Gardien en burn-out

Jimmy Appleby Jimmy Appleby Jimmy Appleby
Signature de Jimmy Appleby

À 19 ans, épuisé mentalement, le gardien Jimmy Appleby a quitté le Drakkar de Baie-Comeau… et le hockey tout court.

Par Jimmy Appleby, ex-gardien de la LHJMQ

Je ne voyais aucune autre option que d'arrêter. Je n'étais plus capable de jouer. J'étais épuisé. Épuisé physiquement, mais peut-être encore plus mentalement.

Je n'étais plus là. Je n'étais plus celui qui s'était fait repêcher par les Remparts de Québec deux ans plus tôt.

J’étais, en quelque sorte, en épuisement sportif.

J’avais 19 ans. Je terminais ma deuxième année au hockey junior majeur devant le filet du Drakkar de Baie-Comeau. Mais la fin, pour moi, était arrivée.

Ma première saison au hockey junior, je l’avais passée à Québec, comme gardien auxiliaire. Je me rappelle d’ailleurs que durant cette période, un joueur de l’équipe m'avait parlé de ça, de cette fatigue, de ce mur, de cet épuisement.

Sur le coup, je ne le comprenais pas du tout. Je l'écoutais, j'essayais de l'aider, mais je ne comprenais pas pourquoi, pour lui, venir à l'aréna était rendu difficile. Parce que pour moi, c'était toujours un plaisir.

Aujourd’hui, je serais capable de le comprendre. Car un an après qu’il s’est confié à moi, comme lui, j'étais tanné du hockey. Tout simplement.

Pourtant, jusque-là, j'en mangeais, du hockey.

J’avais 4 ans la première fois que j’ai vu un gardien à la télé. C’était Patrick Roy. J’ai tout de suite su que c’était ce que je voulais faire. Je collectionnais les masques offerts au McDonald’s, ceux de Belfour, de Hasek, de Richter et, bien sûr, de Roy.

J’adorais jouer.

Après ma saison dans la catégorie atome BB, le père d’un des joueurs m’a approché pour jouer du hockey de printemps. J’ai dit oui.

J’ai aimé ça et j’ai continué. J’ai dû abandonner le baseball : les séries étaient entamées au hockey quand le camp d’entraînement de baseball commençait. C'était devenu très difficile de faire les deux.

À partir de 12 ans, mon seul sport, c’est donc le hockey. Je joue environ 10 mois par année. J’ai la flamme.

Après une bonne première saison dans le midget AAA, à 15 ans, les Remparts de Québec, de la LHJMQ, me repêchent.

Imaginez. Patrick Roy, mon idole, me choisit dans son équipe. C’était magique.

J’étais vraiment, vraiment content. Je rêvais de jouer dans la Ligue nationale, je voulais pousser encore plus. J'avais faim.

Jimmy Appleby
(Photo : Radio-Canada/Éric Massicotte)

J’avais 17 ans quand j’ai fait mes débuts avec les Remparts. Pour la première fois de ma vie, je me retrouvais gardien auxiliaire.

Je n’ai pas eu beaucoup de contacts avec Patrick Roy pendant cette année à Québec. Je respectais ses décisions, mais j’aurais quand même aimé qu’il m’en explique certaines. J’étais simplement trop gêné pour le lui demander.

Puis, au camp d’entraînement suivant, Québec m’a échangé à Baie-Comeau. Pour moi, c’était une occasion de garder le filet plus souvent.

Sauf que ma deuxième moitié de saison a été atroce : une seule victoire, huit défaites au cours des trois derniers mois et un taux d’efficacité de ,826. L’entraîneur-chef n’était pas mon préféré. Ça n’a pas aidé.

Ça commençait à être lourd. Mais au lieu d'essayer de me sortir de ça, peut-être que j’en prenais un petit peu trop sur mes épaules.

Je n’étais plus le même. J’étais devenu plus sensible. C’était devenu difficile de me présenter à l’aréna, plus difficile de m’entraîner.

Soudainement, le hockey était devenu comme un job. Je n’avais plus le même feu dans les yeux. Je n’avais plus la même essence de compétiteur qui m’avait mené jusque-là.

C’était pourtant grâce à ça que je m’étais rendu jusqu’aux rangs juniors. Pas parce que j’étais le plus vite de la ligue, pas parce que j'étais le plus grand ni parce que j’avais la meilleure mitaine. Juste parce que j’étais un compétiteur.

J’avais atteint un point où tous ces efforts, que j’avais pourtant toujours déployés instinctivement et avec passion jusque-là, s’étaient transformés en sacrifices.

Il y a des choses que j’aurais pu contrôler, mais je ne l’ai pas fait. Au bout du compte, c’est ce qui m’a amené à ne plus aimer le hockey.

J’avais des routines, des superstitions. Je me préparais, je faisais de la visualisation. Peut-être même trop parfois. J’étais un extra-terrestre parmi les extra-terrestres. Mais la routine que je m'imposais était rigoureuse. J'étais content de la faire. Je savais que ça allait marcher sur la glace.

Mais, à mes derniers moments, je n'étais plus capable de faire la même chose.

Il y avait trop de laisser-aller. J’étais devant le filet parce que je devais y être. Sans plus.

Tranquillement pas vite, je me suis dit : « Peut-être que ce n’est pas fait pour moi, cette vie-là. Peut-être que je ne suis pas fait pour ça. »

Jimmy Appleby avec les Remparts de Québec
Jimmy Appleby avec les Remparts de Québec
(Photo : Radio-Canada/Francis Vachon)

Vers la fin de l’été, j’en ai parlé à mon agent. Il a pris le temps de m’écouter et m’a encouragé à me présenter quand même au camp d’entraînement du Drakkar pour en avoir le cœur net.

Je voulais aussi me donner une dernière chance. Il y avait un nouvel entraîneur-chef en place. J’espérais que ça fonctionne…

Lorsque je m’entraînais, j'aimais encore ça. Mais lorsque je jouais un match… c'est là que la chaîne a débarqué, comme on dit.

Je ne retirais plus de plaisir à arrêter les lancers. Et c’était de plus en plus dur pour moi d’accorder un but.

Le seul et unique plaisir qu'éprouve un gardien de but, ben moi, je ne l'éprouvais plus.

Cette petite flamme-là, le désir d'arrêter toutes les rondelles, était partie.

C’était terminé.

Jouer moins aurait sûrement changé quelque chose. Au fond, peut-être ai-je simplement trop joué au hockey.

Je n’ai pas eu de pause entre mes débuts au hockey AAA et mon premier camp avec les Remparts. Ça a passé en un éclair.

J'aurais peut-être pu mettre mes oeufs dans un autre panier. Continuer de jouer au baseball aussi. Ou seulement prendre une pause l'été. Faire d'autres sports avec mes amis, que ce soit de manière compétitive ou récréative. Ça aurait pu être une solution.

Quand j’ai lâché à Baie-Comeau, mes parents m’ont dit : « Pas question que tu te pognes le beigne! » Je me suis donc déniché un emploi dans un magasin de hockey. Je me suis aussi concentré à améliorer mes notes à l’école.

Lorsque tu atteins les rangs midget AAA et juniors, c’est le hockey qui prime. Ça devient plus difficile d'étudier parce que tu te dis : « C’est juste un plan B ». Tu ne te demandes pas vraiment ce que tu veux faire avec ces études-là.

Sauf que mon plan B est soudainement devenu mon plan A. Je me suis rendu compte que je ne me connaissais pas du tout.

Jimmy Appleby
(Photo : Radio-Canada/Éric Massicotte)

Je me sentais perdu. Dépaysé. C’était le néant. Surtout quand je voyais que beaucoup de jeunes de mon âge savaient déjà, eux, où ils s’en allaient.

J'ai dû faire une petite introspection. Je suis aussi allé voir un conseiller en orientation. J'ai profité de ressources dont je ne connaissais pas l’existence. Ça m’a permis de me découvrir, moi.

Aujourd’hui, j'étudie en génie mécanique. J’en suis à ma dernière année d’études avant l’obtention de mon diplôme.

Cinq mois après avoir quitté le hockey, l’Académie les Estacades de Trois-Rivières m’a demandé de donner un coup de main aux gardiens du programme sport-études.

Ça a pris un an de coaching, puis c'était reparti : je m’étais réconcilié avec le hockey. Pas pour garder les buts à un niveau compétitif, mais plutôt pour aider les jeunes à atteindre ce niveau-là. C'est ce que j’aime le plus maintenant. Depuis l’automne dernier, je suis entraîneur des gardiens de l’équipe midget AAA.

Ça m’a quand même pris trois ans avant que je remette les jambières dans une ligue senior.

Est-ce que j’aurais aimé ça, continuer au hockey? C’est certain. Mais quand j’ai arrêté, je me suis fait une promesse : ne jamais regarder en arrière.

Alors non, je ne regrette rien.

Jimmy Appleby
(Photo : Radio-Canada/Éric Massicotte)

Propos recueillis par Diane Sauvé

Photo en couverture : Radio-Canada/Éric Massicotte