Mauro Biello

Grandir avec l'Impact

Un texte d’Olivier Paradis-Lemieux

Texte publié le 14 avril 2017

Valerio Gazzola est entraîneur d’entraîneurs. Sur la photo de son plus récent groupe d’étudiants qu’il affiche sur sa tablette dans son bureau de Laval, il y a peu de visages connus, mais surtout, parmi la vingtaine d’entraîneurs de tous les niveaux venus parfaire leurs connaissances techniques et tactiques, la présence de l’un deux surprend : Mauro Biello est entraîneur-chef de l’Impact de Montréal.

En décembre dernier, quelques semaines après l’élimination de son équipe aux mains du Toronto FC en finale d’association de la MLS, Biello est resté pendant une semaine sur les bancs d’école de l’Association canadienne de soccer, avec ses assistants Wilfried Nancy et Jason Di Tullio, afin de terminer sa formation menant à la licence A. Ses pairs d’un peu partout au pays étaient issus d’équipes nationales de jeunes, d’équipes de deuxième division, d’académies ou encore d’associations provinciales, mais il était le seul à diriger une équipe du niveau de l’Impact.

« Il faut avoir une licence A pour être sur le banc, explique Mauro Biello. J'ai bénéficié de [la formation], des échanges, des idées, de voir certaines choses. C'est normal que des fois, on ne vit pas la même chose, que je ne peux pas faire certaines choses que [les autres entraîneurs] mettent en place, parce que le gars qui est à côté de moi a des filles, un autre a des jeunes de 14 ans, et moi j'avais Didier Drogba. »

« Il y a du monde qui m’ont dit, mais qui sont ces entraîneurs-là, comment vas-tu apprendre d’eux, continue-t-il. Mais, c'est plus que ça, c'est une formation, [les formateurs] sont là pour mettre des choses en place, pour aider et guider un entraîneur, pour mieux travailler, et ça c'est extrêmement important. »

Photo de groupe de la licence A prise en décembre 2016. Mauro Biello est dans la 3e rangée, 2e à partir de la droite. Aussi sur la photo, Valerio Gazzola (3e rangée, 3e à partir de la gauche), les adjoints de l'Impact Jason Di Tullio (2e rangée, 6e à partir de la droite) et Wilfried Nancy (2e rangée, 8e à partir de la droite). Enfin, debout à l'extrême-droite, John Herdman, entraîneur de l'équipe nationale féminine, présent comme formateur pour une journée.
Photo de groupe de la licence A prise en décembre 2016. Mauro Biello est dans la 3e rangée, 2e à partir de la droite. Aussi sur la photo, Valerio Gazzola (3e rangée, 3e à partir de la gauche), les adjoints de l'Impact Jason Di Tullio (2e rangée, 6e à partir de la droite) et Wilfried Nancy (2e rangée, 8e à partir de la droite). Enfin, debout à l'extrême-droite, John Herdman, entraîneur de l'équipe nationale féminine, présent comme formateur pour une journée. Photo : Association canadienne de soccer

Gazzola relève la grande humilité pendant la formation de celui qu’il a dirigé pour la première fois à l’adolescence avec l’équipe canadienne. « Mauro était aussi un entraîneur qui partageait beaucoup. Que ce soit comment gérer une étoile ou comment gérer un groupe d’athlètes, il était très participatif. »

« J’étais là, j'étais étudiant, j'ai écrit, et j'ai absorbé, décrit Biello. J'ai pris certaines choses qui pouvaient m'aider à grandir comme entraîneur. »

Par la force des choses et des circonstances, le Montréalais de Saint-Léonard a eu le temps d’apprendre son métier avant de devenir pleinement responsable de l’équipe avec laquelle il est associé depuis 24 ans. Devenu adjoint après sa retraite en 2009 à l’issue d’une fructueuse carrière de 16 saisons dans l’uniforme du Bleu-blanc-noir, l’actuel entraîneur-chef de l’Impact a dû attendre six ans (et quatre autres entraîneurs) pour avoir la chance de diriger le club montréalais.

« Je pense que j'avais une certaine expérience comme joueur que je voulais transmettre comme adjoint, mais j'ai vite appris que c'est très difficile d'être joueur puis d'être entraîneur tout de suite », dit l’homme de 44 ans à la chevelure toujours aussi fournie que dans ses belles années, mais aux tempes un peu plus grisonnantes.

Tandis que Jesse Marsch - pourtant légèrement plus jeune que le Montréalais - devient le premier entraîneur de l’équipe en MLS en 2011, Mauro Biello continue son apprentissage comme adjoint amorcé sous les ordres de Marc Dos Santos. Au congédiement de Marsch à la fin de la saison 2012, l’ex-milieu du onze montréalais devient entraîneur par intérim de l’équipe le temps d’un voyage en Italie, mais c’est Marco Schällibaum qui prend les rênes de l’Impact l’année suivante.

Les quelques suspensions de l’explosif technicien ont donné plusieurs occasions à Biello de se faire valoir sur les lignes de côté, mais après l’inévitable départ du volcan suisse, la haute direction du club lui préfère un routier de la MLS, tout juste congédié par le Fire de Chicago, Frank Klopas.

« J'ai pensé au moment où Marco Schällibaum a quitté [l’Impact], que Mauro était la meilleure personne pour prendre en charge l'équipe », affirme Patrick Leduc, ancien défenseur de l’Impact dans les années 2000 devenu analyste.

« Puis, quand on est allés chercher Frank Klopas, c’était un peu un désaveu. On n'a pas encore confiance en Biello [...] Si tu ne fais pas confiance à Mauro, qu'est-ce que tu attends? Est-ce qu'on aurait pu attendre encore plus longtemps? Oui, mais on aurait juste prolongé cette tension. »

- Patrick Leduc

C’est finalement le 29 août 2015 que Mauro Biello obtient sa chance comme entraîneur, un mois après l’arrivée triomphale de Didier Drogba. Mais là encore, l’Impact fait preuve de prudence avec Biello, ne lui donnant que le titre d’entraîneur par intérim. « La réalité, c’est que je vais être jugé par mes résultats », disait-il alors en conférence de presse. « Je suis d’accord avec ça. Mais c’est ma chance. »

Quelques mois plus tard, quand il allait le confirmer dans ses fonctions après que le club s’est redressé et a atteint les séries de la MLS, le président de l’Impact, Joey Saputo, révélait une partie de ses appréhensions à donner un club chancelant à Biello.

« Si minimalement on n’avait pas fait les séries, ou quelque chose comme ça, il aurait brûlé sa chance qu’il attendait depuis plusieurs années. La chose que je ne voulais pas c’était de brûler Mauro. »

Le 13 novembre 2015, Joey Saputo (à gauche) annonçait en conférence de presse que Mauro Biello (au centre) devenait officiellement entraîneur-chef de l'Impact.
Le 13 novembre 2015, Joey Saputo (à gauche) annonçait en conférence de presse que Mauro Biello (au centre) devenait officiellement entraîneur-chef de l'Impact. Photo : La Presse canadienne/Paul Chiasson

« Le président pensait que Mauro était prêt, même deux ans auparavant, relève aujourd’hui le vice-président, relations internationales et développement technique de l’Impact, Nick De Santis. Mais c'est sûr que le président voulait prendre son temps, pour que le moment soit propice pour Mauro. Il voulait vraiment lui donner [le poste] au bon moment. »

Coéquipier des premières heures, devenu beau-frère quand Mauro a marié sa soeur Pina, c’est Nick de Santis qui a alors appelé celui qu’il connaît depuis plus de 30 ans pour lui proposer le poste de Klopas.

« Pour moi, c'était quand même quelque chose de spécial, parce que c'est un gars qui méritait ça... et il attendait. Entre le moment où il attendait et où c'était le moment juste, il s'est toujours comporté avec Frank de la meilleure façon. J'avais des discussions avec Frank où il me disait, Mauro est excellent, il est excellent comme entraîneur adjoint. Ça, c'était sa mentalité jusqu'à ce qu’il devienne entraîneur-chef. Il a toujours pris son rôle comme entraîneur adjoint de la meilleure façon. Ça devient plus spécial quand tu peux dire à cette personne-là, maintenant, c'est à toi de prendre les responsabilités de l'équipe. »

Dans l’antichambre du stade Saputo, Mauro Biello avait bien sûr déjà songé à ce moment où on lui offrirait enfin le poste d’entraîneur-chef. Mais l’homme est humble, patient, et surtout dévoué à l’équipe avec laquelle il a joué la quasi-totalité de sa carrière.

« J'y ai pensé, mais j'étais là toujours pour être en appui à l'entraîneur. Je l'ai fait de A à Z pour tous les entraîneurs, et j'ai toujours eu la discussion avec eux : moi je suis là, je suis fidèle. J'étais avec l'équipe, j'ai fait partie de l'équipe pendant des années, mais j'ai été fidèle parce que je sais que c'est extrêmement important dans un staff. Et un jour, peut-être, si c'était moi, j'aurais cette fidélité avec les personnes que je vais avoir mises en place.

« Je voulais continuer de grandir. Et quand le moment est arrivé et qu’ils m'ont demandé de prendre le poste, je l'ai pris en pensant que ç’allait être difficile, et en pensant que tu ne peux jamais être prêt pour ça. »

Sur le siège de l’auditorium du centre d’entraînement de l’Impact où il est assis pour l’entrevue, Mauro Biello s’anime et insiste.

« Personne peut dire, oui, oui, je suis prêt. Personne. Tu ne peux jamais être prêt. »

« Mais tu peux être le mieux préparé possible pour avoir du succès. »

Mauro Biello, alors adjoint, et l'ex-entraîneur de l'Impact Frank Klopas lors d'un événement en 2014
Mauro Biello, alors adjoint, et l'ex-entraîneur de l'Impact Frank Klopas lors d'un événement en 2014 Photo : Reuters/USA Today Sports

La carrière montréalaise de Mauro Biello s’est amorcée avec l’ancêtre souvent oublié de l’Impact, le Supra, qui avait repêché en 1991 le chétif milieu offensif de 18 ans. Deux ans plus tard, quand le Supra disparaît après cinq saisons, comme bien des joueurs de l’équipe, c’est avec le nouveau projet de la famille Saputo qu’il continue sa carrière : l’Impact de Montréal.

« En 1994 quand j'ai pris l'équipe, Mauro n'était pas partant, note Valerio Gazzola, qui a dirigé l’Impact jusqu’en 1997, puis de 2000 à 2001. Mais Mauro avait une qualité à ce moment-là. C'était un joueur explosif qui pouvait embarquer sur le terrain avec 10-15 minutes à faire et changer le match. »

Quand l’Impact gagne son premier championnat en 1994, c’est exactement de cette façon que Gazzola utilise Biello. Inséré tardivement en finale lorsque l’équipe mène par un petit but, le milieu applique une pression sans relâche sur la défense des Foxes du Colorado avec la même ardeur qu’il montrait jour après jour à l’entraînement.

« Mauro, c'était comme une Coupe du monde à chaque entraînement. Je vais faire la différence dans chaque entraînement comme ça, les entraîneurs, après l'entraînement, vont évaluer les joueurs. Et ils vont dire : "Ah Mauro, il était bon aujourd'hui." »

- Nick De Santis

« Je me rappelle très bien qu’en 1995, poursuit Valerio Gazzola, je suis allé chercher Paul Dougherty, même genre de joueur que Mauro. Un demi-attaquant, un numéro 10, mais pas grand, un petit rapide, vision impeccable, technique impeccable. Même à ce moment-là, Mauro me disait : "Moi je peux faire le travail." Je sais Mauro. Mais dans mon for intérieur, je me disais Mauro, t'es pas encore prêt. Et un des facteurs, ou le but là-dedans, c'était : "Apprends Mauro, Mauro, apprends encore, sois patient." Et il l'a fait. Il l'a fait. »

« La patience? Ce n'était pas que de la patience, précise Mauro Biello. Dans ma tête, je me disais... je vais y arriver. Et j'étais fort dans ça. Pour y arriver, je vais faire tout, je vais me battre chaque jour, chaque entraînement, et un jour, il va y avoir quelqu'un qui va voir qu'on a besoin de moi. La seule chose que j'avais en tête, c'était de démontrer mes qualités et de prouver à l'entraîneur qu'il avait besoin de moi. Et je pense que c'était une de mes forces parce que tout le monde me disait : "Il est trop petit, il n’est pas assez âgé." J'ai toujours eu cette bataille dans ma carrière. »

Mauro Biello célèbre son troisième championnat à Montréal après que l'Impact eut battu les Whitecaps de Vancouver en finale de la USL, le 17 octobre 2009. Un mois plus tard, le capitaine de l'équipe depuis 2001 annonçait sa retraite.
Mauro Biello célèbre son troisième championnat à Montréal après que l'Impact eut battu les Whitecaps de Vancouver en finale de la USL, le 17 octobre 2009. Un mois plus tard, le capitaine de l'équipe depuis 2001 annonçait sa retraite. Photo : La Presse canadienne/Graham Hughes

Ultimement, à force de travail et de conviction, Mauro Biello obtiendra sa place de titulaire avec l’Impact de Montréal, qu’il gardera jusqu’à ce que son corps le force à ralentir à la fin de sa carrière. Au passage, il établira les records de l’organisation pour les buts, avec 77, et les matchs joués, avec 389.

« Et même comme entraîneur, c'est la même chose. "Oui... il est bon, mais y'a ça, y'a ça" poursuit Biello en évoquant les critiques à son endroit. Mais à la fin, c'est ça qui me pousse moi. Ça fait partie de qui je suis comme personne. »

Sur le terrain construit derrière l’ancienne caserne centenaire d’Hochelaga reconvertie en quartier général, Mauro Biello dirige son premier entraînement de la semaine.

« Mauro se met une pression de malade. Parce qu'il est comme ça de nature, observe son adjoint Wilfried Nancy à la fin de l’exercice quotidien. C'est quelqu'un qui se met de la pression avant même qu'il y en ait. Je pense que pour lui, c'est une façon d'être concentré, de s’obliger à trouver des solutions, de savoir aussi dans quelle direction il va. Il n’a besoin de personne pour se mettre de la pression. »

« Mais c'est très important qu'on décroche un peu parce que c'est un métier qui est fabuleux, mais c'est un métier qui est très, très dur mentalement, insiste le technicien français qui a fait ses classes comme instructeur avec les jeunes de l’Académie de l’Impact. Quand on manque de fraîcheur, on est comme les joueurs, c'est difficile de prendre la bonne décision. »

Mauro Biello donne des instructions à Dominic Oduro (de dos) lors d'un entraînement de l'Impact au Centre Nutrilait, l'ancienne caserne Letourneux.
Mauro Biello donne des instructions à Dominic Oduro (de dos) lors d'un entraînement de l'Impact au Centre Nutrilait, l'ancienne caserne Letourneux. Photo : La Presse Canadienne/Paul Chiasson

Les jours de semaine, Mauro Biello arrive vers 8 h 15 au centre d’entraînement après avoir déposé son plus jeune à son école située tout près. « Je reste généralement jusqu’à 16 h au bureau. J’essaie d’organiser ma semaine comme ça, pour pouvoir décrocher aussi. »

« Mais des fois, dit-il en riant (insinuant que ce "des fois" est un "souvent"), j'amène le travail à la maison et je vais voir du vidéo jusqu'à minuit, ou je vais travailler sur certaines choses. Peut-être que je pars d’ici à une certaine heure, mais ça n'arrête jamais après. Et j'essaie de gérer tout ça. »

« C’est épeurant parce qu'à la fin tu penses au club presque 24 heures par journée. Parce que ça fait partie de toi, avoue Nick de Santis. On le sait que Mauro pense à l’équipe 24 heures sur 24, comment il peut améliorer l'équipe, comment il peut améliorer les conditions. Alors ça, c'est quelque chose qui s'est installé tout seul, avec le temps. Mais c'est quelqu'un qui gère très bien tout le côté familial. »

« J’arrive à décrocher, assure Mauro Biello, mais comme le sport est dans la famille, j’ai toujours l’avis de mes enfants. Et si ce n’est pas l'Impact, c'est une autre conversation, soit une autre équipe de foot en Europe, soit les Canadiens, ou quelque chose d'autre, mais ça fait partie de mon quotidien avec mes enfants, parce qu'ils aiment ça. »

Ses enfants, Gabriele, 12 ans, et Alessandro, 10 ans, jouent au soccer comme leur père, le plus jeune avec la pré-Académie de l’Impact. « Ses garçons ont la même vitesse que lui », estime d’ailleurs Patrick Leduc, dont le fils fréquente les mêmes pelouses que ceux de Mauro.

« C'est l'fun parce que, quand je parle avec Mauro, il me dit qu’après un match il doit écouter les analyses de ses enfants. Et ils lui font vraiment une analyse, et des fois il dit : "J'ai pris une opinion de mon fils" », ajoute en riant De Santis.

« C'est sûr qu'avec mes enfants on discute de l'équipe, note Mauro Biello de manière plus analytique. C'est normal, ils vivent ça... J’aime parler à mes enfants, même de ça : avoir leur point de vue, ce qu’ils voient, et être ouvert à une pensée différente. »

Les entraîneurs sont des voleurs d’idées, disait Mauro Biello en citant Pep Guardiola au moment de sa nomination. Et les idées sont partout : dans la tête de ses enfants qui connaissent par cœur les classements par note de tous les joueurs dans le dernier FIFA, comme dans celle de l’entraîneur de son plus jeune.

« Je vois [ce que fait l’entraîneur d’Alessandro], et je me dis, je peux prendre ça, manipuler un peu, ajuster un peu, et ça peut aider. J’aime absorber et prendre l’information. Voir comment je peux prendre ça, et l’ajuster pour aider mon équipe. J’essaie d’être toujours ouvert. »

Valerio Gazzola comme le directeur technique de l’Impact Adam Braz emploie la même formule pour parler de Mauro Biello : « Il est un étudiant du foot.  »

« Ce sport est toujours en évolution, affirme Biello. Et il faut être toujours ahead of the game, ahead of the game, ahead of the game. Et la seule manière, c'est de prendre toute l'information et d'être bon pour la mettre en place ».

Mauro Biello déplace un petit filet lors d'un entraînement au stade olympique.
Mauro Biello déplace un petit filet lors d'un entraînement au stade olympique. Photo : La Presse canadienne/Graham Hughes

En bon étudiant de l’école italienne, racines familiales obligent, Mauro Biello prêche une solide organisation sur le terrain qui se reflète également dans son approche de la fonction d’entraîneur-chef.

« Il faut travailler dans ce métier. Il faut couvrir tous les angles, il faut surtout être sharp dans tous les aspects, de la gestion, de la préparation, de la planification, et être organisé de A à Z parce que les choses viennent vite. Plus que tu es organisé et que tu es capable de planifier, plus tu seras capable de gérer certaines situations. »

- Mauro Biello

« La seule façon d'être bon dans ça, c'est de le vivre. Vivre comment gérer un joueur important, poursuit Mauro Biello, un Marco Di Vaio, un joueur qui n'est pas content, qui ne joue pas, un agent qui appelle et qu'il veut que son joueur joue, ou qu'il demande plus d'argent, toutes ces choses-là. Ce sont des choses qu'il faut vivre [...] C'est facile, c'est toujours plus facile d'être sur les côtés et de dire c'est quoi le problème quand je vois un match de l'Impact, mais il faut vivre le jour à jour pour comprendre ça. »

Ce joueur important, qui n’est pas content, qui ne joue pas, l’an dernier, était Didier Drogba. Dans l’œil de bien des observateurs, le refus du grand numéro 11 de se présenter au stade Saputo parce qu’il avait perdu sa place de partant au profit de Matteo Mancosu, a servi de rite de passage à Mauro Biello. La crise qui a suivi avec le charismatique Ivoirien aurait pu engouffrer le pilote montréalais, mais Biello en est sorti plus solide.

« C’était ça le test, dit simplement Patrick Leduc. Je trouve qu'il a tellement bien joué ses cartes. Parce que dans le fond, l'opinion publique s'est mise plus du côté de Mauro que du côté de Drogba. Didier, c'est une légende, il a été obligé d'être plus humble. Je pense que même Joey Saputo s'est mis du côté de Mauro, et ce n'est pas gagné d'avance.

« Même si on parle beaucoup de loyauté à l'Impact, Joey va toujours prendre la meilleure décision pour le club. Et même s'il y a toujours eu Mauro dans l'Impact de Montréal, si Mauro fait des erreurs à un moment donné, Joey va être obligé de prendre une décision assez difficile. Et je pense que même auprès du président, Mauro a gagné ce jeu qui était quand même assez risqué. »

Un peu moins de deux semaines après la crise qui a secoué l'équipe en octobre dernier, Didier Drogba regarde le match contre les Red Bulls depuis la loge de l'Impact.
Un peu moins de deux semaines après la crise qui a secoué l'équipe en octobre dernier, Didier Drogba regarde le match contre les Red Bulls depuis la loge de l'Impact. Photo : Reuters/USA Today Sports

« Je pense que cette décision qu'il a prise, ce n'était pas de montrer que "je suis capable de faire ça avec Drogba" », dit Nick de Santis avant d’insister : « Rien comme ça. Rien, rien, rien. Parce qu’il voulait que Drogba aide l'équipe comme il l'a fait quand il est arrivé, comme il l'a fait dans beaucoup de matchs comme partant. Il pouvait aider l'équipe même comme remplaçant. Je pense que Mauro l'a fait pour le bien de l'équipe et jamais pour montrer "regarde ma force mentale, je peux gérer aussi un gars comme Drogba." »

De Santis est formel. Pour lui, Mauro Biello se distingue de bien d’autres entraîneurs par sa capacité à mettre les intérêts de l’équipe avant ceux de sa propre personne. « Nous, comme club... le président, il peut dormir le soir parce que Mauro va toujours prendre les décisions qu'ils vont être ce qu’il pense être le bien pour le club. »

« Mauro l'a dit et l'a montré en exemple, il n'y a pas un joueur qui est plus grand que le club, incluant lui-même, souligne Jason Di Tullio. Quand il se met lui-même dans cette phrase-là, c'est plus facile de passer le message à ceux qui ont envie d'être là, ceux qui ont envie d'avoir du succès ici.  »

Passion, fierté, dévouement, et un désir profond de réussite, ont été les mots choisis par Joey Saputo pour expliquer son choix de confier son club à Mauro Biello. L’hyperbole d’Hassoun Camara au moment de l’entrée en poste de Biello était d’ailleurs saisissante. « Je peux laisser ma vie sur le terrain pour ce gars-là », avait assuré le défenseur, à Montréal depuis 2011.

« Quand tu es d'ici, que tu perds et que tu marches sur la rue, les gens vont te demander pourquoi tu as perdu, illustre Mauro Biello. Ça, c'est un sentiment que je veux partager; avoir des gars d'ici qui ont vécu ça. »

« Mauro a souffert ici, parce qu'il a vécu tous les moments ici. Les joueurs acceptent ça, et ils respectent ça. »

- Jason Di Tullio

« Des fois quand je m'assois ici et que je vois un théâtre comme ça, qu'on n’avait pas avant, des fois, j'essaie de transmettre ça parce qu'il y a des jeunes qui arrivent et qui pensent que ça, c'était la norme, dit Biello en parlant des installations du centre d’entraînement de l’équipe. On sautait des clôtures dans le temps, et maintenant il y a 61 000 personnes qui sont là aux matchs. »

Quand il pense à cette prochaine vedette québécoise qui pourrait endosser la responsabilité d’attiser la fierté locale, un rôle qu’il a porté pendant des années à une époque où le club était plus fragile et qui ne semble plus reposer que sur les épaules du vieillissant Patrice Bernier, Biello cite les Ballou Jean-Yves Tabla, David Choinière et Louis Béland-Goyette. Ballou a obtenu quelques minutes comme remplaçant, et même deux départs, depuis le début de la saison, mais les deux autres attendent encore que Biello appelle leur numéro.

Déjà, dans son rapport à l’Académie, de laquelle sont issus ses deux assistants, le contraste est frappant avec ses prédécesseurs.

« À mon avis on est dans une transition d'essayer de maximiser certains joueurs qui sont un peu plus âgés, mais en même temps, de donner des minutes à des bons jeunes joueurs qui s'en viennent [...] On sait que les anciens vont partir, et en même temps, quand ils partent, [les jeunes] doivent être prêts et ne pas juste être des joueurs qui sont 27e, 26e, mais des joueurs qui sont des partants. »

« C’est ça le défi. Le jour où il va y avoir cet exemple, cette vedette qui a fait ses années ici à l'Académie, je pense que ça va donner un grand boost à cette équipe, à la ville et au soccer. »

Ballou Jean-Yves Tabla saute dans les bras de Mauro Biello, qu'il cache presque entièrement, après avoir marqué le premier but de sa carrière le lendemain de son 18e anniversaire, le 1er avril 2017.
Ballou Jean-Yves Tabla saute dans les bras de Mauro Biello, qu'il cache presque entièrement, après avoir marqué le premier but de sa carrière le lendemain de son 18e anniversaire, le 1er avril 2017. Photo : Getty Images/Dylan Buell

D'un naturel calme et posé, peut-être même trop au goût de certains qui ont connu les coups de gueule des Schallibaum, Limniatis, et Gazzola, Mauro Biello a aussi dû convaincre qu’il avait la personnalité pour devenir entraîneur. Une direction que ses anciens coéquipiers ne le voyaient pas initialement prendre après sa carrière.

« Je le voyais plus être directeur technique ou quelque chose comme ça. Je voyais le côté calculateur », explique Patrick Leduc, qui se rappelle comment Biello aimait donner ses conseils pour des placements à la bourse.

Quand il était le coéquipier de Biello, Nick De Santis ne voyait pas plus chez son ami un futur entraîneur-chef. « Mais quand j’étais entraîneur pendant cinq ans [de 2004 à 2008], et que lui était capitaine, je voyais ses qualités. Comment il gérait les choses. Parce que moi, j’étais quand même un gars fougueux, et lui, tu voyais qu’il était capable, même dans les moments intenses, de parler d’une manière très calme et très claire aussi. »

Lui-même plutôt sanguin, Di Tullio assure que Biello est bien capable de « casser quelque chose » à l’occasion.

« Il peut y avoir des moments où je dois les réveiller et sonner la cloche, confirme Mauro Biello. Et je dois être dur. En équilibrant tout ça, le message va être mieux transmis, à mon avis, parce que si tu cries tout le temps et que tu casses la vitre tout le temps, après il faut penser à l'air froid qui rentre. »

Mauro Biello (au centre) ainsi que ses adjoints Jason Di Tullio (de profil, à gauche) et Wilfried Nancy (en bas, à gauche), lors d'un match contre les Sounders à Seattle, en mars 2016
Mauro Biello (au centre) ainsi que ses adjoints Jason Di Tullio (de profil, à gauche) et Wilfried Nancy (en bas, à gauche), lors d'un match contre les Sounders à Seattle, en mars 2016 Photo : Reuters/USA Today Sports

Primordiales dans une équipe professionnelle, les aptitudes de communicateur et de motivateur de Mauro Biello figurent au premier rang de ses qualités d’entraîneur, et d’humain, selon ses assistants.

« Mauro, en étant introverti, quand il a un message à faire passer, ou quand il a besoin de dire quelque chose, il va prendre la personne entre quatre yeux, il va parler avec la personne, dit Wilfried Nancy. Il a besoin de ressentir la chaleur, de ressentir que la personne est là, en train de l'écouter et n'écouter que lui, et avoir une discussion. »

« Il a les spécificités qu'il faut sinon il ne serait pas coach, mais il a une sensibilité aussi pour les relations. Pour les relations avec les hommes. »

- Wilfried Nancy

Pour Wilfried Nancy, si Nacho Piatti a connu une aussi bonne saison l’an dernier, avec 17 buts et combien d’autres moments époustouflants, c’est que l’Argentin s’est senti apprécié et valorisé dans le groupe, notamment grâce à ses échanges constants avec Biello. « Pourquoi il s'est senti bien? C'est que Mauro a trouvé les mots avec Nacho, pour lui donner des responsabilités et, en même temps, pour lui laisser sa créativité. »

« Là, je pense que l'Impact a trouvé son homme, soutient Patrick Leduc. Je n'ai pas envie de me poser la question, qu'est-ce qui va arriver quand il n'y aura plus Mauro Biello, parce que je le crains, ce moment-là. »

« Il y a trois personnes à l'Impact qui ont toujours été là : Joey Saputo, Nick De Santis et Mauro Biello. J'aimerais être capable d'imaginer un Impact sans ces trois personnes-là, mais qui survit et qui a du succès. Je le verrais comme un signe de maturité pour l'institution qu’est l'Impact. Mais j'ai des craintes honnêtement. Je pense qu'émotivement, c'est tellement lié, et en même temps, je pense que l'Impact a besoin d'un propriétaire, d'un entraîneur, d'un directeur du développement international qui sont aussi investis. »

La question est difficile à poser à un entraîneur en fonction s’il songe à ce qui viendra après un éventuel congédiement ou une démission, s’il sera tenté de relever un autre défi.

« Comme entraîneur, tu ne peux pas penser… » Après une courte pause, Mauro Biello se reprend. « Avec la vie d'un entraîneur, c'est normal que je ne peux pas être ici à vie. C'est impossible. Mais durant le temps que je vais être ici, je vais faire tout pour gagner. »

Si les résultats continuent d’être là, que l’équipe poursuit sa croissance, que sa voix ne s’use pas dans le vestiaire, peut-être bien que oui, qu’enfin, l’Impact aura trouvé son homme, pour longtemps.

Photo en couverture : L'entraîneur-chef de l'Impact de Montréal Mauro Biello Photo : Getty Images/Minas Panagiotakis