Le nouveau départ de Ciochetti

Kaillie Humphries et Jennifer Ciochetti (droite) Kaillie Humphries et Jennifer Ciochetti (droite)  Photo :  PC/Jeff McIntosh

Jennifer Ciochetti a failli tout lâcher après les Jeux olympiques de Vancouver... qu'elle a vécus par procuration. Mais les succès de ses coéquipières, qui ont gagné l'or et l'argent, et le sentiment du devoir non accompli l'ont incitée à poursuivre.

Un texte de Manon Gilbert

Sauf que pour s'assurer de ne pas revivre la même déception qu'à Vancouver, la freineuse canadienne a effectué un virage audacieux pour se recycler en pilote à l'été 2010.

« J'étais déçue après avoir raté ma sélection pour Vancouver. J'étais substitut. J'ai pensé abandonner le sport. Mais j'aurais eu l'impression d'avoir gaspillé mon talent ainsi qu'une chance. Et je ne voulais pas me sentir comme ça. Alors, j'ai essayé une nouvelle position et j'adore cela », a affirmé l'Albertaine à Radio-Canada Sports.

Une décision qui, à moins d'une blessure ou d'un coup du destin, lui assure pratiquement sa place à Sotchi. En effet, le Canada peut déléguer deux, voire trois engins. Encore faudrait-il qu'une troisième pilote émerge sur le circuit de la Coupe du monde d'ici quelques mois.

« Contrairement aux JO de Vancouver, il y a moins d'athlètes qui se bousculent pour se qualifier dans l'équipe. Alors, je suis chanceuse. »

Helen Upperton (devant) avec Jennifer Ciochetti Helen Upperton (devant) avec Jennifer Ciochetti  Photo :  PC/AP Photo/Matthias Rietschel

Pendant quatre saisons, de 2006 à 2010, l'athlète de 27 ans a été l'une des trois freineuses attitrées, avec Heather Moyse et Shelley-Ann Brown, de la pilote Helen Upperton. Ensemble, le duo a décroché trois victoires en Coupes du monde, en plus de monter sur le podium à trois autres reprises. Elles ont également été abonnées à la 4e place huit fois, notamment lors des mondiaux de 2009 à Lake Placid.

Pendant la déterminante saison 2009-2010, Ciochetti a partagé équitablement le travail derrière Upperton avec Brown. Malgré une médaille d'argent et une 4e position en quatre Coupes du monde, l'Ontarienne a été préférée à la native d'Edmonton pour les Jeux olympiques.

Un choix gagnant, puisque Brown a aidé Upperton à remporter l'argent derrière leurs compatriotes Kaillie Humphries et Moyse.

Le temps, son pire ennemi

C'est alors que Ciochetti a décidé de suivre les traces de Humphries et d'Upperton, cette dernière étant maintenant à la retraite. Elles lui ont d'ailleurs prodigué de précieux conseils. L'apprentissage n'est pas toujours évident quand vous n'êtes pas habituée de voir ce qui se passe sur la piste, mais il est somme toute plaisant. Le plus difficile : pas la technique autant que le temps.

« Mon but était de participer aux Jeux de Sotchi. Ça ne me laissait que quatre ans pour me hisser au niveau mondial et pour avoir du succès là-bas, explique l'ancienne sprinteuse de l'Université de l'Alberta. Mais je peux compter sur une équipe incroyable d'entraîneurs, et nous avons effectué des tonnes de descentes sur toute sorte de pistes. »

Après avoir fait ses classes dans le siège de pilote pendant une saison en Coupe d'Amérique et une autre en Coupe d'Europe, Ciochetti fait maintenant le saut en Coupe du monde, qui commence ce week-end à Lake Placid. Elle sera secondée par Kate O'Brien ou Christine Bushie.

Jennifer Ciochetti Jennifer Ciochetti dans son rôle de pilote à Winterberg  Photo :  PC/AP Photo/Martin Meissner

En 2011-2012, elle avait goûté au grand circuit à deux reprises comme pilote, à Winterberg (11e) et à Whistler (12e), avant de reprendre son rôle de freineuse le temps d'aider Humphries à triompher à la Coupe du monde de Calgary et aux Championnats du monde de Lake Placid.

L'adaptation ne devrait pas causer trop de maux de tête à Ciochetti parce que les pistes et la hauteur des départs sont les mêmes en Coupe du monde qu'en Coupes d'Europe ou d'Amérique. Il ne lui restera qu'à apprivoiser les pistes de La Plagne et de Sotchi. Sauf qu'en Russie, toutes les bobeuses partiront sur un pied d'égalité pour l'épreuve test en vue des JO, neuvième et dernière Coupe du monde de la saison, en février.

« La différence, c'est que tu ressens plus de nervosité et de pression en Coupe du monde parce que les caméras sont présentes. Je devrais bien me débrouiller. Après tout, j'ai déjà été dans cette situation, mais comme freineuse. »

Dixième au classement général de la Coupe d'Europe l'an dernier avec O'Brien, Ciochetti veut se hisser dans le top 10 régulièrement cette saison. Si les résultats sont au rendez-vous, elle réajustera ses objectifs à la hausse. L'important, c'est d'acquérir assez d'expérience pour rivaliser avec les meilleures en Russie.