Le financement des fédérations nationales

Pour faire la différence

Le troisième reportage de la série de Justine Boutet

Les fédérations sportives tentent d'offrir à leurs athlètes les outils nécessaires pour qu'ils grimpent sur la plus haute marche du podium. Mais ces outils ont un prix. Quelles sont les solutions envisagées par les fédérations pour atteindre leur objectif ultime?

Une série de Justine Boutet

Après les Jeux de Vancouver, Canada Snowboard a perdu quatre grands commanditaires. Mais la fédération a pu redresser la barre, grâce aux Championnats du monde de Stoneham, comme l'explique le directeur haute performance de la Fédération canadienne de snowboard, Robert Joncas.

« Dans la foulée des Championnats du monde, on a été capable d'aller chercher de nouveaux commanditaires, dont deux qui sont présents pour l'instant et pour Sotchi : Under Armour et Mazda. »

Un événement majeur à la maison, c'est du bonbon.

L'arrivée du slopestyle aux Jeux de Sotchi, procure d'autres munitions à la fédération.

L'équipe canadienne comptera sur la jeune vedette mondiale Sébastien Toutant, « Seb Toots » pour les intimes.

« Ça vient nous donner une autre petite carte pour négocier avec les commanditaires », ajoute Joncas.

De plus, Canada Snowboard et d'autres fédérations uniront leurs forces promotionnelles.

« Nous nous sommes associés aux différents sports de neige, indique Peter Judge, chef de la direction de l'Association canadienne de ski acrobatique. Le surf des neiges, le ski acrobatique, le ski alpin, le ski de fond, le biathlon et le combiné nordique sont réunis sous un même toit en matière de marketing. »

Max Gartner, président et directeur général de Canada Alpin, abonde dans le même sens.

« Ensemble, nous voulons promouvoir les sports de neige et inciter une grosse compagnie canadienne, comme une banque ou un réseau de télécommunications, à investir en nous. »

L'apport du privé

L'équipe canadienne de patinage de vitesse courte piste, elle, a décidé de s'associer à B2dix, qui dispose d'un budget de 20 millions de dollars de dons privés jusqu'en 2016.

Le groupe, fondé en 2005, offre un encadrement individuel, adapté aux besoins de l'athlète.

« Nous voulons contribuer à notre façon, explique Dominick Gauthier, entraîneur et cofondateur de B2dix. Nous souhaitons amener des gens du secteur privé à faire une différence. »

Pour attirer l'attention du secteur privé, il faut d'abord améliorer la visibilité du produit.

La championne olympique de ski acrobatique, conjointe de Gauthier et cofondatrice de B2dix, Jennifer Heil, considère que leur approche est déjà bien en place dans le sport.

« Nous le remarquons dans d'autres sports, comme le surf des neiges par exemple, constate Heil. On peut également penser à la manière dont Red Bull commandite les athlètes. Avec Red Bull, ce sport a construit une plateforme pour rendre le sport plus accessible aux amateurs et aux commanditaires. »

Toutefois, un changement encore plus grand s'impose.

« J'étais très optimiste après les Jeux de Vancouver, ajoute Heil. Je croyais qu'un changement de culture était possible. Mais j'attends encore. Nous devons profiter de l'effet qu'ont eu les Jeux de Vancouver sur les Canadiens. Mais cet effet est en train de s'estomper. »

Les Jeux de Vancouver auront été l'apothéose du sport olympique canadien, mais n'ont pas convaincu le secteur privé d'étendre son appui financier au-delà des frontières du pays, et ce même si le rayonnement d'un athlète les dépasse largement.

Le défi est encore grand.

D'après un reportage de Justine Boutet