La Coupe Grey a 100 ans

L'homme que personne ne veut plaquer

L'entrevue de Guillaume Lefrançois avec Patrick Lavoie

On peut difficilement prétendre que les Alouettes sont à leur zénith sans Brandon Whitaker. Privée du champion en titre des porteurs de ballon, toute équipe est forcément affaiblie.

Un texte de Guillaume Lefrançois

Mais cette déchirure du ligament croisé antérieur du genou droit subie en septembre par Whitaker pourrait permettre aux Alouettes de découvrir les possibilités qu'offre un demi offensif de 105 kg (230 lb).

En Chris Jennings, les Alouettes comptent sur un format de demi qu'ils n'ont pas connus depuis l'arrivée de Marc Trestman comme entraîneur-chef. L'Américain fait officiellement 1,78 m (5 pi 10) et 99 kg (218 lb). La grandeur semble la bonne, mais en personne, on devine qu'il est bien plus pesant.

« 218 lb, c'était mon poids au collège, a lancé Jennings lorsqu'on lui a mentionné la statistique affichée sur le site Internet des Alouettes. Je suis arrivé ici à 230 lb (105 kg). Je joue quelque part entre 225 et 230 lb. »

Avec un demi plus lourd que Whitaker d'une trentaine de livres, les joueurs des Alouettes comptent donc sur une nouvelle arme, et ils veulent s'en servir.

« Je lui dis toujours : baisse ton épaule, personne ne veut te frapper », raconte le receveur Jamel Richardson.

« C'est beau de le voir aller, c'est un train. Personne n'a le goût de se mettre devant lui », ajoute le centre-arrière Patrick Lavoie.

Statistiquement, Jennings s'est assuré que ses coéquipiers ne s'ennuient pas de Whitaker ou de Victor Anderson, un autre demi blessé.

Il a couru 59 fois pour 334 verges pour une moyenne de 5,7 verges par course, la plus élevée de l'équipe parmi les demis offensifs. Sa trotte de 42 verges le 14 octobre, contre les Argonauts, a été la plus longue des Alouettes en 2012.

Jennings a aussi capté 13 passes pour 163 verges pour une moyenne de 12,5 verges, là aussi un sommet parmi les demis offensifs.

« C'est impressionnant de voir de quelle façon il a appris notre attaque, car elle est compliquée, a expliqué le quart Anthony Calvillo. Il a profité de sa chance et ça nous a servi. Il est complet. On veut que nos demis puissent attraper, courir et bloquer et il le fait. Et pour un gros bonhomme, il est rapide. »

La deuxième fois est la bonne

Chris Jennings Chris Jennings  Photo :  Getty Images/Justin K. Aller

Jennings en est à un deuxième séjour avec les Alouettes. À son premier passage, en 2008-2009, il avait été principalement confiné à l'équipe d'entraînement, jusqu'à ce que les portes de la NFL s'ouvrent à lui.

L'athlète de Yuma, en Arizona, a finalement disputé neuf matchs avec les Browns de Cleveland en 2009 et a amassé 220 verges au sol en plus d'inscrire un touché.

Sa carrière a ensuite été ponctuée de séjours éphémères aux quatre coins de l'Amérique... et de problèmes à l'extérieur du terrain. Il a eu droit à des essais avec les Jets de New York et, l'été dernier, avec les 49ers de San Francisco et les Seahawks de Seattle, en plus d'un passage avec les Colonials de Hartford.

Entre ces escales, des accusations de bagarre avec un portier dans une boîte de nuit ont fait surface, une histoire noyée par le refus du portier de porter plainte. Un excès de vitesse à 235 km/h sur l'autoroute a également terni son dossier.

Mais Jennings s'est repris en main dans les derniers mois. En septembre, quand les Alouettes l'ont rapatrié, ils lui ont déniché de la compétition : Emmanuel Marc, lui aussi un revenant. Marc a finalement été remercié.

« Je suis arrivé en forme, a-t-il dit, en sous-entendant qu'il était en meilleure condition que son rival. Je savais que je pouvais encore jouer, j'attendais l'appel. En attendant, je jouais au basketball, je courrais et je mangeais bien. »

Ramené pour jouer, au mieux, le rôle de substitut derrière Anderson, Jennings lui a finalement ravi le poste de partant. Et voilà qu'il se retrouvera, dimanche, devant près de 50 000 spectateurs avec la chance de transporter les Alouettes à la Coupe Grey.

« J'ai gagné en maturité et en connaissance du jeu, raconte-t-il au sujet de ses dernières années. Quand tu sors du collège, tu veux être partout à la fois. J'ai maintenant joué dans la NFL, j'ai joué ici. Je sais à quoi m'attendre. Je suis heureux d'être ici dans ma vie. »

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