Le prodige sans fortune

La réalité financière du monde de la course automobile a rattrapé le pilote Andrew Ranger.

Un texte d’Olivier Paradis-Lemieux

Propulsé du karting à la formule Indy en quelques années à l’adolescence, Andrew Ranger a vu son rêve de courir dans les plus grandes séries lui filer entre les doigts, faute d’argent, au début de la vingtaine. À 30 ans aujourd’hui, il regarde son richissime compatriote Lance Stroll conduire sans aisance une formule 1 pendant qu’il consacre ses énergies à son entreprise et son talent à la bien moins prestigieuse série NASCAR Pinty’s Canada.

Au milieu du triovale de Sanair à Saint-Pie, en Montérégie, se dresse un petit garage à peine assez grand pour y faire entrer trois voitures. Andrew Ranger et ses partenaires d’affaires, Keven Beaucage et Raymond Guay, l’ont fait construire pour accueillir leur académie de pilotage.

Il y a quatre ans, un simple coup de main à son ami, et parrain de son fils Jacob, est rapidement devenu l’Académie Andrew Ranger.

« Keven m'avait demandé de venir parce qu'il était en manque de personnel. Cette fin de semaine là, je n’avais rien, donc j'étais venu donner des rides. »

Pendant toute la journée, il fait vivre l’expérience des puissantes voitures de course aux amateurs assis à ses côtés dans l’habitacle dégarni des stock-cars.

« J'ai commencé il était 9 h ou 10 h le matin et, à 17 h, je donnais encore des rides. Je n’étais pas préparé à ça, mais ce qui m'a donné la piqûre, c'était de voir le monde avec le sourire. »

Depuis, les deux hommes prennent progressivement la relève de l’école de Jean-Paul Cabana, une légende québécoise de la course automobile qui a fait sa renommée dans le nord-est des États-Unis dans les années 1950 et 1960. Les week-ends où Andrew Ranger ne se bat pas pour la 1re place du championnat canadien de stock-car au volant de sa Mopar numéro 27, il veille à la croissance de son entreprise.

« C'est beaucoup d'argent que j'ai mis ici. Je n'ai pas de banque qui me supporte, tout ce que tu vois là, ça vient de nous autres », dit-il en regardant autour de nous.

Sur la piste qui nous encercle, des pilotes d’un jour effectuent leurs premiers tours dans 7 des 14 voitures de NASCAR qu’il possède aujourd’hui. Un autre groupe reviendra plus tard d’une randonnée dans les environs avec ses quatre T-Rex. Mais son enthousiasme est le plus fort pour sa plus récente acquisition, une petite Nissan Micra jaune vif particulièrement populaire chez les aspirants pilotes.

« Ne pas avoir mis de l'argent comme ça ici, ça aurait donné quoi dans le fond? Rester là-bas aux États-Unis? J'étais tanné un peu de téter des volants. Je suis un gars un peu orgueilleux, j'ai gagné tellement de courses aux États-Unis, qu’est-ce que tu as besoin de plus que ça? Entre guillemets, il faut que je te lèche les bottes? Moi, ça ne me tente pas de faire ça. Si tu veux m'avoir, tu as mon numéro, tu sais où m'appeler. N'importe quand, je suis prêt. »

Le garage de l'Académie Andrew Ranger à Sanair
Le garage de l'Académie Andrew Ranger à Sanair
(Photo : Radio-Canada/Olivier Paradis-Lemieux)

Depuis quatre ans, le pilote de Roxton Pond a laissé derrière lui son rêve de percer aux États-Unis pour se concentrer à nouveau à temps plein au pendant canadien de la série NASCAR avec l’écurie Mopar. En six ans à temps partiel au sud de la frontière, il avait participé à 21 courses en K&N, 17 en Nationwide et une seule au plus haut échelon, en Sprint.

« Vers la fin, j'étais devenu père de famille. Une année, tu gagnes un montant, l'année d'après, tu ne gagnes pas une cenne. À un moment, je suis devenu un peu découragé. J'étais réellement, vraiment tanné.

« Dans ce monde-là, combien de personnes m'ont dit : "Andrew, on va le trouver le financement. Je vais le trouver pour toi." Et au bout de la ligne, ça n’arrive pas. C'est ça qui venait fâchant. Je me suis dit que je vais aller dans une série avec des commanditaires qui me veulent, une équipe qui me veut, qui me donne un bon salaire et qui me permet de gagner ma vie ici. »

L’an dernier, il a conclu les 12 courses au 2e rang du championnat canadien de stock-cars derrière un nouvel as canadien de 16 ans qui, comme lui à une autre époque, est passé bien près de devoir abandonner la saison avant sa conclusion, parce que lâché par son commanditaire.

« Monter où je suis là, c'est dur. Le jeune qui a gagné le championnat l'an passé, Cayden Lapcevich, il a du talent à mourir, mais il ne peut pas percer plus haut. Tim Hortons était avec lui, mais il l’a perdu. Son père l'a dit, je suis accoté financièrement, oublie ça. Il va rester au Canada, et il ne sait même pas s'il va faire la saison.

« Je ne veux pas être agressif, mais je trouve ça fâchant. Vraiment fâchant, poursuit Andrew Ranger sans toutefois monter le ton. Qu'est-ce que tu veux de plus? Mettons, comme moi, j'ai toutes les victoires, j'ai tous les championnats dans toutes les séries, je les ai tous gagnés. Qu'est-ce que tu veux de plus? Qu'est-ce qu'il faut que je te démontre de plus? »

L’émergence du pilote québécois s’est faite à un moment de transition dans le sport automobile canadien. Après des années de reports successifs, la loi fédérale interdisant les commandites issues de l’industrie du tabac est entrée en vigueur en 2003. Pendant que le Grand Prix du Canada était menacé de disparaître, la filière Player’s, qui avait permis le développement des Jacques Villeneuve, Patrick Carpentier et Alex Tagliani, s’éteignait.

« Je comprends le principe, mais pour nous autres, c'est l'enfer, déplore Andrew Ranger. Hydro ne nous commandite pas, Bell ne nous commandite pas, tu ne vois pas Vidéotron. Je trouve qu'il y a un manque quelque part [...] Tu veux gagner ta vie, mais en même temps, tu n’as pas de soutien au Québec, c'est ça qui est tough. Ou quand tu en as, on l'apprécie énormément, mais c'est peu. »

« Bombardier commandite une équipe aux États-Unis, avec un Anglais, j'ai rien contre ça, mais pourquoi tu ne vas pas aider des Québécois? Ç’aurait pu être notre tremplin pour monter. »

« Je trouve ça triste pour la relève. Si papa est capable, go, c'est le fun. Lance Stroll... c'est vrai que c'est le fun le regarder. Mais quand tu connais l'histoire, tu ne le vois pas de la même manière. Ce n'est pas comme quand j'étais jeune et que je voyais Jacques Villeneuve. Quand il a gagné le championnat de formule 1, tu savais qu'ils étaient allés le chercher pour son talent. Mais là, Stroll, c'est quoi? Ça veut dire que n'importe qui peut l'avoir le volant d'abord? »

Jacques Villeneuve, Andrew Ranger et Patrick Carpentier au NAPA Autoparts 200 de Montréal de la série NASCAR Nationwide, en 2008
Jacques Villeneuve, Andrew Ranger et Patrick Carpentier au NAPA Autoparts 200 de Montréal de la série NASCAR Nationwide, en 2008
(Photo : La Presse canadienne/Ryan Remiorz)

À 15 ans, Andrew Ranger devenait champion canadien de karting. À 16 ans, il gagnait le titre de la série Fran-Am, un championnat de formule Renault. À 17 ans, il faisait le saut en formule Atlantique où il terminait 4e de la saison et était élu recrue de l’année.

Puis, à 18 ans seulement, il faisait son entrée en ChampCar où les vitesses enregistrées dépassent régulièrement celles des F1.

« On roulait sur les ovales, on roulait à 350 km/h en montant. On ne se mentira pas, je m'ennuie un peu de ces années-là, avoue-t-il. L'impression que l'auto est collée à terre, la force de moteur, le point de freinage... c'est physique. Je m'entraînais comme un déchaîné. Je ne dis pas que je ne m'entraîne pas aujourd’hui, mais je pesais 165 livres, là j'en pèse 185 livres à peu près. »

À sa deuxième course dans cette série, il confirmait son statut de surdoué du volant avec un podium. Sa progression, qui rappelait celle de Jacques Villeneuve une décennie plus tôt, s’est toutefois heurtée aux réalités du sport automobile.

Dans un championnat à bout de souffle, où le financement pour chaque course se boucle à la dernière minute, Ranger a conclu ses deux saisons chaque fois au 10e rang du classement des pilotes. Ce premier podium sera son seul. Au-delà de l’absence de grands résultats, c’est surtout le stress induit par les conditions précaires de son écurie Mi-Jack qui a entamé le plaisir du jeune homme.

« La dernière année en Indy, c'était épouvantable. À 19-20 ans, je chauffais un char d’un million de dollars. "Il faut que tu mettes ça au fond, mais scrape pas le char!" Ça n'avait pas de sens. Les ailerons valaient 35 000 $ US et ça doit valoir encore plus cher aujourd’hui. »

Andrew Ranger (Mi-Jack) au Grand Prix de Long Beach en 2005
Andrew Ranger (Mi-Jack) au Grand Prix de Long Beach en 2005
(Photo : Getty Images/Robert Laberge)

En 2007, Andrew Ranger faisait le saut des monoplaces aux stock-cars. Il mettait ainsi au rancart son rêve de suivre les traces de Jacques Villeneuve jusqu’en F1, mais aussi celui de conduire certains des bolides les plus rapides du monde. À la fin de l’année, la série ChampCar disparaissait, avalée dans sa faillite par la série IndyCar.

« Je me voyais vraiment faire ça pour de nombreuses années. Si j’avais été capable d’y gagner ma vie, c'est sûr que je serais là-bas encore. Ça, c'est sûr. Mais j'ai fait quand même quatre ans en monoplaces. C'était hot, on voyageait à travers le monde, en première classe », dit-il tout en qualifiant le monde de l’Indy et du ChampCar de faux jet-set considérant la maigreur des salaires des pilotes.

« Regarde Alex [Tagliani], il était tanné, à la fin. Il allait chercher des commanditaires, il se démenait, pour faire quoi au bout de la ligne? Pas une cenne. Tu te casses la tête à trouver 300 000, 400 000 pour faire une couple d'événements, qu'est-ce qui te reste au bout de la ligne? 15 000? »

À sa toute première saison en stock-car, Andrew Ranger a été sacré champion de la jeune série NASCAR Canada, qui venait d’être rachetée par le géant de la course automobile aussi propriétaire des séries Nationwide et Sprint (aujourd’hui Xfinity et Monster). Mais là encore, alors que les portes des grandes séries américaines semblaient s’ouvrir, le coup de frein a été financier. La crise économique frappe de plein fouet l’industrie automobile aux États-Unis en 2008.

« Quand on est arrivés en Nationwide, Dodge avait [cessé de commanditer des équipes NASCAR aux États-Unis], donc j'ai perdu ma chance de monter, raconte le pilote. Après ça, j'ai été avec une bonne équipe aussi, CJM Racing. On a fini 3e à Montréal, on a fait des belles courses où on terminait dans le top 15 toutes les fins de semaine, mais ils ont perdu leur commanditaire. L'économie n’est pas facile aux États-Unis. Pour nous au Québec, au Canada, travailler pour trouver de l'argent pour ça, c'est impensable. Ce sont des budgets où il faut 2-3 millions par année. Même si je veux trouver 1 million, où est-ce que je vais avoir ça?

« Mon père, ce n'est pas Lawrence Stroll. 60 millions... 40 millions... peu importe combien il a mis. Le kid, Lance, a du talent, je ne lui enlève pas. Mais pourquoi tu penses qu'il est là? »

Andrew Ranger (au centre) avec ses équipiers lors d'une épreuve de la série K&N à Dover, au Delaware, en 2010
Andrew Ranger (au centre) avec ses équipiers lors d'une épreuve de la série K&N à Dover, au Delaware, en 2010
(Photo : Getty images/Jeff Zelevansky)

Pendant 27 ans, Robert Ranger a couru dans les autodromes du Québec, progressant des motos d’accélération aux récents modèles jusqu’aux voitures modifiées. Sa passion pour le sport motorisé s’est d’abord communiquée à son père, Philippe, qui le suivait dans toutes ses courses, avant de se transmettre à son fils, Andrew.

« Mon grand-père était vraiment un fanatique de course, mais il n'en faisait pas, raconte Andrew Ranger. Il tripait à voir mon père, et être en famille. Mon père gagnait aussi. Plusieurs championnats, plein de victoires. Il est quasiment au temple de la renommée. Mais lui n'a jamais gagné sa vie avec ça. Il avait une usine à Granby, qu'il a encore. C’était sa passion. »

Élevé dans un milieu où la course automobile était devenue une histoire de famille, Andrew Ranger a entamé sa carrière de pilote à un âge où la plupart des jeunes garçons hésitent encore à retirer les petites roues de leur bicyclette.

Aussi à l’aise sur une moto que derrière un volant, c’est en raison de ses exploits en karting que son nom a d’abord fait surface au début des années 2000. À 14 ans, il devenait le premier Québécois à s’imposer sur un circuit européen pendant qu’il collectionnait les victoires aux pays.

« Je l'avais sûrement dans le sang, convient-il. Je me rappelle que tout ce que je pouvais utiliser, que ce soit un quatre-roues en bas âge ou un bicycle sur la glace, je partais avec. Je ne touchais même pas à terre que j'avais un 250 cc. J'ai été dans les professionnels en moto à 15 ans. J'ai couru contre Pascal Picotte, Marcel Fournier, les meilleurs sur la glace. J'ai gagné des courses. Mon père a tout le temps eu confiance en moi. Il m'a fait chauffer son char sur la terre battue, à 15 ans, à 800 forces de moteur. "Vas-y le kid!" Il me faisait confiance. Et je l'avais peut-être... Je l'avais. »

Andrew Ranger en 2006
Andrew Ranger en 2006
(Photo : Getty Images/Robert Laberge)

Sans avoir les ressources financières de Lawrence Stroll, Robert Ranger avait toutefois la capacité de donner une première impulsion à son fils. Il a organisé pendant des années sur le lac Roxton une manche du championnat canadien de moto sur glace, une discipline dont Andrew est encore friand aujourd’hui. Surtout, il l’a soutenu dans ses débuts en karting. Mais dès que le jeune pilote a commencé à gravir sérieusement les échelons, ce sont les commanditaires qui ont pris le relais

Robert Ranger est alors devenu simple spectateur pendant que sa propre flamme pour le pilotage s’amenuisait. À la mort du grand-père d’Andrew en 2003, il a vendu ses véhicules et son matériel en quelques mois, mettant fin à sa propre carrière de coureur automobile.

« La dernière chose qu’il a vendue, c’est sa remorque de course. Quand elle est partie, mon père a pleuré, remarque Andrew Ranger. Quand mon grand-père est décédé, il a dit que ça ne lui donnait rien d'aller aux courses. "Je suis tanné, j'en ai fait assez, j'ai assez donné. Là, je veux te suivre." Cette année-là, il m'a suivi partout. Il venait aux courses avec ma mère, sa passion c'était de me suivre. »

« P
résentement, le jeune Stroll doit avoir un stress, même s'il dit non. "Papa a mis de l'argent sur moi." Il doit avoir une pression de plaire à papa, de prouver au monde que ce n'est pas à cause de papa que je suis là. »

Sans être aussi sévère que d’autres pilotes envers le difficile apprentissage de Lance Stroll en formule 1, Andrew Ranger n’en est pas moins réaliste quant aux conditions dans lesquelles le nouveau prodige québécois a été placé.

« Je trouve qu'il est jeune en tabarouette. Et on le voit, des fois il va prendre des décisions en piste et tu fais hiiiiiiiii! Tu vois que l'expérience n’est pas là. C'est normal, il a 18 ans! Ça doit être terrible pour un jeune comme ça. J'ai été à 18 ans en Indy. En ayant l'expérience que j'ai là, il y a des affaires que je n’aurais pas faites. C'est normal, il est jeune, mais là, la pression qu’il doit avoir, ça doit être quelque chose. »

Lance Stroll sort de sa Williams après un accrochage au Grand Prix de Bahreïn en avril 2017
Lance Stroll sort de sa Williams après un accrochage au Grand Prix de Bahreïn en avril 2017
(Photo : Getty Images/Mark Thompson)

« Je ne veux pas parler négativement, je suis très content, c'est plaisant, c'est un Québécois, un Canadien, qui est là. Il n'y en a pas eu depuis Jacques Villeneuve. »

Néanmoins, Ranger concède qu’il n’a pas la même ardeur pour Stroll qu’il en avait pour le fils de Gilles à ses débuts chez Williams.

« Le monde le sait, entre guillemets, c'est quoi cette affaire-là, observe-t-il en parlant de la fortune des Stroll. Mais aussi, les Villeneuve au Québec, on les a dans le sang. »

« Gilles, c'était un gars de Berthierville qui a touché un peu à la motoneige sur la glace. C'était un gars comme moi un peu, bicycle sur la glace, motoneige, un gars qui faisait le fou. Il pognait un char, la vie est belle, on frise naturel! »

« Jacques, c'était l'idole de tous les jeunes qui tripaient sur les courses. C'était une religion en 1996-1997. C'est sûr que quand il est parti en Europe, il est parti côté jet-set et tout [...] Mais depuis qu'il a lâché les courses, tu vois qu'il est un peu rebelle, un peu kamikaze, il essaie un peu tout. »

Andrew Ranger sera néanmoins présent, comme chaque année, au Grand Prix du Canada pour assister aux débuts de Lance Stroll sur le circuit Gilles-Villeneuve. Mais celui qui a grandi dans le bruit des bolides rafistolés lancés dans la boue des autodromes du Québec préférerait bien plus ressentir le frisson d’un spectacle donné à Granby par des casse-cous « une roue dans les airs, le gaz au fond » que d’assister au cirque un peu trop stérilisé des F1 modernes sur la piste montréalaise.

Les huit pilotes d’un jour terminent leur soixantième tour sur la piste de Sanair. Andrew Ranger prend quelques photos avec les amateurs et leur famille pendant que le personnel de l’Académie prépare sa voiture peinturée à l’identique de sa Mopar bleue et blanche.

« Je pense qu'à un moment donné, c'est bien beau dire : "J'aurais pu faire ci, j'aurais pu faire ça." Mais regarde, c'est ça qui est ça, la vie est de même. Moi, je suis un amateur de motoneige. L'hiver, je fais du skidoo, je suis dans mon petit patelin dans les monts Valins. Je suis heureux au bout. L’été, c’est gaz au fond. L’école, les courses. »

« J'ai du fun. On tourne au Canada, au Québec, en Ontario. Je ne suis pas parti trop longtemps. C’est facile de travailler avec l’équipe avec laquelle je suis, dit Andrew Ranger. Ne pas stresser avec les sous, c’est une autre affaire. Un chèque. Shlack. Fini. On n’en parle plus. Normalement, on gratte pour avoir son argent. C’est ça qui fait que j’aime ça faire ça aussi. »

« C’est sûr que je ne ferme pas la porte à aller aux États-Unis, je pense même que, à 30 ans, j’ai une maturité beaucoup plus grande que lorsque j’étais jeune. Je suis père de famille, je bâtis quelque chose ici. Si on me donnait une occasion d'y aller, oui je serais prêt, je veux dire, j'ai tout présentement. J'ai les reins solides, je suis capable, je gagne bien ma vie. Je serais prêt à y aller, c'est sûr. »

Le pilote automobile Andrew Ranger et son fils en 2016
Le pilote automobile Andrew Ranger et son fils en 2016
(Photo : Matthew Manor/Nascar via Getty)

Aujourd’hui, Andrew Ranger voit son fils de 5 ans montrer les premiers signes des aptitudes familiales pour la course automobile. Mais c’est avec la lucidité déchirante d’un homme qui a vu ses rêves être sans cesse rattrapés par le coût de sa passion qu’il évoque l’avenir de pilote de son garçon.

« Il a un quatre-roues, 80 cc, il anticipe les bosses, il gaze au fond, c’est capoté pareil », dit-il non sans fierté, avant de poursuivre, plus sobrement.

« Mon gars, je le sais qu'il est bon. Dans tout ce qu'il touche à date, il est talentueux. Mais je ne pense pas l'envoyer dans les courses. Pourquoi? Je vais me ruiner? Je n'ai pas de soutien et même moi je me pose la question : qu'est-ce que je vais faire? Je ne le sais même pas, pour vrai. Je ne voudrais pas l'envoyer dans un monde comme ça, si c'est sûr qu'il ne pourra pas gagner sa vie. C'est ça qui est dur un peu, qui est triste un peu. »

Photo en couverture : Matthew Manor/Nascar via Getty