Trent McCleary

Aucun regret

Trent McCleary Trent McCleary Trent McCleary
Signature de Trent McCleary

Un après-midi de janvier 2000, Trent McCleary, du Canadien de Montréal, est passé à un cheveu de mourir sur la glace. « En une seconde, cet impact allait définir ma vie », raconte-t-il aujourd'hui. McCleary revient sur cet événement qui a marqué une génération d'amateurs.

Par Trent McCleary, ex-joueur de la LNH

Si c'était à refaire?

Oui, je me jetterais de nouveau devant ce tir. Sans aucune hésitation. À 100 %. Même en sachant ce qui est arrivé.

Même en sachant que cette rondelle, en détruisant mon larynx, ferait en sorte qu’à peine quelques secondes plus tard, l’oxygène ne serait plus en mesure d’atteindre mes poumons. Que je cracherais du sang à profusion. Que je passerais à un cheveu de la mort, sur la glace de ce qui s’appelait à l’époque le Centre Molson, cet après-midi du 29 janvier 2000 devant 20 000 personnes et des centaines de milliers de téléspectateurs.

Je le referais. Mais disons que j'essaierais de me synchroniser un peu mieux...

Je le referais tout simplement parce que pour moi, Trent McCleary, à qui personne n'avait prédit d’avenir dans la Ligue nationale de hockey, il n'existait aucune autre façon de jouer.

Parce que si je n'avais pas été le genre de joueur à me jeter devant ce lourd lancer frappé du défenseur Chris Therien, des Flyers de Philadelphie, je n'aurais de toute façon jamais été en uniforme ce jour-là. Je n'aurais jamais joué un seul match dans la meilleure ligue de hockey du monde.

En voyant la rondelle ricocher sur la bande et se diriger vers Therien qui amorçait sa motion, j'ai instinctivement fait ce que j'étais payé pour faire, ce que j’avais toujours fait et ce que mon style de jeu et mon rôle de joueur de soutien avec le Canadien commandaient : je me suis jeté dans la ligne de tir que mon instinct dessinait entre Therien et notre gardien Jeff Hackett.

Ça s'est passé au ralenti dans ma tête tout au long de ma glissade. Comme la rondelle prenait un peu plus de temps que prévu à arriver au défenseur des Flyers, je me suis d'abord dit que, plutôt que mes jambières, la rondelle frapperait mes culottes.

Puis, je me suis dit qu'elle frapperait mon abdomen. Puis, ma poitrine.

Mais une fraction de seconde plus tard, je l'ai reçue en pleine gorge.

Revoyez l'incident survenu le 29 janvier 2000 au Centre Molson.
(Images : Radio-Canada Sports)

C'était il y a plus de 17 ans. J'étais un jeune gars de 27 ans dans une équipe prestigieuse, j'avais une fiancée, Tammy, qui était dans les gradins ce jour-là. Bref, tout allait merveilleusement bien.

Puis, en une seconde, cet impact qui allait définir ma vie. Mettre un point final à ma carrière de joueur de ce sport, le hockey, qui me passionne encore autant aujourd'hui. Cette passion qui me pousse à fermer la porte de mon bureau après ma journée de travail et à me rendre en vitesse vers l'aréna de Swift Current, cette petite ville de Saskatchewan qui est la mienne, pour aller diriger une séance d'entraînement de mon équipe bantam.

Encore aujourd'hui, on me reparle de l’incident. Mon ami Clint Malarchuk, un gardien qui avait été coupé à la gorge par une lame de patin en plein match, est devenu « The Cut », la coupure. Cet événement le définit maintenant et le définira jusqu'à la fin de sa vie dans l'esprit des amateurs.

Moi, depuis ce samedi après-midi de janvier 2000, je suis « The Shot ». Le lancer.

Je suis celui qui a failli mourir sur la glace du Canadien de Montréal en plein match, à la télé nationale.

Et ça ne me dérange pas du tout.

Trent McCleary
(Photo : Corla Rockochy)

Ce que j'en garde? En gros, une voix parfois graveleuse et un court souvenir de ce qui s'est passé sur la glace immédiatement après le choc.

D'abord, cette douleur instantanée et intense.

Puis, cette sensation soudaine de respirer de plus en plus difficilement, comme à travers une paille dont le diamètre s'amoindrirait rapidement à mesure que les secondes s'écoulent.

Et cette question qui, durant cet intervalle à la fois court et interminable, résonne sans cesse dans ma tête pendant que la foule médusée se demande ce qui se passe :

Mais pourquoi diable est-ce que je ne parviens pas à respirer?

Entouré de plusieurs coéquipiers penchés sur moi, je me relève, je fais sauter mon casque et je me dirige, confus, vers le banc de mon équipe.

Je n’arrive plus à respirer.

Mais qu’est-ce qui se passe?

Tout ce temps, le problème n’est pas tant que l’oxygène n’entrait plus : c’est davantage le gaz carbonique qui ne sort pas. C’est ce poison que je n’arrive pas à expulser et qui s’accumule dans mon corps.

Une fois rendu à la bande, je fais un premier pas hors de la patinoire. Mais à peine engagé dans le tunnel menant au vestiaire, je sens mes genoux fléchir au point où deux coéquipiers doivent me retenir pour que je ne m'écroule pas.

Jusque-là, curieusement, malgré toute cette panique, je me disais que j'allais tout au plus rater le reste de la période. Pas le reste de ma carrière.

Juste avant ce moment, je n'avais aucune idée jusqu'à quel point la rondelle avait ravagé les os de mon larynx. À quel point les secondes étaient comptées, à quel point la mort me respirait déjà dans la nuque.

Puis, je perds conscience dans les bras de mes coéquipiers.

Après, plus rien.

Aucun souvenir du moment où les soigneurs m'ont allongé sur la table du thérapeute ni du moment où, pris d'une panique incontrôlable, j'ai empoigné l'un d'eux pour le lancer par-dessus la table.

Aucun souvenir de tout ce chaos, de mon agitation incontrôlée, de cette ambiance de panique qui règne dans cette petite salle sous les gradins. De tout ce sang qui sort de ma bouche et qui se répand sur la table, sur le sol, sur mon chandail, sur les mains des médecins et des soigneurs qui tentent tant bien que mal de contenir le petit mais fougueux athlète que je suis, à la fois inconscient et en pleine détresse.

Aucun souvenir du Dr Fleiszer qui m'enfonce une aiguille dans la gorge pour m'alimenter tant bien que mal en oxygène après être descendu en catastrophe des gradins.

Aucun souvenir non plus de ce transport en ambulance vers l'Hôpital général de Montréal, tout juste en haut, en empruntant la rue de la Montagne. Ce trajet pendant lequel les médecins se demandent si, malgré tous leurs efforts, je survivrai à ce cauchemar.

Je n’ai donc rien vu de toute cette chance qui s’est placée sur ma route ni du résultat de l’alerte lancée entre-temps au personnel de l’hôpital par le CH. Tous ces feux verts synchronisés sur notre trajet. Cet ascenseur qui m’attend à mon arrivée. La présence de l’anesthésiste en chef cet après-midi-là.

Aucun souvenir non plus de la trachéotomie pratiquée en toute urgence alors que, sur la table d’opération, je portais encore la majeure partie de mon équipement, y compris mes patins.

Tout était parfait. Et c’est la seule raison pour laquelle je suis encore ici pour en parler.

Mes premiers souvenirs me ramènent plutôt aux jours qui ont suivi. Surtout à cet insupportable sentiment d’impuissance.

Lorsqu’on reprend conscience après un tel événement, on est exactement dans le même état que lorsqu’on s’est évanoui. Dans mon cas, c’était donc la panique. Pour contrer cela, les médecins m’ont administré une substance paralysante.

Me voilà donc étendu dans mon lit d’hôpital, éveillé, mais incapable de bouger quoi que ce soit et sans savoir pourquoi.

Je ne peux ni bouger un doigt ni ouvrir les yeux, mais j’entends parfaitement les médecins parler.

Soudainement, on soulève mes paupières et l'on vérifie l’état de mes pupilles pour s’assurer qu’elles sont également dilatées. On le sait, des pupilles dilatées à des degrés différents indiquent souvent la présence d’importants dommages au cerveau. Or, exactement cinq ans auparavant, le 29 janvier 1995, dans les rangs juniors, j’avais subi une blessure à un œil qui, en plus de presque mettre fin à ma carrière, avait nui à jamais à la dilatation de l’une de mes pupilles.

Alors me voilà incapable de bouger à côté de médecins qui pensent que je suis en état de mort cérébrale!

C’est de la torture. Je ne peux ni parler ni m’exprimer d’aucune façon. Alors, je me mets à suer, ce qui fait maintenant craindre aux médecins que je souffre d’une infection.

Finalement, ils se mettent à me parler, à essayer de communiquer avec moi, et je finis par bouger un peu. Puis de plus en plus. Puis je parviens tant bien que mal à écrire.

- Mais que s’est-il donc passé? Je jouais au hockey et… Mais où suis-je?

Je les sens soulagés. Ils n’avaient aucune idée… Une fois qu’ils étaient parvenus à m’intuber, ils savaient que l’air pouvait entrer et le gaz carbonique, sortir. Mais c’était là leur seule certitude.

Ils réalisent maintenant que je n’ai pas subi de dommages au cerveau. Ils prélèvent du sang périodiquement pendant toute une journée, me disent qu’il contient du poison comme si c’était le sang d’un mort.

Ils m’expliquent que je suis passé à quelques minutes, quelques secondes, de la mort.

Trent McCleary
(Photo : Corla Rockochy)

C’est incroyable de constater à quel point on s’affaiblit rapidement. J’étais l’un des athlètes professionnels les plus en forme. Deux jours plus tard, j’arrive à peine à marcher jusqu’au bout du couloir.

Je sors enfin de ma chambre quelques jours plus tard pour me rendre dans la salle de conférence de presse du Centre Bell. Là, je suis assommé de voir ce que je vois.

La salle est remplie de journalistes et de caméras. Les flashs explosent de partout. Pour moi.

Vraiment? Vous n’avez rien d’autre à couvrir aujourd’hui? C’est fou. Je vais bien voyons!

Encore aujourd’hui, je n’en reviens pas des proportions que cet incident a prises. J’ai même des amis qui étaient au Mexique ces jours-là et qui, quand ils en sont revenus, m’ont dit que mon histoire avait été racontée par toutes les stations de télé là-bas : un gars est presque mort sur une patinoire au Canada, en pleine télé.

C’est là où j’ai réalisé que bien peu de joueurs ont effectivement perdu la vie pendant un match. Je réalise maintenant pourquoi mon histoire est devenue si grosse.

Mais à ce moment-là de ma vie, je ne comprends pas et surtout, je ne veux pas ça. Je n’ai que 27 ans, tout ce que je veux, c’est pouvoir jouer à nouveau. Je ne veux pas l’attention des médias. Je veux marquer des buts.

Je veux jouer au hockey, messieurs et mesdames les journalistes. Ne faites pas une trop grosse histoire avec ce que je viens de vivre, parce que de toute façon, pas de doute, vous me reverrez bientôt sur la glace.

Mes premiers souvenirs me ramènent aussi à ces premiers jours et ces premières semaines où je pouvais à peine m’exprimer, où je n’arrivais pas à écrire aussi vite que défilaient mes pensées.

À ces moments où, incapable de parler, je me présentais dans l'un des commerces situés près de mon condo du centre-ville. En voyant entrer un gars incapable de parler et tenant une tablette un crayon, les clients, après un moment de doute, exprimaient fortement ce qu'ils venaient de réaliser : hé, c'est lui le gars, c'est Trent!

D'ailleurs, j'ai toujours trouvé drôle cette situation. Pour une raison que j'ignore, les gens se sont mis à me parler fort! Partout! Presque en criant. Je n'étais pas sourd pourtant, j'étais simplement incapable de parler. Mais c'était comme ça. Je pouvais être assis dans un restaurant avec ma femme (elle qui mangeait un repas normal, moi qui buvait un milk shake en raison de ma gorge démolie...), et les clients autour me parlaient en criant.

Mais c'était fait de façon gentille. C'était juste drôle.

Trent McCleary tient une affiche d’encouragement qu’on lui a offerte le jour de la conférence de presse au Centre Bell.
Trent McCleary tient une affiche d’encouragement qu’on lui a offerte le jour de la conférence de presse au Centre Bell.
(Photo : Ryan Remiorz/Presse canadienne)

Parlant de milk shakes, je garde aussi un souvenir impérissable du supplément alimentaire liquide Boost. Comme il m'était carrément impossible de manger au début, les médecins refusaient de me donner mon congé de l’hôpital avant que je sois capable de boire. J'ai vécu en buvant du Boost pendant six semaines. J'ai goûté à toutes les saveurs!

Je n'en ai pas avalé un seul depuis, croyez-moi.

Si se jeter devant un projectile comme le tir d'un gros défenseur de la LNH était si naturel pour moi, c'est que j'ai toujours dû trimer dur pour atteindre mon but, un but auquel pas grand monde autour de moi croyait.

Prenez ma simple présence dans la formation du Canadien cette saison-là.

Fin de l’été 1998. J'avais joué brièvement pour les Bruins de Boston deux ans plus tôt. C'était encore eux qui détenaient les droits sur moi, mais je ne faisais plus partie de leurs plans. Ils m'avaient offert un contrat à deux volets, j'avais refusé et étais parti jouer à Las Vegas... Bref, je n'avais plus le droit de jouer ailleurs dans la LNH.

J'étais donc assis chez moi, ici à Swift Current, pendant que s'ouvraient les camps d'entraînement de la LNH.

L'un de mes amis de longue date ici, Mark Habscheid, m'a alors posé cette simple question : pourquoi n'irais-tu pas demander ta libération en personne à Harry Sinden, le légendaire directeur général des Bruins? Pas au téléphone. Face à face. D'homme à homme.

Alors je suis monté dans mon auto en Saskatchewan, et j'ai conduit d'un trait jusqu'à Boston. Le lendemain matin, je me suis rendu au complexe d'entraînement des Bruins. Sinden était là, avec ses proches et des journalistes. Alors, je lui ai directement demandé de me libérer.

En grognant, il a acquiescé.

J'ai aussitôt remonté dans mon auto et j'ai conduit jusqu'à Ottawa, où se trouvait mon agent. Il a donné quelques coups de fil dans la LNH, dont un à Alain Vigneault, alors entraîneur-chef du CH, que j'avais côtoyé à ses années comme adjoint avec les Sénateurs.

Alain a hésité. Le camp était commencé, ils avaient déjà retranché des joueurs... Mais il a finalement accepté de m’accueillir.

Je me suis donc présenté en catastrophe au camp à Mont-Tremblant. Et j'ai tout donné ce que j'avais.

J'avais raté le début du camp, j'étais donc en retard sur les autres. Pas le choix, il fallait que je me fasse remarquer. J'étais comme le diable de Tasmanie sur la glace. J’ai eu maille à partir avec Dave Manson, je me suis battu contre Igor Ulanov.

Et je me suis taillé une place dans l'équipe.

Quand je m'étais présenté au camp, tout le monde se demandait qui j'étais. Mais j'ai fait ce qu'il fallait pour obtenir un poste.

Toute ma carrière est là : j'aurais fait n'importe quoi pour mon équipe.

Je n'ai qu'un seul regret : ne jamais avoir eu l'occasion de me jeter devant un autre lancer frappé avant de devoir dire adieu à ma carrière de joueur.

Pourtant, dès la saison suivante, j'ai tenté un retour au jeu. Je me suis entraîné comme jamais durant l'été. J'y croyais.

J'ai travaillé plus fort que jamais. Aussi fort que je le devais. Parce que j'ai toujours retiré beaucoup de fierté du fait d'être parmi les gars les plus en forme de l'équipe. J'ai fait le même entraînement qu’à chacun des étés précédents, mais encore plus fort.

Mon collègue d'entraînement savait pertinemment que je n'y arriverais pas, mais il ne m'en a rien dit. Il devait trop craindre que je le frappe!

J'étais en plein déni. Si quelqu'un peut se remettre d'une telle blessure, pourquoi pas moi? Après tout, j'ai battu tous les pronostics pour aboutir dans la LNH. Personne ne me voyait me rendre si loin et j’y suis arrivé.

Mais justement, je revenais de si loin. Et tout le monde le voyait. Ça sautait aux yeux. Pendant le camp d'entraînement, je ne récupérais plus aussi vite. Mes présences sur la glace étaient plus courtes.

Et après l'accident, mon poids était descendu à 64 kg (140 lb), moi qui, déjà, avais toujours eu de la difficulté à prendre des kilos.

Tout au long du camp, le médecin du Canadien, le Dr David Mulder, me surveillait. Il me disait : joue un match préparatoire, Trent. Nous discuterons ensuite.

J'ai joué finalement joué ce match, contre les Bruins de Boston.

Puis nous avons parlé, le Dr Mulder et moi. En gros, il m'a simplement expliqué ce que je savais déjà : « Sans apport d'oxygène suffisant, ton corps ne peut récupérer de manière adéquate. Si tu ne peux pas récupérer, tu ne peux pas te tasser du chemin. Et si tu ne peux pas te tasser du chemin, tu peux te faire mal. »

Il m'a donc annoncé qu’il me retirait ma permission médicale de jouer.

Le Dr Mulder a été parfait. Il m'a dit : « Trent, je sais. Ne t'inquiète pas. Tu n'abandonnes pas. C'est moi qui retire ta permission. C’est moi, pas toi. »

Au fond, j'ai probablement subi la meilleure blessure qui existe pour mettre fin à une carrière.

Je regarde aujourd'hui Marc Savard, qui a été victime de plusieurs commotions cérébrales et qui souffre encore aujourd’hui, des années plus tard, de maux de tête récurrents et de sensibilité à la lumière.

Moi? Ma seule séquelle, c’est de ne plus pouvoir jouer au hockey parce que je suis incapable d'avoir le même apport d'oxygène que le meilleur 0,5 % de la population mondiale. C'est tout.

Et honnêtement, ça me donne une excuse parfaite dans certaines situations. Pensez-vous vraiment que je fais des replis défensifs quand je joue au hockey dans ma ligue de garage? « Quoi, back-checker, moi? Impossible, je n'ai pas assez d'oxygène... »

J'aurais tant voulu bloquer un dernier tir. Pour convaincre tous ceux qui se demandaient si j'avais peur de le refaire.

La réponse est limpide dans ma tête : non, je n'avais pas peur. Je l'aurais fait à nouveau sans même y réfléchir. Je l'avais fait des centaines de fois, des tirs foudroyants, des tirs faits par de gros défenseurs comme Dmitri Filiminov, vous vous souvenez? Des armoires à glace russes, des gars qui mettaient tout leur poids derrière la rondelle. Des tirs qui faisaient mal à encaisser.

Mais dans ce match préparatoire contre les Bruins, je n'en ai jamais eu l'occasion.

Puis après coup, le Dr Mulder a pris la décision intelligente qu'il fallait prendre. C'était fini pour moi.

Aujourd'hui, je suis conseiller financier à Swift Current et, le soir et les fins de semaine, j’entraîne une équipe de hockey bantam. Eh oui, je montre à mes joueurs comment bloquer des tirs. Sans aucune crainte.

Après tout, une rondelle, c'est rond, et un larynx, c'est courbé. Il faut une sacrée malchance pour que la rondelle fasse autant de dommages qu'elle m'a faits.

Dans la quasi-totalité des cas, la rondelle dévierait d'un côté ou de l'autre. Mais si vous regardez la reprise de ma blessure, vous verrez la rondelle frapper mon cou, puis retomber devant moi, inerte. Elle m’a frappé au pire endroit possible, à l’endroit où elle pouvait causer le plus de dégâts.

Quelles sont les chances qu'un malheur comme celui qui est survenu ce jour de janvier 2000, au Centre Molson, se reproduise? Infimes.

Je suis content que ma carrière ait pris fin sur un jeu qui me définit bien, un jeu qui avait fait ma renommée dans le milieu. Un jeu qui illustrait combien j'aurais fait n'importe quoi pour aider mon équipe.

Au fil des ans, j'ai fait plein de trucs sur une glace. Je me suis déjà battu contre Eric Lindros. Pourquoi donc ai-je pensé faire ça? Je devais constamment trouver une manière de me faire remarquer.

Je me suis aussi battu contre certains des gars les plus intimidants. Je voulais toujours inspirer mon équipe. C'est comme ça que je jouais. J'ignore pourquoi j'avais ça en moi. Et j'avais du plaisir.

Certains gars deviennent agressifs. Pas moi. Ce qui se passait sur la glace ne m'a jamais fâché. Ne m'a jamais rendu colérique. J'adorais mon travail.

J’étais un joueur de hockey.

Et je le resterai toujours.

Trent McCleary
(Photo : Corla Rockochy)

Propos recueillis par François Foisy

Photo en couverture : Reuters