Haine envers Loria

Reportage de Jean-François Poudrier et commentaires de Martin Leclerc

« Nous sommes les dindons de la farce », titre le Miami Herald. « C'est l'heure d'expédier Loria hors de cette ville », ajoute le South Florida Sun-Sentinel.

Au lendemain de la transaction monstre conclue entre les Marlins et les Blue Jays de Toronto, la ville de Miami est en furie contre le propriétaire de l'équipe, Jeffrey Loria. La cause de cette rage : le Marlins Park, nouveau domicile de l'équipe à peine vieux d'un an et payé à plus de 75 % par les contribuables de la région. L'enceinte a coûté plus de 600 millions de dollars.

Les Marlins ont accumulé les coups d'éclat l'hiver dernier dans le but de ne pas rater ce rendez-vous avec leurs partisans. En décembre 2011, en l'espace de 72 heures, ils dépensent 191 millions de dollars pour embaucher l'inter Jose Reyes, le lanceur partant Mark Buehrle et le spécialiste des fins de match Heath Bell.

Mardi, la formation floridienne a envoyé Reyes, Buehrle et un autre partant, Josh Johnson, aux Jays, après avoir échangé Bell, le troisième-but Hanley Ramirez et le lanceur partant Anibal Sanchez en cours de saison. Résultat : des neuf partants de l'équipe au dernier match d'ouverture, il ne reste plus que deux joueurs, Giancarlo Stanton et Logan Morrison. Même le gérant Ozzie Guillen a été congédié après la première année d'un contrat de quatre ans.

« C'est le plus grand fiasco de cette équipe en 20 ans », écrit le Herald, avant d'ajouter : « Voici une personne qui nous a mariés pour notre argent. »

« Loria a brisé la convention générale des nouveaux stades et a largué du napalm sur le baseball dans le sud de la Floride [avec cette transaction], juge le Sun-Sentinel. Il a trahi votre confiance. Donc vous le trahirez, vous aussi. Il a vendu son équipe. Donc vous n'achèterez plus ce qu'il vend. »

Même Stanton a éventé ses frustrations sur Twitter. « Je suis en furie, tout simplement », a-t-il écrit.

Présent à Chicago où se tient la réunion des propriétaires du baseball majeur, Loria a refusé de parler aux journalistes croisés dans le lobby de l'hôtel.

« Pas aujourd'hui les garçons, a-t-il dit. Si vous n'avez pas encore compris, je ne pourrai le faire à votre place. »

Cette première année du Marlins Park aura finalement été désastreuse. Sur le terrain, l'équipe a conclu la saison au dernier rang de la Division est de la Ligue nationale avec une fiche de 69-93. Aux guichets, l'équipe a attiré 2,2 millions de spectateurs, la plus petite foule pour une équipe dans un nouveau stade depuis les Twins du Minnesota en 1982, à l'ouverture du Metrodome.

Le résultat net est un ras-le-bol des partisans envers l'ancien propriétaire des Expos.

« Loria a envoyé le coeur et l'âme des Marlins à Toronto, conclut le Sun-Sentinel. La seule façon que toute cette histoire aura du sens est qu'il quitte le pays, lui aussi. »

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