Les 10 médailles oubliées des Jeux de Calgary

Michel Daignault, triple médaillé en démonstration à Calgary Michel Daignault, triple médaillé en démonstration à Calgary Michel Daignault, triple médaillé en démonstration à Calgary

En 1988, le patinage de vitesse courte piste faisait son entrée aux Jeux olympiques comme sport de démonstration. Petite histoire des débuts de ce « sport de Mickey Mouse » qui a convaincu même les plus sceptiques.

Un texte d'Olivier Paradis-Lemieux avec la collaboration de Guillaume Boucher

Il y a 30 ans, à Calgary, le patinage de vitesse sur courte piste faisait sa première apparition aux Olympiques. Depuis, aucun autre sport n’a permis au Canada de remporter autant de succès aux Jeux. Toutefois, les 10 médaillons remportés par les patineurs canadiens en 1988 n’ont jamais été inclus au tableau des médailles, le sport étant alors en démonstration.

Voici, dans leurs mots, l’histoire des pionniers canadiens parfois oubliés du courte piste, mais aussi celle des parents et officiels québécois qui ont réussi à imposer le sport aux quatre coins du globe.

Chapitre 1

La petite séduction du patinage intérieur

Presque inexistant auparavant dans la province, le patinage de vitesse sur courte piste s’est rapidement développé au Québec au tournant des années 1970. L’essor du sport est bien sûr le fait de quelques athlètes talentueux, mais surtout de quelques parents ambitieux.

Louis Grenier

Louis Grenier

Champion du monde - 1983

Médaillé d'argent (1500 m), bronze (relais) - Calgary 1988

J'ai commencé le courte piste quand ça s'appelait le patinage de vitesse intérieur, et le longue piste s'appelait le style olympique.

Michel Daignault

Michel Daignault

Champion du monde - 1987, 1989

Médaillé d'argent (1000 m), bronze (3000 m, relais) - Calgary 1988

Le courte piste n'était pas un sport connu. C'est vraiment par hasard que j'ai commencé.

Maryse Perreault

Maryse Perreault

Championne du monde - 1982

Médaillée de bronze (relais) - 1988

Je n'avais jamais vu du patinage de vitesse. Je ne savais pas que ça existait. J'essayais de me trouver un sport parce que je voulais jouer au hockey et ma mère disait : « Non. Pas question. Tu es assez tomboy de même, tu ne joueras pas au hockey. »

Louis Grenier

Louis Grenier

Plus jeune, j'aimais patiner. Mais pour patiner, il fallait mettre des gants de hockey, un bâton et un équipement et se battre pour une rondelle. Je trouvais ça embarrassant de m'empêtrer de tout ça. Le patinage de vitesse m'est apparu comme par magie, grâce à une publicité qui avait été distribuée dans les différentes écoles de Sainte-Foy.

André Lamothe

André Lamothe

Président, Patinage de vitesse Canada, 1981-1988

Pour aider mon garçon à patiner avant qu'il joue au hockey, en 1972, à Charlesbourg, je l'ai inscrit à des cours de patinage. Mais quand je suis arrivé là, j'ai réalisé qu'il y avait des patins plus longs que d'autres.

Jean Grenier

Jean Grenier

Président fondateur de la Fédération de patinage de vitesse du Québec

Chef de mission de l'équipe canadienne, Calgary 1988

C'est curieux que ce soit nous qui l'avons popularisé parce que le patinage de vitesse, au Québec, ça n'existait à peu près pas avant 1960. Petit gars, je me rappelle des courses dans des carnavals de fin de semaine avec des patins de hockey, c'était ça le patinage de vitesse. Ce sont des cyclistes comme Maurice Gagné qui ont amené le patin ici.

Leur dynamisme leur a permis d’embarquer les parents. C'est comme ça qu'on a fondé le club de Sainte-Foy en 1969. Et l'année suivante, j'ai fondé la fédération (de patinage de vitesse du Québec).

André Lamothe

André Lamothe

Jean Grenier s'était rendu compte que ses enfants aimaient le patinage de vitesse, sa fille a été olympienne et son fils champion du monde. C'est lui qui m'a embarqué là-dedans. Lui, il croyait à ça énormément. Il vendait son idée. Je suis devenu président d’un club. Comme j'étais DG d'une grosse caisse populaire à Québec, ils m'ont ensuite demandé de devenir trésorier de la Fédération du Québec. Après ça, j'ai hérité de la présidence au Québec, puis de celle au Canada.

Jean Grenier

Jean Grenier

Il a fallu s'impliquer rapidement. On avait l'impression d'avoir des jeunes qui avaient du talent. On a eu une chance inouïe de tomber à Québec, à Montréal, à Sherbrooke, sur des parents décidés, et sur des athlètes qui avaient beaucoup de talent.

Louis Grenier

Louis Grenier

André Lamothe et mon père, ç'a été deux mousquetaires.

Jean Grenier

Jean Grenier

Ça prenait de l'argent. Montréal venait d'obtenir les Jeux olympiques. Pour la première fois au Canada, il y avait de l'argent disponible pour le sport amateur. Les Jeux du Québec ont été mis sur pied. On avait 3-4 clubs. On est montés à 50.

André Lamothe

André Lamothe

Là, on s'est mis à penser à toute sorte de choses. Mon grand chum Jean Grenier a été président de l'Association canadienne avant moi. Je suis devenu président en 1981, j'ai quitté la présidence en 1988.

Ces gens-là, ils m'ont trimballé et je n’étais pas capable de dire non... Surtout que mon garçon a fait du patinage de vitesse pendant trois mois avant d’arrêter.

Jean Grenier

Jean Grenier

Une fois qu'on se met le bras dans l'engrenage, on est pris!

André Lamothe

André Lamothe

Il fallait prendre nos places, il fallait s'asseoir aux endroits où on pouvait décider et ne pas attendre qu'il y ait un placier qui parlait anglais pour nous donner une place.

Jean Grenier

Jean Grenier

André Lamothe a été toute une dynamo. Moi, j'étais le rêveur qui établissait des objectifs impossibles, et Lamothe c'était le gars qui les faisait.

Louis Grenier

Louis Grenier

Le premier cheval de bataille de papa, c'est qu'un Québécois aille chercher une médaille aux Olympiques en longue piste. Ça, ç'a été Gaétan Boucher. Et après, ç'a été d’amener le courte piste aux Olympiques, mais d'abord qu'il devienne international.

Papa a réussi les deux.

Quinze ans avant les Jeux olympiques de Calgary, le courte piste n’existe pas pour l’International Skating Union (ISU), qui régit le patinage de vitesse sur la scène mondiale. Les résistances sont aussi nombreuses que les préjugés sur la discipline, mais la volonté québécoise et canadienne d’internationaliser le sport sera plus forte.

Jean Grenier

Jean Grenier

Il fallait développer le sport au niveau international, mais c'était loin d'être gagné d'avance. Le premier président de l'ISU que j'ai rencontré au début des années 1970, Jacques Favart, était un peu ouvert à l'idée, mais son successeur, le Norvégien Olaf Poulsen, m'avait dit : Le courte piste? C’est du roller derby sur glace. Jamais de la vie.

Et le directeur général de l’ISU m'avait dit : “Over my dead body.” (Il faudra me passer sur le corps.)

Maryse Perreault

Maryse Perreault

La perception des gens, c'était que c'était du roller derby. Un sport de fou. Il y avait juste des fous qui faisaient ça!

Jean Grenier

Jean Grenier

Ça pouvait avoir l'air du roller derby dans les années 1960. Mais finalement, c'est bien moins dangereux que le ski ou le hockey!

Nathalie Lambert

Nathalie Lambert

Championne du monde - 1991, 1993, 1994

Médaillée de bronze (relais), 1988

Ce n'est pas du roller derby dans le sens que ce n'est pas un spectacle arrangé. Mais oui, il y a des chutes, des accrochages, des dépassements, c'est excitant.

Louis Grenier

Louis Grenier

Encore aujourd'hui, on vit la dissension, surtout en Hollande et dans certains pays nordiques, que la pureté du sport c'est l'espèce de valse chacun dans son corridor en longue piste. Alors que les accrochages et les coups d'épaule qui peuvent se donner en courte piste, c'est une aberration. Personnellement, se battre contre horloge, je n'ai jamais réussi à le faire. Moi, j'avais besoin de me battre avec le gars à côté de moi.

André Lamothe

André Lamothe

Au Canada, il n'y avait pas de division entre le longue et le courte piste. Il y avait un genre d'accompagnement. Il y avait des gens dans leur famille dont la fille faisait du courte piste et le garçon du longue piste. Sur le conseil d’administration, la moitié venait du courte piste, l'autre moitié du longue piste. Tout le monde s'entendait sur le fait qu'il fallait faire accepter le courte piste mondialement.

Nathalie Lambert

Nathalie Lambert

La plupart des athlètes patinaient en courte et en longue piste. Et je te dirais que les athlètes de cette génération-là ont pas mal tous fait les deux.

Robert Dubreuil

Robert Dubreuil

Médaillé de bronze - Championnats du monde 1986

Directeur général, Fédération de patinage de vitesse du Québec

On avait tous le même profil, on faisait du courte et on embarquait sur le longue piste parce que c'était la seule discipline olympique surtout si on en rêvait.

Maryse Perreault

Maryse Perreault

Il y avait une saison de septembre à novembre où on faisait du courte piste, et ensuite de ça, à partir de novembre-décembre, on commençait à faire du longue piste. De décembre jusqu'à février on faisait du longue piste, et après ça on faisait du courte piste en mars jusqu'à la fin avril.

Louis Grenier

Louis Grenier

On existait, mais on n’était pas reconnu par Sports Canada parce qu'on n’était pas un sport qui avait un vrai championnat du monde.

Jean Grenier

Jean Grenier

Le sport n'existait même pas quand je me suis impliqué, très rapidement, au niveau international. J'ai été élu comme premier président du comité courte piste de l’ISU en 1973, mais c'était une reconnaissance symbolique.

Louis Grenier

Louis Grenier

Il s'est passé toute sorte de magouilles au niveau de l'ISU pour pouvoir passer. Il y avait une réticence de certains à reconnaître le courte piste parce qu’ils voyaient ça comme un sport de Mickey Mouse, par rapport au longue piste.

Jean Grenier

Jean Grenier

Il a fallu aller très loin jusqu'à les menacer avec les Japonais, les Australiens, les Américains... de partir une nouvelle fédération internationale si on n’obtenait pas une reconnaissance officielle du courte piste, en leur expliquant que ça aiderait à développer la longue piste, et c'est ce qui se produit actuellement.

André Lamothe

André Lamothe

Ce n'est pas un conte de fées. Personne n’a voulu abandonner. On prenait toutes les occasions pour parler aux gens des ministères, des organisations, des autres sports.

Jean Grenier

Jean Grenier

Au congrès de l’ISU à Munich en 1973, quand j'ai proposé qu'il y ait un championnat du monde courte piste, sur 46 membres, j'ai eu 14 votes.

En 1975, l'URSS proposait une mesure d'urgence pour expulser l'Afrique du Sud. Quand je suis arrivé au congrès, je suis allé voir Viktor Kapitonov, vice-président de l'ISU et sous-ministre des sports en URSS. Je lui ai dit que le Canada était prêt à appuyer la proposition soviétique numéro un. Il m’a dit en mi-allemand, mi-anglais : « What’s the price? [quel est le prix] » Je lui ai dit la proposition 32. Ah, Canada, Short track!

It's a deal.

Pour lui, c'était une victoire diplomatique extraordinaire. Un pays de l'Ouest qui appuyait l'Union soviétique.

Il apportait 14 votes, ça nous amenait à 28, on en avait gagné quelques autres entre-temps et ç'a passé.

Ils n'ont pas fait un Championnat du monde, ils ont fait un championnat ISU, pendant 2 ans ç'a été ça. Deux ans plus tard, on avait un Championnat du monde, qui a été gagné, à peu près tout le temps au début, par les Québécois.

Avec ces premiers Championnats du monde, qui ont lieu en 1981 à Meudon-la-Forêt, en banlieue de Paris, le courte piste détient désormais la crédibilité nécessaire pour rêver d’intégrer le programme olympique. Le sport en est encore à ses débuts, et l’emprise québécoise sur la discipline est impressionnante. Dans la décennie 1980, les Gaétan Boucher, Guy et Michel Daignault, Louis Grenier, Benoît Baril, Sylvie Daigle et Maryse Perreault remportent 10 des 18 titres mondiaux individuels.

Maryse Perreault

Maryse Perreault

Je suis arrivée aux premiers Championnats du monde à Paris, ce n'était pas très populaire. Les estrades n'étaient pas pleines.

Michel Verreault

Michel Verreault

Officiel en chef du courte piste - Jeux olympiques de 1988, 1992, 2006 et 2010

Quand j'ai fait les premiers Championnats du monde, la seule chose qui était organisée, c'était l'épinglette et l’affiche. Je vous garantis, je suis arrivé là, il n’y avait rien d'organisé. J'avais le choix : j'annulais la compétition ou je l'organisais. Je l'ai organisée.

Maryse Perreault

Maryse Perreault

À Moncton, en 1982, quand je suis devenue championne du monde, il n'y avait pas bien bien de monde.

Louis Grenier

Louis Grenier

J'ai gagné le Championnat du monde à Tokyo en 1983. En théorie, c'était le chant du cygne pour moi. J'étais en train de faire mon bac en design industriel à l'Université Carleton à Ottawa, et qu'est-ce que tu voulais que je fasse de plus? Il n’y avait rien d'autre. Je ne pouvais pas faire plus que gagner un Championnat du monde.

Maryse Perreault

Maryse Perreault

Tous les athlètes veulent aller aux Jeux, mais pour nous c'était plate, on faisait un sport où on ne pouvait pas être aux Olympiques.

Jean Grenier

Jean Grenier

Il faut être un peu fou pour un petit Canadien de rêver à une médaille olympique. Mais nous autres, il fallait être aussi fous qu’eux et s'établir des objectifs aussi fous. On ne pouvait pas se contenter d'organiser un championnat par année... Il fallait être agressif.

Quand est venu le temps de choisir entre Vancouver et Calgary pour les Jeux de 1988, j'avais tous les présidents francophones des autres sports qui me disaient : Jean, pour les sports d'hiver, dis-nous pour qui on vote.

« Vous allez voter pour celui qui va accepter de mettre le patinage de vitesse courte piste en démonstration. »

Et c'est Calgary qui l'a fait.

Et Calgary a obtenu les Jeux.

Calgary obtient l’organisation des Jeux en 1981, mais ce ne sera que quelques années plus tard que le patinage de vitesse sur courte piste sera confirmé comme sport de démonstration pour 1988. L’appellation patinage de vitesse intérieur est alors abandonnée et tombera dans l’oubli.

Maryse Perreault

Maryse Perreault

J'étais vraiment contente de savoir que ça allait être aux Jeux olympiques!

Louis Grenier

Louis Grenier

Pendant la saison 84-85, j'ai appris par papa qu'on serait en démonstration à Calgary. Ç'a m'a fait changer mon fusil d'épaule. J'ai pris la décision de revenir à la compétition.

Robert Dubreuil

Robert Dubreuil

On était quelques-uns en 1986, Nathalie Lambert, Susan Auch, Sylvie Daigle peut-être, et moi, qui avions dû choisir entre le courte et le longue parce qu'on était sur les deux programmes nationaux. On ne pouvait pas, à cette époque-là, faire les deux sports aux Jeux.

En 1986, on avait tous choisi le courte piste sachant pertinemment qu'on avait des chances en courte piste, alors qu'en longue piste, à part Gaétan, on était plus des natures de 20e ou 30e place. On s'était dit qu'une médaille en démonstration, c'était mieux qu'une 26e place en sport officiel.

Louis Grenier

Louis Grenier

L'année de Calgary, c'est la première année où on nous a tous regroupés, les cinq meilleurs gars et filles, à Montréal. On s'entraînait pour la première fois de notre vie tous les jours. Jusqu'à l'année avant les Olympiques, je patinais quatre fois par semaine. L'année d'après, j'avais de la glace tous les jours.

Robert Dubreuil

Robert Dubreuil

Il y avait une bonne ambiance. C'était du monde qui était très compétitif. Il pouvait y avoir une certaine tension de compétition, mais sans plus.

Nathalie Lambert

Nathalie Lambert

C'était une équipe très expérimentée dans laquelle on se battait les unes contre les autres pour aller chercher des médailles en individuel et quelques minutes après, on redevenait une équipe pour essayer de gagner ensemble. C'était une dynamique assez particulière qui existe dans très peu de sports.

Maryse Perreault

Maryse Perreault

On était de grandes amies. On l'est encore. On se voit encore. On se fait des retrouvailles deux fois par année. On était toutes des amies même si on patinait l'une contre l'autre.

Nathalie Lambert

Nathalie Lambert

J'étais une des doyennes dans l'équipe, déjà à ce moment-là, avec Sylvie Daigle. Maryse Perreault aussi. C'était une équipe qui avait énormément de maturité et d'expérience. Notre recrue, c'était Susan Auch, qui était quand même une patineuse sur la scène internationale depuis plusieurs années.

Robert Dubreuil

Robert Dubreuil

Michel Daignault était champion du monde à Montréal en 1987. C'était mon partenaire d'entraînement de toujours. Louis Grenier était notre vétéran. Mario Vincent... Mario, c'est un gars qui est arrivé au club de LaSalle où j'étais. J'ai été le premier à l'accueillir dans notre sport quand j'avais 10 ans et lui avait à peu près le même âge. C'était un joueur de hockey qui arrivait. On a grandi ensemble.

Chapitre 2

Des athlètes presque comme les autres

À Calgary, trois sports sont en démonstration : le curling, le ski acrobatique et le patinage de vitesse sur courte piste. Aidés par la présence de Jean Grenier comme chef de mission, les athlètes canadiens vivront les Jeux, sous plusieurs aspects, comme s’ils étaient athlètes olympiques. Les Jeux de Calgary s’ouvrent le 13 février 1988.

Michel Daignault

Michel Daignault

La première chose dont je me souviens, c'est la cérémonie d'ouverture.

Susan Auch

Susan Auch

Médaillée de bronze (relais) - Calgary 1988

Double médaillée d'argent en longue piste (500 m) - 1994, 1998

Présidente, Patinage de vitesse Canada

Marcher avec les autres athlètes lors de la cérémonie d'ouverture était une expérience aussi inspirante qu’impressionnante. On avait des ponchos rouges et blancs. Je savais que mes parents regardaient et qu'ils étaient fiers de moi... Mais il faisait si froid. Je pense qu’il faisait -25.

Louis Grenier

Louis Grenier

Ç'a été un moment mémorable de marcher avec tous les athlètes des autres pays et des autres disciplines, mais on résidait à l'extérieur du village olympique. On était dans une catégorie différente que les athlètes reconnus dans les vrais sports olympiques.

Robert Dubreuil

Robert Dubreuil

On avait notre village, les trois sports de démonstration, qui n'était pas si loin de l'Université de Calgary, à 2-3 km du village olympique.

Louis Grenier

Louis Grenier

On avait le droit d'entrer, mais on ne restait pas dans le village olympique. On n’avait pas l’impression de faire partie des grands Jeux olympiques. Sous cet aspect-là, on était un peu déçus. Mais ailleurs, on a été considéré comme des athlètes à part entière.

Susan Auch

Susan Auch

Nous avons eu une expérience olympique complète et nous avons été traités comme de vrais athlètes olympiques.

Maryse Perreault

Maryse Perreault

On faisait partie du groupe. On pouvait aller au village quand on voulait. On a fait partie des Jeux pareil comme les autres.

Nathalie Lambert

Nathalie Lambert

Nous, on a été relativement chanceux parce qu'on faisait partie intégrante de l'équipe. On avait les vêtements de l'équipe nationale, on a fait la cérémonie d'ouverture. Mais ça n'a pas été le cas pour les athlètes de tous les pays. Dans certains pays, ils n'ont pas eu les mêmes vêtements, ils n'ont pas eu nécessairement la chance de marcher dans les cérémonies d'ouverture.

Louis Grenier

Louis Grenier

Les jeunes de l'équipe de Grande-Bretagne se sont fait découdre les écussons de leur habit parce qu'ils étaient en démonstration.

Nathalie Lambert

Nathalie Lambert

On a eu la chance de vivre l’aventure olympique, de surfer là-dessus et d'être inspiré autant que les autres athlètes, même si nos médailles ne comptaient pas au tableau des médailles.

Chapitre 3

Que la démonstration commence!

Le 22 février 1988 s’amorcent les quatre jours les plus déterminants de l’histoire du patinage de vitesse sur courte piste. Jusqu’au 25 février, le Max Bell Arena est l’hôte de la première démonstration du sport aux Olympiques. Pas moins de 18 000 spectateurs au total assisteront aux épreuves dans ce modeste amphithéâtre de 3200 places. Douze des 57 pays présents à Calgary prendront part à cette grande audition publique.

Robert Dubreuil

Robert Dubreuil

Il y avait une fébrilité. C'était la première fois aux Jeux.

Maryse Perreault

Maryse Perreault

On voulait vraiment que notre sport soit choisi comme sport officiel pour les prochains Jeux. On y pensait.

Jean Grenier

Jean Grenier

L'important, c'était que la démonstration soit réussie à Calgary.

Nathalie Lambert

Nathalie Lambert

Quand ton sport entrait en démonstration, il devait prouver qu'il était intéressant pour la télévision, pour les spectateurs, qu'il était bien organisé, que le calibre était vraiment à la hauteur d'une performance mondiale et qu'il était quand même sécuritaire... et spectaculaire à la fois.

Michel Daignault

Michel Daignault

Il y avait un esprit de camaraderie entre les athlètes des différentes nations. On était en compétition les uns contre les autres, mais on avait quand même le but commun que le sport soit reconnu officiellement à sa juste valeur.

Robert Dubreuil

Robert Dubreuil

Avec le recul, on avait peut-être aussi la sensation de faire partie d'un moment unique, de développer un sport mondial, de faire partie des pionniers d'un sport. Ce qui ajoute une fébrilité et une fierté.

Nathalie Lambert

Nathalie Lambert

En quelque sorte, ça fait de nous les pionniers de ce sport-là. Ce qui était vraiment génial, c'était de pouvoir vivre ce moment historique chez nous. Vivre des Jeux olympiques à la maison, c'est quelque chose de magique que peu d'athlètes ont l'occasion de vivre.

Michel Daignault

Michel Daignault

On ne savait pas trop trop à quoi s'attendre, mais on savait que c'était une vitrine pour notre sport. On était content que ce soit en démonstration. Mais notre objectif, pour ce qui est des patineurs et de l'organisation, c'était que le sport devienne un sport officiel.

André Lamothe

André Lamothe

On est arrivés aux Olympiques fin prêts, avec toute ma gang. On a fait un travail considérable pour que le courte piste soit reconnu comme sport olympique.

Michel Verreault

Michel Verreault

L'ISU voulait absolument qu'on fasse un succès avec ça. Que tout se passe bien. Parce que l'ISU voulait avoir le courte piste à Albertville [en 1992].

Louis Grenier

Louis Grenier

Il y avait une forte pression sur Michel Verreault, qui était l'officiel en chef et qui est demeuré jusqu'à sa retraite le meilleur officiel du sport... On devait montrer patte blanche aux Olympiques. Il fallait sortir de là, propre. Si on s'était retrouvé avec plein de médaillés à la suite de multiples disqualifications, on aurait un peu terni l'image du sport.

Michel Verreault

Michel Verreault

Un officiel en chef, c'est celui qui s'occupe du bon déroulement, de la sécurité et de l'organisation de la compétition. Si ça va bien, c'est de sa faute, si ça va mal, c'est de sa faute aussi.

Louis Grenier

Louis Grenier

Deux semaines avant les Jeux, on compétitionnait à Saint Louis pour le Championnat du monde. Ils avaient mis une officielle américaine sur la glace. Toutes les fois où il y avait un accrochage avec un Américain, le patineur opposé était pratiquement automatiquement disqualifié. Au fur et à mesure que le championnat avançait, ça devenait ridicule. On s'était fait un t-shirt « Join the DQ club ». J’ai dit à mon entraîneur, s'il y avait une autre disqualification d'un Non-Américain, je ne veux plus patiner, je me retire du Championnat du monde. Un gars a été disqualifié. Michel Daignault et moi, on ne s’est pas présenté à la course suivante en protestation, et on a été disqualifié de la compétition. On était deux prétendants au podium du Championnat du monde.

Si ce genre de situation était arrivé à Calgary, ç'aurait été l'enfer.

Michel Verreault

Michel Verreault

Le mot s'est passé lors de l'année 1988, et ensuite il y a eu des rencontres avec les officiels et les entraîneurs afin que tout le monde saisisse l'importance de bien performer et de bien faire les choses à Calgary. On a parlé de l'importance que cette compétition se déroule très bien et qu'il n'y arrive pas d'événement fâcheux.

Nathalie Lambert

Nathalie Lambert

Sans être conscients qu'on avait une performance à livrer pour vendre notre sport, on était conscients que c'était une première occasion et qu'on n’était pas sûr de revenir en 1992 et qu'il fallait que ça se passe bien.

Michel Verreault

Michel Verreault

Il fallait surtout éviter les chutes inutiles. Et ceux qui nous comparaient au roller derby n’avaient aucune connaissance de notre sport. En 40 ans, je n'ai pas vu beaucoup de coups salauds de la part d'athlètes. Mais ç'aurait pu arriver. Étant donné que c'était aux Olympiques, que les gens voulaient se faire voir, il aurait pu y en avoir qui aurait tenté des dépassements dangereux. On ne voulait pas ça.

Robert Dubreuil

Robert Dubreuil

Le fait de devenir olympique dépendait du spectacle [que l’on allait offrir à Calgary]. On se l'était fait dire. Ça dépendait des résultats aussi, de la quantité de pays qui participeraient et de l'engouement du CIO et des spectateurs.

Michel Verreault

Michel Verreault

Tout s'est bien déroulé à Calgary.

André Lamothe

André Lamothe

À Calgary, on a réussi à aller chercher les 88 membres du CIO, à part deux qu'on n’a pas trouvé, on en a amené 86 voir les compétitions de courte piste. C'était notre test pour devenir un sport olympique reconnu dans le futur. L'aréna a été rempli pour, je pense, les quatre après-midi de patinage de vitesse courte piste. C'était plein. Il n’y a jamais eu une place de libre. On a réussi, les 10 membres de notre conseil d'administration, à toujours avoir à notre droite ou à notre gauche, quelqu'un du CIO. Ils ont tous vu du patinage de vitesse courte piste.

Jean Grenier

Jean Grenier

Il suffisait au fond de convaincre deux ou trois personnes : Juan Antonio Samaranch [président du CIO] et quelques autres membres qui étaient influents.

André Lamothe

André Lamothe

On a senti une immense fierté. Les Japonais, les Français, les Italiens, les Américains, les Canadiens... Tout le monde était heureux d'être là. L'aréna était plein. Il y avait de la musique avant que ça commence et après, c'était un maudit bon spectacle.

Maryse Perreault

Maryse Perreault

L'intérêt a été instantané. Ç'a été un sport coup de coeur. Les gens s'y sont intéressés rapidement. Ils nous disaient qu'ils aimaient ça, que c'était le fun à regarder. Les gens étaient fébriles comme aujourd'hui. L'engouement était là.

Chapitre 4

Médailles et déceptions

Aux Jeux olympiques de Calgary, les athlètes canadiens ont remporté deux médailles d’argent et trois de bronze. En quatre jours, les patineurs de vitesse sur courte piste ont amassé le double de ce nombre, mais ces récompenses n’ont pas été comptabilisées au tableau officiel. Malgré cette abondante récolte de la nation dominante du sport à l’époque, les contre-performances et mésaventures canadiennes sont nombreuses au Max Bell Arena. Sur les 10 médailles, une seule sera d’or, celle remportée par Sylvie Daigle au 1500 m. Six fois un patineur canadien devra se contenter de la 2e place.

Nathalie Lambert

Nathalie Lambert

J'étais vice-championne du monde, je voulais gagner plusieurs médailles à ces Jeux-là.

Louis Grenier

Louis Grenier

Je voulais aller chercher une médaille. Je voulais une médaille olympique, mais j'étais un sprinteur et, à 28 ans, j'étais de l'autre bord de la bande.

Michel Daignault

Michel Daignault

J'espérais au moins une médaille d'or étant donné que l'année précédente, j'avais gagné le Championnat du monde et à la compétition test avant les Olympiques en novembre, j'avais gagné trois courses sur quatre. Mes attentes étaient assez élevées. Ça ne s'est pas déroulé comme je le voulais, mais je suis quand même heureux des résultats que j'ai obtenus.

Robert Dubreuil

Robert Dubreuil

Jusqu'aux abords des Jeux, j'étais le favori au 500 m. C'était ma force.

Maryse Perreault

Maryse Perreault

En 1988, un ou deux mois avant les Jeux, j'étais allé faire une compétition internationale, il y avait toutes les mêmes patineuses, et j'avais gagné toutes les courses. Personne ne pouvait me battre.

Michel Daignault

Michel Daignault

À la première course, le 1500 m, la course où j’étais le meilleur, il y a un Coréen qui est tombé en avant de moi, et je n'ai pas été capable de gagner une médaille.

Robert Dubreuil

Robert Dubreuil

Je suis tombé malade en partant de Saint Louis. On est arrivés à la cérémonie d'ouverture, il faisait -20, j'ai attrapé une grippe et une gastro en même temps. J'ai perdu 5-10 livres en commençant les Jeux. Heureusement que nos épreuves étaient à la fin. Dans les premiers jours, je n'aurais même pas pu courir. Mais j'ai pu m'en remettre, toutes nos épreuves étaient toutes en ligne sur 4-5 jours à la fin des Jeux.

Michel Daignault

Michel Daignault

Au 500 m, j'ai chuté, la pression commençait à être plus grande pour avoir au moins une première médaille individuelle.

Robert Dubreuil

Robert Dubreuil

J'étais capable de patiner, mais à part le 500 m, les énergies n'étaient pas là. J'ai laissé ma place au relais ensuite. Je suis le seul des 10 athlètes à ne pas avoir eu de médaille en démonstration à Calgary, y compris les substituts Marc Lacky et Susan Auch.

Finale du 1000 m masculin, Michel Daignault gagne l'argent. Auparavant, Camille Dubé et Marie-José Turcotte commentent les résultats canadiens en courte piste à Calgary.
Michel Daignault

Michel Daignault

Le 1000 m était l'avant-dernière course individuelle. J'ai fini 2e. Aux Olympiques, la pression était bien plus grande. Je voulais vraiment performer. Mais, bon, après mes deux premières déceptions, j'étais content d'avoir au moins une médaille!

Michel Daignault conclura les Jeux de Calgary avec la médaille d’argent au 1500 m et celles de bronze au 3000 m et au relais.

Louis Grenier

Louis Grenier

J'ai gagné une médaille au 1500 m parce que j'étais un vieux singe. J'ai su tirer avantage de certaines choses pendant la finale.

Maryse Perreault

Maryse Perreault

Aux Olympiques, j'ai complètement paniqué. Je voulais trop gagner. Je suis une intense. L'intensité était là. Je suis tombée malade. Je faisais de l'asthme après les courses, je n'ai jamais fait d'asthme de ma vie. Ils me mettaient de l'oxygène...

Et là, la dernière course, le 1000 m, qui était ma course de prédilection. Pendant 10 ans, j'ai été 9 ans à avoir le record du monde de cette course-là. Quand je suis arrivée au 1000 m, j'étais 2e, il me restait un virage à faire, une Chinoise a décidé qu'elle passait, elle nous est rentrée dedans. Il y en avait six dans la course. Il y en avait quatre à terre. Celle qui était en avant a gagné et Sylvie Daigle, qui était 6e, a passé 2e. À 30 mètres à peine de la fin de la course, j'étais dans la bande.

Finale du 1000 m féminin. Dans le dernier virage, Maryse Perreault est emportée par la chute d'une patineuse chinoise alors qu'elle s'apprête à gagner la médaille d'argent.
Nathalie Lambert

Nathalie Lambert

Je suis arrivée aux JO un peu fatiguée sans trop savoir pourquoi. J'ai eu une médaille de bronze au relais, mais je n'ai rien fait dans les courses individuelles. Mon meilleur résultat a été une 6e place.

Ç'a été une grande déception.

À la fin de la saison, je suis allée voir un médecin et on m'a diagnostiqué de l'anémie. Et c'est ce qui avait foutu en l'air ma saison. Malheureusement, c'est tombé sur la saison olympique.

Maryse Perreault

Maryse Perreault

Ça m'a pris au moins un an à m'en remettre. Quand j'y pensais, je pleurais tout le temps. Ça m'a pris une grosse grosse année.

Je suis allée à une Coupe du monde l'année d'après. J'étais contre quatre Chinoises, il n'y en a pas une qui a fini la course debout.

Là, j'ai pleuré une bonne heure, et ç'a été fini. Ma thérapie était faite.

Aucun résultat n’a toutefois été plus décevant que les deux médailles de bronze du Canada dans les relais.

Nathalie Lambert

Nathalie Lambert

Toute cette décennie-là, le Canada était le pays à battre. Entre 1983 et 1994, en Championnats du monde, on n’a jamais perdu un relais.

Louis Grenier

Louis Grenier

Au 5000 m, ç'a été une déception parce qu'on avait l'équipe qu’il fallait pour aller chercher une médaille d'or. Mais avec la chute, on a gagné le bronze.

Maryse Perreault

Maryse Perreault

Moi, j'ai perdu un relais dans mes 10 ans, et c'est aux Olympiques. Susan Auch avait chuté, on a réussi à remonter 3e et à avoir le bronze, mais c'était la première fois en 10 ans qu'on n’était pas premières.

On n’avait pas été bien préparés psychologiquement...

L’histoire a retenu que le Canada n’a pas gagné de médailles d’or à ces Jeux, devenant le premier pays à se faire blanchir de la sorte à des Olympiques d’hiver. En février 1988, l’or de Sylvie Daigle ne fera même pas la une de la plupart des pages sportives du pays. Encore aujourd’hui, malgré la présence ininterrompue du courte piste aux Jeux depuis sa première présentation en 1988, les médaillons gagnés par les patineurs à Calgary sont considérés comme des médailles olympiques de second ordre.

Louis Grenier

Louis Grenier

Moi, j'ai deux médailles, mais ça ne compte pas. Ça, ce n'est pas facile à accepter.

Nathalie Lambert

Nathalie Lambert

On s'est rendu compte assez vite qu'un médaillon olympique, ça n'a pas la même valeur qu'une médaille olympique. Dans le traitement des médias, c'est sûr qu'il y avait une énorme différence.

Tu revenais des Jeux olympiques de Calgary avec tes médaillons et ce n'était pas pantoute la même histoire. Même si c'était les mêmes compétiteurs contre nous, que ce soit officiel ou non, dans les faits, ça n'avait pas du tout la même valeur.

Jean Grenier

Jean Grenier

Les médailles qui ont été gagnées sont – et ça, c’est l’opinion de mon fils – un peu des médailles en chocolat, même si elles étaient [à quelques détails près] la même médaille.

Michel Daignault

Michel Daignault

Indirectement aussi, il ne faut pas que je le dise trop fort, mais dans un sport qui commence, c'est plus facile d'être au sommet que dans les sports qui sont déjà là depuis plusieurs années. Mais je n'ai jamais fait ça pour le prestige, je faisais ça parce que j'aimais ça. C'était vraiment pour la passion.

Susan Auch

Susan Auch

Je ne l’ai jamais considéré comme une médaille en démonstration. Pour moi, c’est une médaille olympique, gagnée aux Olympiques, dans une compétition que les organisateurs ont choisi d’appeler « sport de démonstration ». Pour moi, c’était une course aux Olympiques. Point final. Il n’y avait aucune différence. Aucun des athlètes ne prenait ça moins au sérieux.

Maryse Perreault

Maryse Perreault

Ça ne me dérange pas du tout. Ça ne m'a jamais dérangée. Que ce soit officiel ou pas, on l'a fait. On a fait la même affaire que si ç'avait été officiel. Pour moi, j'ai participé aux Olympiques et ma médaille, c'est une médaille olympique.

Louis Grenier

Louis Grenier

Ce que je trouve plus difficile par rapport à ça, c'est que je ne suis pas reconnu par le Comité olympique canadien. Je n'existe pas pour eux. Quand ils organisent quelque chose, ils invitent tous les athlètes olympiques. Moi, je n'en fais pas partie.

Finale du 1500 m. Sylvie Daigle remporte la seule médaille d'or de l'équipe canadienne.

Chapitre 5

Olympique depuis 30 ans

En 1992, le patinage de vitesse sur courte piste entre de plein droit aux Jeux d’Albertville, mais les athlètes n’auront pas à retenir leur souffle aussi longtemps pour apprendre que leur démonstration avait été un succès.

André Lamothe

André Lamothe

On a croisé nos doigts pendant une période de 5-6 mois après les Jeux de Calgary.

Jean Grenier

Jean Grenier

Il y en avait qui étaient contre, mais c'est passé au CIO, apparemment, sans difficulté parce qu'il y avait un mouvement d'expansion pour attirer plus de pays de l'hémisphère sud et de l'Asie, et notre sport avait démontré qu’il pouvait y contribuer. La première médaille gagnée par la Chine [aux Jeux d’hiver], c'est Li Yan à Calgary.

André Lamothe

André Lamothe

En septembre ou octobre de la même année, on a reçu un télégramme du Comité olympique international qui avait décidé que ça devenait un sport olympique. D'abord, on a fêté ça, on a pris un coup, pas mal. Le lendemain, j'ai quitté la présidence parce que c'était ça l’objectif de plusieurs d'entre nous, surtout les Québécois.

Il y a beaucoup de gens au Canada qui ont travaillé pour ça, mais c'est l'affaire de 10, 20, 30, 40 personnes au Québec qui ont décidé que ça se ferait, et on a réalisé ça.

Michel Daignault

Michel Daignault

Est-ce que [l’inclusion du courte piste] aurait eu lieu à un autre moment donné? Peut-être, comme le CIO cherchait différents sports. Mais ç'a probablement propulsé le sport plusieurs années en avance. Si ça n'avait pas été à Calgary, en démonstration, je ne sais pas combien d'années ça aurait pris avant qu'un pays pousse autant pour l'ajouter aux sports en démonstration.

Jean Grenier

Jean Grenier

Il aurait fallu attendre à Vancouver en 2010.

Michel Daignault

Michel Daignault

À Calgary, les sports en démonstration, ç'a été le curling, le ski acrobatique et le courte piste. Trois sports dans lesquels le Canada était dominant. Par la suite, ces sports sont tous restés.

Jean Grenier

Jean Grenier

Réussir à convaincre Jacques Favart d'avoir un comité technique dès 1973, c'était déjà un grand pas. Deux ans plus tard, d'obtenir un championnat ISU, puis un Championnat du monde, c’en était un autre. Deux ans plus tard, Gaétan Boucher gagne une médaille d'argent à Lake Placid en longue piste, quatre ans plus tard, deux médailles d'or et une de bronze à Sarajevo, et quatre ans plus tard, le courte piste arrive aux Jeux.

On l’a fait.

À Lillehammer [en 1994], Olaf Poulsen m'a dit : « J’ai eu tort. Le courte piste est un grand sport. »

Depuis les Jeux d’Albertville, le courte piste est responsable de 28 des 127 médailles remportées par le Canada aux Jeux d’hiver, même si la Corée du Sud s’est imposée à partir du milieu des années 1990 comme la première puissance mondiale du sport (42 médailles). À Pyeongchang, si le pays hôte réussit à remporter une médaille d’or à ses propres Jeux, ce sera beaucoup grâce à ces quelques Canadiens qui ont permis au courte piste d’éclore sur la scène internationale.

Michel Daignault

Michel Daignault

Le courte piste a fait énormément de chemin en 30 ans. C'est complètement différent. Les temps ne se comparent même pas. Quand je regarde les temps que je faisais, un junior de 14 ans fait ces temps-là aujourd’hui. L'équipement a évolué, l'entraînement a évolué, les entraîneurs sont beaucoup plus professionnels que dans le temps. Tout a changé.

Louis Grenier

Louis Grenier

Le taux de compétitivité s'est multiplié et c'est certain que l'attrait olympique y est pour quelque chose.

Maryse Perreault

Maryse Perreault

Le sport est complètement différent. On se regarde aujourd’hui et on trouve qu'on n’était pas très bons! Techniquement, c'est le jour et la nuit. Tu dois être tellement fort pour être capable de patiner aussi bas qu'ils patinent maintenant. Nous autres, on ne patinait pas aussi bas que ça. Quand tu vires et que tu es bas comme ils sont, c'est fou comme ils sont forts. Techniquement, ça ne se ressemble même pas.

Robert Dubreuil

Robert Dubreuil

Il y a encore beaucoup de travail à faire en ce qui concerne le développement profond dans chacun des pays. On est rendu à une trentaine de pays en participation. Pour un sport d'hiver, c'est très bon. Ça en fait un des sports les plus pratiqués.

Jean Grenier

Jean Grenier

Il faut continuer de se creuser la tête et de rendre le sport intéressant. On rivalise continuellement contre les autres sports et ceux qui s'inventent dans le monde présentement.

André Lamothe

André Lamothe

Au bout de 30 ans, je pense, et ce n'est pas de l'orgueil, que le Canada est encore à tous les niveaux, même celui des officiels et des organisations, le leader dans le patinage de vitesse.

Robert Dubreuil

Robert Dubreuil

Avoir fait partie de ce groupe de pionniers, c'est sûr que ça me rappelle des souvenirs, ça me fait chaud au coeur. C'est valorisant.

Je ne cherche pas la valorisation à tout prix, mais on a contribué à faire du courte piste ce qu’il est aujourd'hui, au niveau québécois, au niveau canadien, au niveau mondial : un grand sport.

Photo en couverture : La Presse canadienne/Phil Walker