50 ans de malheur

Retour sur un demi-siècle sans Coupe Stanley par 13 anciens joueurs des Maple Leafs

Retour sur un demi-siècle sans Coupe Stanley par 13 anciens joueurs des Maple Leafs

Par Antoine Deshaies et Luc Fortin

2 mai 1967. Les Maple Leafs battent le Canadien de Montréal 3-1 dans le sixième match de la finale de la Coupe Stanley. Toronto remporte la 13e Coupe de sa glorieuse histoire. Cinquante ans plus tard, le compteur est toujours coincé à 13.

Comme le veut la tradition à l’époque, les célébrations sont de courte durée sur la glace du Maple Leaf Gardens. On festoie plus longuement quelques jours plus tard, avec les partisans, lors du traditionnel défilé des champions dans les rues de la Ville Reine.

Images : Archives de CBC

À l’époque, la scène est familière, presque routinière. C’est la quatrième Coupe pour les Leafs en six saisons après les conquêtes de 1962, 1963 et 1964. Ce sera aussi la dernière.

Peu après cette ultime conquête torontoise, le visage de la Ligue nationale de hockey change considérablement avec la première grande expansion. La LNH passe alors de 6 à 12 équipes.

Depuis, 17 différents clubs de la Ligue ont soulevé le trophée, dont les 5 autres équipes originales.

Chapitre 1

La dernière Coupe

Johnny Bower

Johnny Bower

Gardien de but

1958-1970

Je ne pensais jamais devenir un joueur des Maple Leafs quand ils m’ont réclamé en 1958. Je jouais alors pour les Barons de Cleveland dans la Ligue américaine et j’étais le plus heureux des joueurs.

À 33 ans, je me trouvais un peu vieux et je doutais de pouvoir les aider. Je ne voulais pas vraiment y aller, mais ma femme Nancy m’a convaincu d’essayer et j’ai finalement joué 13 saisons à Toronto.

L’entraîneur Punch Imlach était très exigeant et strict. Ça me convenait parfaitement parce que j’étais travaillant. Je m’entendais bien avec lui, mais ce n’était pas le cas de tous.

On a eu un froid en 1965 quand il a embauché le gardien Terry Sawchuk. Sawchuk avait une réputation enviable et je croyais qu’Imlach allait me clouer au banc. L’entraîneur me répétait qu’avec deux bons gardiens, on allait gagner la Coupe Stanley. Il a eu raison en 1967.

Dave Keon

Dave Keon

Attaquant

1960-1975

Notre victoire contre les Blackhawks en demi-finales en 1967 nous a lancés. C’était une surprise parce que Chicago avait conclu la saison au sommet du classement. Notre triomphe était le fruit d’un véritable effort collectif. C’est dans cette série qu’on a commencé à croire en nos chances de Coupe Stanley.

Johnny Bower stoppe un tir de Bobby Rousseau (15), du Canadien, pendant la finale du printemps 1967.
Johnny Bower stoppe un tir de Bobby Rousseau (15), du Canadien, pendant la finale du printemps 1967.
Photo : Bruce Bennett Studios/Getty Images
Johnny Bower

Johnny Bower

En finale, on a battu le Canadien qui avait pourtant une équipe extraordinaire avec, entre autres, Henri Richard et Jean Béliveau. On avait un bon mélange de talent et d’expérience. Terry Sawchuk avait commencé la série devant le filet, mais je l’ai remplacé pour le deuxième match après une défaite de 6-2 à Montréal.

J’ai gardé les buts pour nos victoires lors des deuxième et troisième matchs, mais je me suis blessé pendant l’échauffement du quatrième. Sawchuk a conclu la série devant le filet. Au bout du banc, je bougeais dans le vide comme si c’était moi le gardien.

Gagner la Coupe Stanley à Toronto, c’est extraordinaire. C’était comme gagner le million. La Coupe de 1967, c’est le meilleur souvenir de ma carrière.

Dave Keon

Dave Keon

Nous avons raté les séries dès l’année suivante, en 1968, la première année de l’expansion. Ça a été une véritable douche froide et l’on ne s’en est pas remis. Nous avions bien commencé la saison, mais nous sommes tombés en chute libre au classement. On devenait de moins en moins bons, mais la direction de l’équipe ne réagissait pas.

Johnny Bower

Johnny Bower

L’entraîneur Punch Imlach avait menacé d’échanger des joueurs si on ne jouait pas mieux.

Paul Henderson

Paul Henderson

Attaquant

1968-1974

Je suis arrivé à Toronto en 1968 à l’âge de 24 ans après cinq saisons à Détroit. J’étais dévasté d’être échangé par l’équipe de mon enfance, les Red Wings. Les Leafs formaient une équipe vieillissante et nous n’étions déjà plus des aspirants à la Coupe Stanley. C’était une terrible nouvelle pour moi, mais j’ai rapidement appris à aimer jouer à Toronto.

Le samedi soir, la moitié du Canada regardait nos matchs et j’adorais jouer sous les projecteurs. Mes relations avec la direction de l’équipe n’ont toutefois pas été bonnes très longtemps.

Chapitre 2

L’ère Harold Ballard

Harold Ballard a été propriétaire des Maple Leafs de Toronto. Il s’est joint à l’équipe en 1957 et est devenu vice-président et propriétaire minoritaire en 1961. Il est ensuite devenu propriétaire majoritaire en 1971 et l’est demeuré, jusqu’à sa mort, en 1990.

Personnage controversé, détesté par plusieurs de ses joueurs, Ballard a même passé un an en prison après avoir été reconnu coupable de fraude en 1972. Il a été intronisé au Temple de la renommée du hockey en 1977.

Sous son règne de propriétaire majoritaire, de 1971 à 1990, les Leafs n’ont remporté que 8 séries en 19 saisons.

Johnny Bower

Johnny Bower

Harold Ballard a toujours été gentil avec moi. Quand il a appris que ma femme Nancy avait le cancer, il a envoyé une limousine à la maison pour l’emmener à l’hôpital. Elle a pu l’utiliser pendant une semaine. Je l’admire pour ce qu’il a fait pour nous. Je l’ai toujours appelé et je vais toujours l’appeler Monsieur.

Paul Henderson

Paul Henderson

Je ne pense pas qu’Harold Ballard ait pris une seule bonne décision pendant tout son règne à la tête des Leafs. Ce vieux croûton avait un ego démesuré. Il a perdu tellement de bons joueurs au début de l’Association mondiale de hockey en 1972 parce qu’il prenait cette ligue à la légère.

Il a décimé l’équipe. Il avait du personnel de qualité sous la main, mais il ne laissait jamais les gens travailler. Il ne savait pas ce qu’il faisait. Plusieurs expliquent la disette de 50 ans sans Coupe Stanley par la « malédiction d’Harold Ballard ».

Harold Ballard joue au hockey sur table avec des figurines personnifiant certains joueurs des Leafs de 1974.
Harold Ballard joue au hockey sur table avec des figurines personnifiant certains joueurs des Leafs de 1974.
Photo : Dick Loek/Toronto Star via Getty Images
Darryl Sittler

Darryl Sittler

Attaquant

1970-1982

Quand je suis arrivé avec l’équipe en 1970, plusieurs joueurs de l’édition gagnante de 1967 étaient encore là. Nous formions une équipe moyenne de la LNH. J’ai été bien accueilli par des vétérans comme Dave Keon et Norm Ullman. J’étais jeune et travaillant.

Paul Henderson

Paul Henderson

On n’est jamais passé près de gagner la Coupe pendant mon séjour avec l’équipe. Oui, il y avait le Canadien, mais les Bruins de Bobby Orr aussi étaient très forts. J’ai eu beaucoup de plaisir et de fierté à jouer avec mes compagnons de trio Ronnie Ellis et Norm Ullman, mais nos dirigeants n’arrivaient pas à assembler de bonnes équipes.

Je me suis blessé pendant la saison 1972-1973 et ça a un peu été le début de la fin pour moi avec les Leafs. J’ai joué sur une jambe toute l’année et je n’éprouvais plus aucun plaisir à jouer, surtout pour notre propriétaire. Harold Ballard prenait de plus en plus de place et on devait compenser sur la glace pour ses mauvaises décisions. C’était vraiment une ambiance carnavalesque!

Mes deux dernières saisons avec les Leafs ont été vraiment désagréables.

Darryl Sittler

Darryl Sittler

Difficile d’imaginer une plus grande distraction qu’un propriétaire en prison pour fraude. Ça n’a pas été des moments faciles ni pour lui ni pour l’organisation. Il était très controversé et souvent ses déclarations dans les médias nous rendaient la vie plus difficile. Mais il n’avait pas que des défauts. Quand j’ai réussi mon match record de 10 points, il m’a offert un magnifique ensemble de vaisselle.

Darryl Sittler menace le filet du Canadien devant Ken Dryden (29), Serge Savard (18) et Guy Lapointe (5) dans les années 1970.
Darryl Sittler menace le filet du Canadien devant Ken Dryden (29), Serge Savard (18) et Guy Lapointe (5) dans les années 1970.
Photo : Denis Brodeur/NHLI via Getty Images
Paul Henderson

Paul Henderson

Après la saison 1974, j’ai reçu une offre des Toros de Toronto de l’Association mondiale de hockey, une ligue créée deux ans plus tôt. On m’offrait un contrat de cinq ans et un salaire deux fois plus important qu’avec les Leafs.

J’étais déchiré parce que je voulais tellement gagner la Coupe Stanley et que ça devenait impossible si je choisissais l’AMH. J’ai appelé Frank Mahovlich qui avait déjà fait le saut avec les Toros. Il m’a dit : « Accepte l’offre, car tu ne gagneras jamais la Coupe Stanley tant qu’Harold Ballard sera avec les Leafs. » Ses paroles étaient prophétiques.

Quand Ballard a appris que j’avais une offre sur la table, il m’a convoqué avec mon agent Alan Eagleson dans sa loge au Maple Leaf Gardens. Il nous a dit qu’il allait égaler l’offre des Toros, mais que je ne méritais pas un tel contrat. Il voulait me retenir simplement parce qu’il était frustré d’avoir perdu autant de joueurs à l’AMH.

Il manquait de classe de me dire ça. Je me suis penché vers lui lentement et j’ai dit : « Tu peux te le mettre dans le cul, ton contrat. » Il est devenu fou. Il a lancé la table au bout de ses bras et est sorti en hurlant. Ç’a été la fin.

Les Maple Leafs se sont qualifiés pour les séries éliminatoires sept ans de suite, de 1974 à 1981, sans jamais véritablement s’approcher de la Coupe Stanley.

Toronto a atteint une fois la finale de l’Association Clarence-Campbell, en 1978, avant d’être balayé en quatre matchs par le Canadien.

Durant cette période, trois équipes dominaient la LNH : les Flyers de Philadelphie ont gagné deux fois (1974, 1975), le Canadien quatre fois (1976, 1977, 1978 et 1979) et les Islanders de New York quatre fois (1980, 1981, 1982 et 1983).

Tiger Williams

Dave « Tiger » Williams

Attaquant

1974-1980

Contrairement à d’autres, j’ai adoré jouer pour Harold Ballard. J’aime profondément cet homme, il est comme le grand-père que je n’ai jamais eu. Il était simple et exigeait qu’on donne le meilleur de nous-mêmes chaque seconde de la journée. Ceux qui affirment qu’il a nui aux Leafs sont dans l’erreur.

Le problème est que sa garde rapprochée n’a jamais osé le défier. Trop peu d’entraîneurs ou de directeurs généraux ont osé remettre en question ses décisions. Je le faisais et je pense qu’il l’appréciait.

Paul Henderson

Paul Henderson

J’ai disputé mon dernier match au Maple Leaf Gardens avec les Flames d’Atlanta en 1980. On avait gagné 5-3 ce soir-là et j’avais amassé deux buts et une aide. J’étais la première étoile du match. Plutôt que de faire le traditionnel demi-cercle d’honneur près du banc, je suis allé patiner près de la loge du président derrière le filet pour narguer Harold Ballard. Le vieux pet détestait perdre et je m’étais fait plaisir. Je l’avais tellement détesté que j’avais développé des ulcères à ma dernière saison avec les Leafs.

Après ma carrière, je lui ai écrit une lettre pour m’excuser et lui demander pardon. J’étais devenu très religieux et mon mentor m’a suggéré d’évacuer la haine de mon système. Ballard ne m’a jamais répondu. Des années plus tard, je l’ai croisé à Montréal et je suis allé lui demander s’il avait lu ma lettre. Il m’a répondu : « Oui, je l’ai eue. » Et il a détourné le regard sans me remercier. Je suis parti et j’ai eu de la peine pour lui.

Harold Ballard (2e à partir de la gauche) dans sa loge du Maple Leaf Gardens.
Harold Ballard (2e à partir de la gauche) dans sa loge du Maple Leaf Gardens.
Photo : Dick Loek/Toronto Star via Getty Images
Darryl Sittler

Darryl Sittler

J’ai succédé à Dave Keon comme capitaine des Leafs en septembre 1975. J’étais jeune (24 ans), j’étais honoré et je ne l’ai jamais tenu pour acquis. Être capitaine des Maple Leafs était une énorme responsabilité. Ce n’était pas toujours facile.

L’équipe a amélioré son noyau après quelques années avec des gars comme Börje Salming, Lanny McDonald et Tiger Williams. On était bons, mais malheureusement pour nous le Canadien était beaucoup trop fort à cette époque. Il y avait aussi les Islanders. On les a battus en 1978. Le but de Lanny McDonald en prolongation au septième match à New York est sans doute mon plus beau souvenir en tant que Leaf.

Tiger Williams

Tiger Williams

En 1978, nous avions une bonne équipe, mais il nous manquait un ou deux très bons joueurs pour rivaliser avec le Canadien. Montréal formait une équipe tellement bien huilée. Le Canadien n’avait pas 3-4 bons joueurs, mais plutôt 10 joueurs extraordinaires. On ne verra plus jamais de dynastie comme celle-là.

En 1979 aussi, le CH nous a éliminés en quatre matchs au deuxième tour. Je me souviens que les arbitres avaient été atroces. Leurs lunettes étaient sans doute mal ajustées. L’arbitre Bob Myers m’a pénalisé en prolongation du quatrième match et Larry Robinson a marqué en avantage numérique pour nous éliminer. J’étais furieux et j’ai pourchassé Myers à ma sortie du banc des pénalités. J’étais fou de rage et c’est Larry Robinson qui m’a retenu pour me calmer.

Je n’ai reparlé à Myers qu’en décembre dernier au match extérieur du centenaire. C’est lui qui arbitrait le match des anciens. Je suis allé lui serrer la main et prendre de ses nouvelles. Tout le monde peut faire des erreurs. Il en avait fait une grosse cette année-là.

Darryl Sittler

Darryl Sittler

La turbulence est revenue quand Harold Ballard a rapatrié Punch Imlach à la fin de la saison 1979. Il avait gagné quatre Coupes Stanley comme entraîneur de 1959 à 1969 et là il revenait comme directeur général.

Il avait le même style autoritaire que dans les années 50. Il était dépassé et ne pouvait pas sentir la nouvelle Association des joueurs. Ça tombait mal, j’étais vice-président de l’Association. Il a échangé plusieurs grands joueurs comme Lanny McDonald et Tiger Williams. Quand il a envoyé McDonald aux Rockies du Colorado en 1981, j’ai rendu mon titre de capitaine pour protester. J’ai toujours cru qu’il fallait se tenir debout pour ses convictions.

Tiger Williams

Tiger Williams

Darryl Sittler est mon meilleur ami. C’était un grand joueur et je lui dois mon plus beau souvenir de mon passage avec les Leafs : la soirée record au cours de laquelle il avait marqué six buts et récolté quatre aides. Au-delà d’être un joueur extraordinaire, il est un être humain extraordinaire tous les jours de sa vie.

Pour ce qui est de Punch Imlach, je n’ai rien de bon à dire à son sujet. Je ne dirai donc rien d’autre.

Le deuxième règne de Punch Imlach a été de courte durée avec les Maple Leafs. Arrivé en juillet 1979, il a été remplacé en octobre 1981 après avoir subi une troisième crise cardiaque.

Il a été remplacé par Gerry McNamara au camp d’entraînement et ce dernier est resté en poste de 1981 à février 1988. Les Leafs n’ont gagné qu'une seule série au cours de ces huit années.

Il faut dire que pendant ce temps, Harold Ballard en menait toujours aussi large.

Dan Daoust

Dan Daoust

Attaquant

1982-1990

J’ai disputé quatre matchs avec le Canadien en 1982 avant d’être échangé aux Leafs. J’étais sous le choc. J’étais déçu de quitter l’équipe de mon enfance pour me joindre à une équipe bien ordinaire qui n’aspirait pas à la Coupe Stanley.

Heureusement qu’il y avait quelques joueurs d’exception comme Börje Salming. Il était l’un des premiers Européens à jouer dans la Ligue nationale et il se faisait souvent insulter par nos adversaires parce qu’il était Suédois. Les Broad Street Bullies (le surnom donné aux Flyers de Philadelphie dans les années 70) l’appelaient « Chicken Swede ». Il encaissait les coups et les rendait. Il ne reculait devant personne. Mais l’équipe était encore minée par l’instabilité de la direction.

Un jeune partisan des Leafs désabusé
Un jeune partisan des Leafs désabusé
Photo : Mike Slaughter/Toronto Star via Getty Images
Vincent Damphousse

Vincent Damphousse

Attaquant

1986-1991

J’ai eu quatre entraîneurs en cinq ans avec les Leafs [John Brophy, George Armstrong, Doug Carpenter et Tom Watt, NDLR ]. John Brophy était un peu spécial, mais il me faisait confiance et j’ai eu une bonne première saison avec 21 buts. L’équipe a atteint le deuxième tour des séries. On a perdu de justesse contre les Red Wings. Ces années-là, la LNH était dominée par les Oilers, le Canadien et les Flames.

Daniel Marois

Daniel Marois

Attaquant

1988-1992

On avait beaucoup de libertés individuelles sur la glace. Disons que les systèmes de jeux n’étaient pas trop rigides. On gagnait souvent des matchs 8-6. C’était agréable pour les statistiques, mais aujourd’hui on ne gagnerait pas beaucoup comme ça. Les entraîneurs étaient souvent remplacés et, avec le recul, ça n’avait aucun bon sens. Mais sur le coup, on se disait go go go et on allait jouer.

Dan Daoust

Dan Daoust

Je n’aime pas dire cela, mais avec un bon entraîneur et de bons gestionnaires, les Leafs auraient été meilleurs dans les années 80. L’instabilité était la plus grande faiblesse de l’équipe : les gens ne tiraient pas tous dans la même direction. Le président (Harold Ballard) dictait les décisions au directeur général. Des fois, le DG disait publiquement que tel joueur n’était pas dans la ligne de mire des Leafs et le lendemain il apparaissait dans le vestiaire.

Vincent Damphousse

Vincent Damphousse

D’Harold Ballard, je garde l’image d’un vieux monsieur qui prenait des décisions impulsives. Il était malade et préoccupé par des chicanes de famille au sujet de sa succession. Il avait un chien qui s’appelait Puck et qui jappait et sautait dans les vitres durant les entraînements. Le chien était même sur la photo d’équipe et il fallait attendre que le chien regarde la caméra pour prendre la photo. Le photographe criait « Puck Puck Puck » pour attirer l’attention du chien. Tout ça n’avait aucun sens.

Daniel Marois

Daniel Marois

J’avais une belle relation avec Ballard malgré tout. Il prenait le temps de venir me voir et essayait même de me parler en français. Il a peut-être pris des décisions qui n’avaient pas d’allure, mais je n’en ai pas eu connaissance.

Dan Daoust

Dan Daoust

Les décisions surprenantes de la direction étaient très nombreuses. Ils ont enlevé le titre de capitaine à Rick Vaive en plein milieu de la saison lors d’un voyage au Minnesota. Ils n’ont jamais justifié leur décision et, surtout, n’ont nommé personne pour le remplacer. Ça a été un dur coup pour notre moral. Les transactions douteuses se multipliaient. Quand tu échanges Russ Courtnall contre John Kordic, tu ne peux pas dire que tu améliores ton équipe.

Vincent Damphousse

Vincent Damphousse

J’ai été échangé en plein camp d’entraînement en 1991 aux Oilers d’Edmonton et le coup a été très dur à encaisser. Ç’a été difficile, mais avec du recul c’est la meilleure chose qui pouvait arriver à ma carrière. L’équipe a commencé à se replacer un peu après mon départ. L’arrivée de Cliff Fletcher, qui m’a échangé, a redonné de la crédibilité aux Leafs.

Daniel Marois

Daniel Marois

Si je me souviens bien, lors d’une saison, nous avions eu une cinquantaine de joueurs différents. C’était rendu ridicule.

Chapitre 3

Le redressement

Harold Ballard meurt en août 1990. Cliff Fletcher devient président et directeur général un an plus tard, en juillet 1991. Dès sa première saison, il réalise plusieurs transactions majeures et obtient notamment Dave Andreychuk et Doug Gilmour. Ce dernier a conclu la saison 1992-1993 au 7e rang des marqueurs de la LNH avec 127 points, puis au 4e rang la saison suivante avec 111 points.

Andreychuk et Gilmour n’ont pas été les seules acquisitions de Fletcher. Il a fait 22 échanges de juillet 1991 à 1993.

Ce noyau renouvelé permettra aux Leafs de s’approcher de la Coupe… L’équipe, maintenant dirigée par Pat Burns, atteint les demi-finales en 93 et en 94.

Cliff Fletcher a réalisé 22 échanges de juillet 1991 à juillet 1993, dont 3 majeurs

19 septembre 1991, 7 joueurs avec Edmonton
À Toronto : Glenn Anderson, Craig Berube, Grant Fuhr.
À Edmonton : Vincent Damphousse, Peter Ing, Luke Richardson, Scott Thornton.

2 janvier 1992, 10 joueurs avec Calgary
À Toronto : Doug Gilmour, Jamie Macoun, Kent Manderville, Ric Nattress, Rick Warmsley.
À Calgary : Craig Berube, Alexander Godynyuk, Gary Leeman, Michel Petit, Jeff Reese.

2 février 1993, 3 joueurs et 2 choix avec Buffalo
À Toronto : Dave Andreychuk, Daren Puppa, choix de premier tour des Sabres en 1993.
À Buffalo : Grant Fuhr et un choix de cinquième tour en 1995.

Source : nhltradetracker.com

Wendel Clark

Wendel Clark

Attaquant

1985-1994, 1996-1998, 2000

Cliff Fletcher a réalisé des échanges importants dès son arrivée en allant chercher des piliers pour bâtir un club solide. L’apport de Doug Gilmour et de Dave Andreychuk est indéniable. Il est aussi celui qui a embauché Pat Burns en 1992. Pat nous a fait travailler ensemble et nous avons connu quelques bonnes saisons à partir de ce moment.

Wendel Clark (gauche) et Doug Gilmour, deux piliers des Maple Leafs dans les années 1990.
Wendel Clark (gauche) et Doug Gilmour, deux piliers des Maple Leafs dans les années 1990.
Photo : Mike Blake, Reuters
Dave Andreychuk

Dave Andreychuk

Attaquant

1993-1996

Pat Burns a joué un grand rôle dans nos parcours éliminatoires en 1993 et 1994. Il savait nous protéger de la pression et tirer le meilleur de nous-mêmes. Il était un motivateur hors pair. Il dégageait une image austère à l'extérieur, mais il avait beaucoup de respect pour ses vétérans comme moi, Wendel Clark et Doug Gilmour. Je me souviens surtout de nos discussions sur tout et sur rien plutôt que de ses colères répétées sur le banc.

Félix Potvin

Félix Potvin

Gardien de but

1992-1999

Pat Burns était un excellent entraîneur. Il était très exigeant, mais il était juste avec les joueurs. Nous avions une confiance aveugle en lui. Au début des séries en 1993, on pensait vraiment qu’on avait de bonnes chances de gagner la Coupe.

On a commencé les séries avec deux défaites contre les Red Wings, mais on s’est ressaisi pour gagner en sept, sur leur patinoire en plus. On a aussi gagné en sept matchs contre les Blues. Quand tu sors vainqueur de ce genre de séries, ça dissipe bien des doutes.

Notre victoire contre les Blues est sans doute mon meilleur souvenir avec les Leafs. Nous avons gagné le septième match 6-0 à Toronto. L’ambiance était extraordinaire dans le Maple Leaf Gardens et dans la rue. Il y avait du monde partout, comme si on avait gagné la Coupe Stanley. C’était extraordinaire.

En finale de l'Association Clarence-Campbell en 1993, les Maple Leafs affrontent les Kings de Wayne Gretzky. Les Leafs peuvent éliminer leurs rivaux lors du sixième match à Los Angeles pour ainsi rejoindre le Canadien de Montréal en finale dans ce qui aurait été une première finale entre ces deux clubs canadiens en 26 ans.

Glenn Anderson est puni dans les dernières secondes du match. C’est l’égalité 4-4. Les Kings amorcent la prolongation en supériorité numérique au cours de laquelle Wayne Gretzky coupe Doug Gilmour au visage avec son bâton. L’arbitre du match, Kerry Fraser, reconnaît aujourd’hui que le geste aurait mérité une punition, mais l’action lui a échappé.

Un arbitre ne sanctionne pas un geste qu’il n’a pas vu.

Quelques secondes plus tard, Gretzky marquait le but de la victoire, avant de mener son équipe à la grande finale avec trois buts et une passe dans le septième match à Toronto, une autre victoire de 5-4 des Kings.

Dave Andreychuk

Dave Andreychuk

Si on parle encore de l’incident Gretzky-Gilmour aujourd’hui, c’est parce qu’il opposait deux des meilleurs joueurs de l’époque. Ça arrive souvent en match que les officiels ne prennent pas les bonnes décisions, sauf que cette fois-là, la décision a eu un immense impact sur le résultat du match et de la série.

Wendel Clark

Wendel Clark

Dans le feu de l’action, il fallait continuer à jouer et à rester concentrés. On ne pouvait pas s’arrêter à ça. Au départ, les partisans étaient plus fâchés que nous. On a davantage ressenti de la frustration après coup.

Félix Potvin

Félix Potvin

Ça a vraiment été crève-cœur de perdre ce match-là et encore plus le septième à Toronto. Wayne Gretzky a pris les choses en main avec le meilleur match de sa carrière selon ses propres dires. J’étais jeune, j’étais déçu, mais je me disais que j’aurais encore souvent la chance de gagner la Coupe Stanley. Ce n’est pas arrivé. C’est là, en tant qu’athlète, que tu réalises que lorsque tu es si près du but, il faut en faire encore plus.

Félix Potvin en 1998
Félix Potvin en 1998
Photo : Ian Tomlinson/Allsport/Getty Images
Dave Andreychuk

Dave Andreychuk

Il ne nous manquait vraiment pas grand-chose cette année-là. Les quatre dernières équipes en séries [Toronto, Los Angeles, Islanders de New York et Montréal, NDLR] auraient pu gagner la Coupe. Quand tu perds une série en sept matchs devant un Wayne Gretzky magistral, c’est signe que tu n’es vraiment pas loin. Ça prend un peu de chance pour gagner aussi.

Wendel Clark

Wendel Clark

C’était malgré tout un plaisir de jouer cette série. Si l'on avait affronté Montréal en finale, je crois qu’on aurait fermé le pays au complet pendant deux semaines!

Félix Potvin

Félix Potvin

Les gens de Toronto me parlent encore des séries 1993 et 1994. On n’a pas à rougir de notre performance. On n’a pas ramené la Coupe, mais on a quand même réalisé un parcours que les partisans n’ont pas oublié.

Depuis 1993, les Leafs ont atteint trois autres fois la finale d’association. C’est une fois de plus que le Canadien.

En finale de l’Association Clarence-Campbell en 1994, les Leafs s’inclinent en cinq matchs devant les Canucks de Vancouver.

En finale de l’Association de l’Est en 1999, même résultat : une élimination en cinq matchs contre les Sabres de Buffalo.

La plus récente apparition des Leafs dans le carré d’as remonte à 2002 : une défaite en six matchs contre les Hurricanes de la Caroline.

Yanic Perreault

Yanic Perreault

Attaquant

1993-1994, 1998-2001, 2007

Pat Quinn était notre entraîneur en 1999 [Quinn a entraîné les Leafs de 1998 à 2006, NDLR] et on avait perdu contre les Sabres de Dominik Hasek. C’était les bonnes années d’Hasek. Notre force dans ces années-là était notre équilibre. On avait trois trios capables de générer de l’attaque, un peu comme les équipes d’aujourd’hui. À l’époque, c’était généralement deux trios offensifs, un trio de plombiers et un trio de costauds.

Darcy Tucker

Darcy Tucker

Attaquant

2000-2008

Pat Quinn était plus qu’un entraîneur pour moi, c’était un mentor sur la glace et dans ma vie. Je suis aujourd’hui entraîneur des équipes de mes garçons et je me sers beaucoup de ses enseignements. On avait une très bonne équipe en 2002. Nous avions plusieurs bons joueurs qui étaient surtout des bons gars.

En 2002, on a battu les Islanders de New York et les Sénateurs en sept matchs. C’était des séries très éprouvantes physiquement. Quand tu dépenses autant d’énergie, ça devient difficile de gagner la suivante. Je me souviens que le gardien des Hurricanes Arturs Irbe avait connu des séries extraordinaires. De notre côté, on avait eu du mal à se remettre de la perte de Mats Sundin qui s’était blessé et n’avait joué que huit matchs des séries.

13 mai 2013 : les Bruins éliminent les Maple Leafs en prolongation du septième match du premier tour éliminatoire.
13 mai 2013 : les Bruins éliminent les Maple Leafs en prolongation du septième match du premier tour éliminatoire.
Photo : Jared Wickerham/Getty Images
Yanic Perreault

Yanic Perreault

Il nous manquait toujours quelques bons joueurs. Je me souviens que des clubs comme New Jersey ou le Colorado obtenaient toujours du renfort à la date limite des transactions. On n’était pas si loin.

Le directeur général Cliff Fletcher a vraiment redonné du lustre à l’équipe après le creux de vague des années 80. C’était une organisation de première classe, digne des équipes comme le Canadien ou les Blackhawks de Chicago.

Darcy Tucker

Darcy Tucker

Ça a été un honneur pour moi de faire partie d’une organisation aussi prestigieuse que les Maple Leafs, même si j’étais détesté dans tous les autres amphithéâtres. J’étais prêt à tout pour déranger l’adversaire et pour aider mon équipe à gagner.

On a raté les séries à mes trois dernières saisons à Toronto, mais par quelques points chaque fois. On était une bonne équipe malgré tout. On a eu quelques beaux parcours, mais encore aujourd’hui, je demeure extrêmement déçu de ne pas avoir gagné la Coupe à Toronto.

Chapitre 4

L’espoir retrouvé

De 2005 à 2017, les Leafs n’ont que deux présences en séries éliminatoires. D’abord, une défaite au premier tour en sept matchs contre Boston en 2013. Les Leafs menaient 4-1 avec 15 minutes à faire au septième match. Patrice Bergeron a marqué le but égalisateur et le but gagnant pour les Bruins.

Puis arrive le triumvirat de recrues Auston Matthews, Mitch Marner et William Nylander. Les trois derniers choix de premier tour des Leafs, trois prodiges, ont redonné espoir au public torontois. Les trois sont déjà des rouages importants de la formation torontoise avec les vétérans James van Riemsdyk et Nazem Kadri.

Ce printemps, les Maple Leafs sont finalement tombés en six matchs devant les puissants Capitals de Washington.

L’entraîneur Mike Babcock, deux fois médaillé d’or olympique et champion de la Coupe Stanley avec Détroit en 2008, est synonyme de crédibilité. Avec Brendan Shanahan à la présidence et Lou Lamoriello au poste de directeur général, les pièces du casse-tête semblent tomber en place.

Est-ce que ce sera suffisant pour mettre fin à la disette torontoise?

Dave Keon

Dave Keon

Ça prend des joueurs au sommet de leur art et ça prend aussi de la chance pour gagner la Coupe. Et encore là, c’est parfois insuffisant.

Vincent Damphousse

Vincent Damphousse

Ça prend du talent pour gagner et pour ça, il faut bien repêcher. Il faut donner une vraie identité à l’équipe et les joueurs doivent être fiers de jouer pour l’organisation. Ils viennent de réaliser un changement de cap majeur. Ce n’est pas le premier, mais je pense que cette fois, ils sont vraiment sur la bonne voie.

Dave Andreychuk

Dave Andreychuk

Cette équipe a eu son lot de déceptions. Ils ont eu plusieurs très bons joueurs qui ne se sont pas développés comme on l’espérait, souvent parce que la pression peut être étouffante à Toronto.

Yanic Perreault

Yanic Perreault

Quand tu gagnes une série ou deux, la population embarque vraiment fort. Les gens de Toronto ont vraiment hâte depuis longtemps de gagner.

Darryl Sittler

Darryl Sittler

C’est encore plus dur de gagner la Coupe aujourd’hui dans une ligue à 30 équipes. On commence à mettre les pièces ensemble, mais ne sautons pas les étapes. Nous étions derniers l’an passé.

Auston Matthews
Auston Matthews
Photo : Bruce Bennett/Getty Images
Wendel Clark

Wendel Clark

J’étais sincèrement heureux quand Auston Matthews a battu mon record de buts pour une recrue [40 pour Matthews contre 34 pour Clark en 1986, NDLR]. Matthews est tellement fort et ses mains sont tellement rapides. Lui et Mitch Marner sont des joueurs extraordinaires.

Darcy Tucker

Darcy Tucker

Cette jeune équipe m’impressionne depuis le début de l’année. Ce qui m’impressionne le plus, c’est qu’ils soient si bons, si jeunes. Ça montre la qualité du repêchage des dernières années.

Paul Henderson

Paul Henderson

Les Leafs forment, à mes yeux, l’équipe la plus agréable à regarder jouer cette année, après avoir longtemps été la plus ennuyeuse. La nouvelle administration a changé la culture de l’organisation en mieux. Et les joueurs n’ont pas le choix de donner l’effort maximal, car ils savent que Mike Babcock est là pour longtemps.

Tiger Williams

Tiger Williams

Il n’y a qu’une place dans mon cœur et elle est encore réservée aux Leafs après toutes ces années. L’organisation ne m’a jamais laissé tomber, même après la fin de ma carrière. Maintenant, il faut arrêter de parler du passé. Il faut parler d’aujourd’hui et de demain. Parce que cette équipe que j’aime est très solide.

Daniel Marois

Daniel Marois

Les Leafs ont gagné leur dernière Coupe l’année avant ma naissance. J’espère que la prochaine ne viendra pas seulement l’année après ma mort.

Dave Keon

Dave Keon

Personne ne pensait que ce serait si long avant que les Leafs gagnent à nouveau la Coupe Stanley, mais ce n’est pas la seule équipe à qui c’est arrivé. Chicago a attendu 49 ans avant de gagner (de 1961 à 2010) et Détroit 42 ans (de 1955 à 1997). Montréal approche la marque des 25 ans. Ça prouve à quel point c’est difficile de gagner. Il faut vraiment l’apprécier quand ça nous arrive.

Johnny Bower

Johnny Bower

Je n’arrive toujours pas à croire que ça fait déjà 50 ans. Il faut être patient parce que gagner la Coupe, c’est extraordinaire. J’espère revivre une Coupe Stanley à Toronto avant mon grand départ. J’ai 92 ans…

Johnny Bower
Johnny Bower
Photo : Aleimages/Getty Images

Photo en couverture : Le 30 mai 1993, les Maple Leafs perdent le 7e match de la finale de l’Association Clarence-Campbell contre les Kings de Los Angeles de Wayne Gretzky.
Ron Bull/Toronto Star via Getty Images