une pure logique. Elle a fait ses débuts sur un court vers l’âge de 4 ou 5 ans, et rapidement son talent a émergé. Elle a été 2e au Québec chez les moins de 10 ans, 1re à 14 ans. Entre 14 et 17 ans, elle a toujours été parmi les deux ou trois meilleures au Canada.

Elle se souvient très bien de sa première Coupe Rogers en 2002.

« J’avais 15 ans et j’avais gagné le tournoi de préqualification. J’avais joué mon premier match contre Alicia Molik, une géante de 6 pieds, alors que j’en mesurais à peine 5. Je n’ai pas gagné, mais je me suis bien battue. »

Cette ténacité, cette force de caractère, c’est ce qui a forgé sa réputation. Peu importe le talent ou la notoriété de son adversaire, peu importe le pointage, elle n’abandonnait jamais.

De grands moments, elle en a connu plusieurs pendant sa carrière. Elle a remporté 10 titres de l’ITF, a participé à tous les tournois du grand chelem et a obtenu des victoires en Australie, à Wimbledon et aux Internationaux des États-Unis. Elle a aussi représenté le Canada aux Jeux olympiques et à la Fed Cup. Elle a souvent connu beaucoup de succès lors des Coupes Rogers présentées à Montréal. Sa victoire contre Maria Kirilenko, alors 20e joueuse mondiale, au deuxième tour en 2008 constitue probablement l’une de ses plus belles performances.

Au début, la retraite, c’est une bénédiction, une pause plus que méritée. Stéphanie Dubois reconnaît qu’elle avait besoin de quelques mois de répit afin de simplement relaxer. Mais une fois cette période de « vacances » passée, c’est là qu’arrive le choc. Tu t’entraînes, tu voyages, tu participes à des tournois. Toute ta vie est conditionnée autour de ta carrière. Puis, du jour au lendemain, tu n’as plus rien devant toi.

« Un athlète qui te dit que non, ce n’est pas arrivé, qu’il n’a pas eu de choc, ce n’est pas vrai. C’est une adaptation pour tout le monde. »

Ce serait mentir que de dire que le tennis ne lui manque pas. Elle ne s’ennuie pas des voyages, des hôtels, de rater tous les anniversaires ni d’être partie pendant 45 semaines par année. Mais les grands chelems, les tournois, l’adrénaline… Rien ne peut battre ça.

Stéphanie Dubois, aux Internationaux d’Australie en 2012
Stéphanie Dubois, aux Internationaux d’Australie en 2012
(Photo : The Associated Press/Shuji Kajiyama)

Stéphanie Dubois confie avoir eu besoin d’une bonne année pour faire la paix avec sa nouvelle vie. Pourtant, pendant cette période, elle n’a pas chômé. Elle s’est inscrite à l’école Promédia au printemps de 2015 et s’est mariée pendant l’été de la même année. Malgré un horaire assez chargé, elle avoue avoir connu des journées plus difficiles.

« J’étais souvent devant beaucoup de temps, ce que je n’avais pas avant. Je me demandais ce que j’allais faire. Je devais m’adapter à un rythme beaucoup plus lent que ce que j’avais connu. J’aime être occupée. Et il y avait des journées où je n’avais absolument rien à faire. »

Elle a travaillé brièvement pour un réseau québécois avant de s’envoler pour l’Angleterre, en septembre 2015. À sa première expérience comme analyste, un déclic s’est produit : elle retrouvait la passion qui l’avait animée pendant tant d’années sur les courts de tennis. Pendant deux à trois mois, elle attendait dans sa nouvelle demeure, à Londres, d’avoir une occasion de se faire valoir.

Puis, le téléphone a sonné. BT Sport, l’un des plus gros diffuseurs au Royaume-Uni, a choisi de lui donner sa chance. Elle s’est retrouvée à analyser une dizaine de tournois. Même si elle est Québécoise. Même si sa langue maternelle n’est pas l’anglais. L’expertise et la diversité, c’est ce qui était prioritaire aux yeux des dirigeants du réseau.

Depuis l’an dernier, elle travaille pour la diffusion de la WTA. Il est ainsi possible d’entendre ses analyses aux quatre coins du globe.

Stéphanie Dubois semble réellement être à la bonne place. Cette nouvelle carrière lui permet non seulement de rester près d’un monde qu’elle aime profondément et qu’elle connaît par coeur, celui du tennis, mais c’est aussi le scénario parfait pour qu’elle puisse se dévouer pleinement à sa nouvelle priorité : être mère.

« J’ai toujours voulu avoir une famille et si je peux conjuguer ça avec le travail, c’est vraiment idéal. Je veux travailler dans le monde du tennis parce que c’est ce que je connais bien. Si je peux travailler la moitié de l’année, ou à temps partiel, je peux alors consacrer aussi beaucoup de temps à ma famille. »

Avant de tomber enceinte, la Québécoise a brièvement touché au métier d’entraîneuse. Son niveau 3 en poche, elle a commencé à conseiller deux adolescentes dans un club de tennis extérieur à Londres. Lorsqu’elle a mis un terme à sa carrière, obtenir sa licence d’entraîneuse était une priorité. C’était une corde de plus à son arc en prévision de son après-carrière. Même si c’est un rôle qu’elle affectionne beaucoup, elle n’est pas prête à se dévouer à 100 % auprès d’athlètes de très haut niveau. À moins qu’elle ait un coup de coeur…

« Je ne ferme pas la porte, mais coacher haut niveau, pas pour l’instant. Avec ma fille, ce n’est pas vraiment compatible. Mais si une jeune Canadienne m’appelle et me dit : “Steph, veux-tu voyager 10 semaines avec moi?”, c’est certain que je vais y penser deux fois avant de dire non », confie-t-elle.

Qui sait, un jour, elle pourrait même se retrouver entraîneuse au Centre national d’entraînement… Cette affirmation pourrait faire sourciller ceux qui ont gravité autour du monde du tennis québécois et canadien au cours des 15 dernières années. Il faut dire que les relations de la Québécoise avec Tennis Canada n’ont pas toujours été au beau fixe. Avec le recul, la principale intéressée voit les choses différemment.

« Je pense qu’il y a une image négative de tout ça. Mais quand j’y repense, c’était bien correct. Ils m’ont beaucoup aidée jusqu’à 18 ans, mais j’étais rendue à 23, 24, 25 ans. Je comprends. Je suis fière aussi de la manière dont j’ai fait mes choses. Je n’ai jamais vraiment été en froid », assure-t-elle.

« J’ai de bonnes relations avec Louis Borfiga et je connais super bien Michael Downey. Je ne dis pas non à une éventuelle collaboration avec Tennis Canada, au contraire. »

Elle est très fière de voir les jeunes Canadiens réaliser de grandes choses sur la scène internationale. Si elle a pu leur ouvrir la voie, c’est tant mieux. Elle ne manque donc pas une occasion de féliciter et d’encourager Bianca Andreescu, Françoise Abanda, Charlotte Robillard-Millette et Félix Auger-Aliassime.

Habiter en Angleterre, ce n’est pas une décision que Stéphanie Dubois et son mari, Oliver, avaient planifiée. La transition s’est faite naturellement. Pour le moment, les meilleures occasions étaient à Londres, mais qui sait ce que l’avenir leur réserve?

Elle a beau habiter en Angleterre et avoir marié un Britannique, Stéphanie Dubois n’oublie pas pour autant d’où elle vient. Elle s’assure de parler à sa fille Alicia en français et, déjà, elle voit les réactions que la langue de Molière suscite chez son bébé.

Va-t-elle revenir au Québec pour de bon? Elle ne dit pas non. Pour l’instant, ses assises se trouvent outre-Atlantique, mais elle ira là où la vie la mènera.

Pour le moment, elle se consacre entièrement à sa fille Alicia. Après tout, c’est ce qu’elle a toujours voulu, être mère. Si certaines trouvent le rôle de mère difficile, ce n’est pas son cas. Elle embrasse à bras ouverts ce nouveau défi.

Stéphanie Dubois en compagnie de sa fille, Alicia
Stéphanie Dubois en compagnie de sa fille, Alicia
(Photo : Gracieuseté Stéphanie Dubois)

Très tôt, sa fille aura une raquette de tennis entre les mains. Voudra-t-elle suivre les traces de sa mère? Elle n’en a aucune idée, mais ce n’est certainement pas elle qui va l’en empêcher.

« On ne sait jamais, mais ça m’étonnerait qu’elle devienne violoncelliste. On verra, mais je serais la meilleure personne pour la guider, pour l’aider. J’ai tellement appris de mon tennis, alors je ne pourrais jamais lui dire que c’est une mauvaise décision. »

Stéphanie Dubois n’a pas pris sa retraite pour avoir une famille. Si elle avait obtenu les résultats espérés, si elle avait été encore heureuse à exercer son sport, elle n’aurait pas raccroché sa raquette. C’est arrivé à 27 ans, mais ça aurait pu arriver autant à 24 qu’à 34 ans.

« J’ai pris ma retraite parce que j’avais l’impression d’avoir fait le tour. Ça allait moins bien et j’ai eu envie de passer à autre chose. »

Et elle n’a jamais regretté sa décision.

« Je suis vraiment heureuse. »

Photo en couverture : Getty Images/Elsa