« Nous sommes Marshall »

L'équipe de football de l'Université Marshall, en 1970. L'équipe de football de l'Université Marshall, en 1970.  Photo :  Marie Malchelosse

Le 14 novembre est le jour du Souvenir pour l'Université Marshall et pour toute la communauté de Huntington, en Virginie-Occidentale. Il y a 42 ans aujourd'hui, Marshall perdait 36 joueurs de son équipe de football dans un écrasement d'avion au retour d'un match. Notre journaliste Marie Malchelosse, qui est en tournage à Huntington pour un reportage à venir, a assisté à la cérémonie commémorative qui a lieu tous les 14 novembre sur le campus.

HUNTINGTON, Virginie-Occidentale - Ils sont venus par centaines. Des étudiants, des professeurs, des citoyens, les familles des disparus. Et l'équipe de football. John Bruhin est venu de Knoxville, au Tennessee, pour jouer pour le Thundering Herd de Marshall. L'imposant joueur de ligne offensive termine ses études dans quelques mois. « Chaque année, on a hâte au 14 novembre. La cérémonie est toujours émouvante, mais ça nous relie tous ensemble. »

Un texte de Marie Malchelosse

La catastrophe de 1970 a bouleversé non seulement la famille de l'Université Marshall, mais la ville de Huntington, l'État de la Virginie-Occidentale et tout le pays. Vous avez peut-être vu le film We are Marshall, sorti en 2006, qui raconte comment le programme de football a péniblement ressuscité à la suite de la tragédie du vol 932. Dans l'écrasement, il y avait aussi 9 entraîneurs et personnes de soutien, 25 partisans et 5 membres d'équipage. Soixante-quinze vies perdues.

Numéro 23

Mo Lajterman était l'invité spécial de cette 42e cérémonie. Son frère Marcelo a péri dans l'accident. Il était le botteur de l'équipe. Il avait 19 ans. M. Lajterman en avait 17 à l'époque. « J'ai presque 60 ans maintenant et je pleure encore l'absence de mon frère. Il était mon meilleur ami et mon idole. »

Mo Lajterman Mo Lajterman  Photo :  Marie Malchelosse

Mo Lajterman m'a raconté avoir mis 30 ans avant d'accepter de venir à Huntington. « Souffrance trop vive », dit-il. Il est finalement venu en 2000 pour la première d'un documentaire sur la tragédie. Les Lajterman sont argentins d'origine. Son frère Marcelo est celui qui a créé le botté de style soccer, héritage sportif oblige. « Il voulait jouer chez les pros. Le 14 novembre 1970, c'était la première fois qu'il prenait l'avion pour aller jouer un match. Ça lui avait donné l'impression qu'il était déjà un peu pro. »

M. Lajterman a réalisé le rêve de son frère par procuration. Il a joué pour les Jets et les Giants de New York au milieu des années 1970. Un botteur, au style soccer, comme Marcelo. La famille Lajterman a créé une bourse d'études en souvenir de Marcelo. Un montant de 23 000 $ en mémoire du numéro 23 du botteur de Marshall.

Lien indélébile

Le monument à la mémoire des victimes de l'accident de 1970, à l'Université Marshall. Le monument à la mémoire des victimes de l'accident de 1970, à l'Université Marshall  Photo :  Marie Malchelosse

La famille de l'Université Marshall et la communauté de Huntington sont liées par la même histoire. Un deuil commun. Comme le disait le directeur des sports, Mike Hamrick : « Personne ne partage la même histoire que nous. Nous sommes unis par la volonté de ne jamais oublier. »

L'entraîneur-chef John Holliday a renchéri : « On n'est pas seulement une équipe de football qui se retrouve sur un terrain tous les samedis après-midi. Même quand on est découragés par notre performance, notre mission est toujours de leur faire honneur [aux disparus]. »

Ils sont venus par centaines pour cette 42e cérémonie. La plupart d'entre eux étaient loin d'être nés le 14 novembre 1970. Ils ne connaissaient aucune des victimes. Mais ils étaient tous recueillis, silencieux et émus, ces étudiants. De notre côté de la frontière non plus, on ne les connaissait pas. Au mieux, les plus mordus de sport d'entre nous ont vu le film mettant en vedette Matthew McConaughey.

Mais je peux vous affirmer que ce lien indélébile n'est pas factice, pas romancé, pas folklorique. L'Université Marshall et la ville qui l'héberge portent réellement la mission du souvenir. Un souvenir qui touche même les journalistes étrangers en reportage dans le coin.

On comprend alors le cri de l'équipe : We are Marshall.