Jordan, le grand petit frère

Eric (gauche) et Jordan Staal

Jordan Staal a toujours été le petit frère d'Eric. Après tout, il lui concède près de quatre ans en âge. Et quand Jordan a fait ses premiers pas dans la Ligue nationale, Eric comptait déjà à son actif une saison de 100 points et une bague de la Coupe Stanley.

Jordan ne rattrapera évidemment jamais Eric en âge, sans doute jamais dans les points (après six saisons, Eric comptait 428 points, Jordan en totalisait 248). Mais physiquement, la définition de grand frère petit frère ne tient plus.

« Jordan a l'air d'un fermier. Il est gros. Tu les regardes un à côté de l'autre et Eric a l'air mince! », lance Kirk Muller, entraîneur-chef des Hurricanes de la Caroline (8-4-1), adversaires du Canadien (9-4-1) lundi soir au Centre Bell.

Même s'ils ne patinent pas sur le même trio, Eric et Jordan jouent tous les deux comme des joueurs enchantés d'être enfin réunis dans la LNH. Blanchi à ses deux premiers matchs, Eric a empilé 17 points en 11 matchs depuis, tandis que Jordan profite à plein de son nouveau rôle offensif, après des années passées derrière Evgeni Malkin et Sidney Crosby dans la hiérarchie des centres des Penguins. Il compte 12 points en 13 sorties.

« Ça ne nuit pas à notre formation, lance Eric au sujet de l'acquisition de Jordan par les Hurricanes, effectuée lors du dernier repêchage. Ça change nos confrontations, ça facilite mon travail si je saute sur la glace et qu'ensuite, c'est son trio. Si j'ai une mauvaise soirée, je sais que son trio peut compenser à tout moment. Ça donne plus confiance à moi et au groupe. En ajoutant lui et Alex [Semin], c'est énorme. »

Et même s'ils jouaient ensemble, ce n'est pas comme s'il y aurait une chimie instantanée. Ils n'ont pas fait partie de la même équipe depuis le Championnat du monde 2007, au sein d'Équipe Canada.

« Je ne pense pas qu'on soit comme les frères Sedin. Nous n'avons pas joué assez souvent ensemble pour nous connaître par coeur », croit Jordan.

« On n'a pas ce genre de chimie de jumeaux!, assure Eric. On a quelques années de différence. Ça viendra peut-être un jour. Mais je l'ai vu jouer beaucoup à Pittsburgh et si on se retrouve ensemble, je connais beaucoup mieux ses tendances que d'autres joueurs. »

Muller reconnaît également que son attaque a été métamorphosée. En buts par match, les Hurricanes ont grimpé de la 16e place l'an passé à la sixième cette saison.

« Soyons honnêtes. Ces dernières années, les gens disaient : si on veut les battre, il faut contrer le trio d'Eric. Maintenant, on a deux trios très forts. Eric et Semin forment un bon duo et Jordan a ouvert la glace pour Jeff Skinner. »

Le Canadien n'aura toutefois pas à composer avec les deux duos lundi soir, puisque Skinner (haut du corps) n'a pas accompagné ses coéquipiers à Montréal.

La chance d'une vie

Jouer avec son frère dans la LNH est toujours spécial. Et dans le cas des Staal, c'était même spécial dans la façon dont ils ont été réunis. Jordan se mariait, le 22 juin 2012, quand il a appris qu'il était cédé aux Hurricanes.

« C'était de notre faute, nous n'aurions pas dû planifier notre mariage le jour du repêchage », lance Jordan, sourire en coin.

Maintenant qu'il côtoie son grand frère au quotidien, Jordan profite de chaque moment.

« C'est vraiment agréable de me retrouver avec Eric, dit Jordan. Plus jeune, je suivais les activités d'Eric et maintenant, je me retrouve avec lui dans le même vestiaire. C'est vraiment unique de vivre ça à un aussi grand niveau que celui de la LNH. »

Jordan et Eric aimeraient évidemment que leurs deux autres frangins, Marc et Jared, vivent la même expérience. Jared, le plus jeune, a au moins un pied dans l'organisation, mais avec 5 points en 29 matchs à Charlotte, dans la Ligue américaine, l'attaquant ne vient pas en tête des candidats pour un rappel.

Marc, lui, file le parfait bonheur avec les Rangers de New York, où il fait partie du noyau de défenseurs depuis six saisons.

« J'aimerais jouer avec lui, mais il faudrait lui poser la question, répond Eric. Il se plaît vraiment à New York. Il a grandi avec ce groupe, avec Ryan Callahan et Dan Girardi. Et ils ont développé cette culture. Il en fait partie et veut vraiment gagner là. Mais on ne sait jamais avec les années. Il ne nous nuirait pas! »

Avec un contrat qui vient à échéance à l'été 2015, Marc ne semble pas sur le point d'aboutir en Caroline. Mais qui aurait pu prédire, il y a un an, que Jordan quitterait les Penguins à un an de la fin de son contrat?