La petite mine qui ne voulait pas mourir

Par Angie Landry et Mélanie Picard

Les travailleurs de la mine Lapa descendent sous terre... pour une des dernières fois. Leur mine devait fermer en 2015. Puis, en 2016. Mais leur mobilisation n’a cessé de repousser l’issue fatidique. Ici, dans le sous-sol de l'Abitibi, on cueille l’or et l'on fait pousser l’espoir.

Description de l'image de fond : un mineur sort du treuil d’un pas déterminé.
Description de la vidéo de fond : des gens marchent dans un des tunnels de la mine.
« Quand tu ouvres une mine, tu sais que tu vas devoir la fermer un jour. »

- Christian Goulet, surintendant général

Description de l'image de fond : des bottes de mineurs usées, au bas de casiers.

La mine Lapa est située à Rivière-Héva, en Abitibi-Témiscamingue, à mi-chemin entre Val-d'Or et Rouyn-Noranda.

Lorsqu’il en a pris la direction en 2015, Christian Goulet savait qu’on ne lui déroulerait pas le tapis rouge, qu’il serait perçu comme « le boss qui vient fermer la shop ». Mais il ne venait pas auditionner pour le rôle du vilain...

Description de l'image de fond : le surintendant de la mine discute avec un mineur dans un couloir de l’établissement.
« Y’a moyen de fermer une mine en ayant du fun. »
Description de l'image de fond : trois employés rigolent à la sortie de la mine.
Description de l'image de fond : des employés jasent et sourient dans leur milieu de travail. (fin de la description)

Et c’est ce qu’a assuré Christian Goulet aux travailleurs. L’homme n’en est pas à sa première fermeture. Le directeur savait que, pour rallier les troupes dans un processus de fin de vie de la mine, il allait devoir mettre à profit l’instinct de survie de ses soldats.

« Ce que je pouvais apporter aux gens de Lapa, c’était surtout l’aspect positif qu’une fermeture de mine pouvait avoir et [leur faire réaliser] qu’on pouvait toucher à un paquet de choses. »

Avec son équipe de direction, il a misé sur une approche qui récompense les travailleurs d’une prime de rétention et qui célèbre, au quotidien, les petites comme les grandes victoires. Mais Christian Goulet est catégorique : il n’y serait pas arrivé sans ses employés, dévoués en ce qui concerne le prolongement de la durée de vie de la mine.

« C’est important pour nous, pour les employés, de nous rattacher à quelque chose, et dans ce contexte, c’était de battre la date d'août 2016. C’était vraiment un objectif intéressant parce que tout le monde voulait rester à Lapa. »

Les collègues sont alors devenus des frères, et le groupe, une famille.

La famille

Description de l'image de fond : des employés de la mine Lapa en train de discuter dans un garage sous terre.
Description de l'image de fond : un plan rapproché d’une boîte à lunch en métal d’un employé de la mine Lapa. (fin de la description)

Ici, les boss et les mineurs dînent ensemble, sous terre ou hors terre. Ils pigent dans la même boîte à pizza.

Ici, les employés reçoivent un jambon à Pâques et une dinde à Noël.

Ici, on se serre les coudes lorsqu’un gars perd sa maison dans le feu. Ensemble, on lui trouve un loyer.

Ici, tout le monde porte des casques bleus. Impossible de différencier les ingénieurs des foreurs.

Alain Rioux

48 ans - contremaître général
Expérience : 31 ans dans les mines

Description de l'image de fond : photo portrait d'Alain Rioux, avec son uniforme de mine.

René Gamache

51 ans - opérateur de treuil
Expérience : 33 ans dans les mines

Description de l'image de fond : gros plan sur le visage souriant de René Gamache.

Karine Marchand

40 ans - coordonnatrice des ressources humaines
Expérience : 8 ans dans les mines

Description de l'image de fond : photo de profil de Karine Marchand, portant fièrement son casque de sécurité et sa lampe frontale.

Pierre Langlais

50 ans - soudeur
Expérience : 15 ans dans les mines

Description de l'image de fond : Pierre Langlais, le soudeur posant fièrement devant son atelier.

Benoit Massicotte

30 ans - coordonnateur santé et sécurité
Expérience : 7 ans dans les mines

Description de l'image de fond : portrait du responsable de la santé et la sécurité, un jeune au début de la trentaine.

Réal Guay

60 ans - mécanicien
Expérience : 34 ans dans les mines

Description de l'image de fond : gros plan sur Réal Guay, un mécanicien qui prendra bientôt sa retraite.
Description de la vidéo : deux frères début vingtaine parlent de la mine et de leur relation.

Le défi

Description de l'image de fond : un couloir sombre de la mine Lapa avec, à l’avant-plan, une bannière annonçant une zone de travail dangereuse.
Description de l'image de fond : un garage de la mine abritant des véhicules miniers. (fin de la description)

Le 25 novembre, la mine Lapa a franchi la barre des 1000 jours sans accident.

Dans le monde minier, rares sont les journées où la vie et la sécurité des travailleurs ne sont pas menacées par les conditions extrêmes sous terre. Dans les derniers moments d’une mine, c’est pire. Le manque de motivation et de concentration augmente normalement les risques de blessures en milieu de travail.

Mais pas à Lapa.

« On l’a bien fait comprendre : s’il se mettait à y avoir un taux inhabituel d’accidents, les boss allaient vouloir fermer la mine. Il n’y a pas une once ni une tonne d’or qu’on veut sortir de la mine si quelqu’un est blessé »

- Benoit Massicotte, coordonnateur santé et sécurité

« C’est une des mines qui a les conditions les plus “challengeantes” de l’industrie en ce qui concerne la formation du terrain. C’est fantastique ce que les gens ont accompli. »

- Christian Goulet, surintendant général

Description de l'image de fond : un véhicule de machinerie lourde dans un environnement sombre sous terre. (fin de la description)

Mille jours, c’est un peu plus que le nombre de journées ajoutées au calendrier improbable de la mine Lapa.

Déjouer la date de fermeture initiale était un rêve un peu fou, parce que les risques, eux, continuent à se multiplier lorsqu’on se rend jusqu’au bout.

En descendant « dans le trou », au niveau 77, on constate que les sources de danger sont partout.

Le sol est rocailleux, accidenté, inégal et difficilement carrossable, mais surtout, instable.
C’est sans compter le risque qu’un mur ou qu’un plancher s’effondre à tout moment.

Une erreur tout à fait banale peut facilement devenir fatale.

Description de la vidéo de fond : à bord d'un véhicule motorisé, les mineurs circulent sur le chemin cahoteux de la mine.
Description de l'image de fond : un couloir de la mine Lapa avec, à l’avant-plan, un employé qui conduit de la machinerie (fin de la description)

En Abitibi, c’est le cycle minier qui dompte le décor. À la seconde où un gisement est découvert, on sonne le glas de celui qui l’exploite. Mais depuis deux ans, chaque remontée du treuil constitue un nouveau souffle dans les poumons de la famille Lapa.

Ce souffle, c'est aussi une occasion pour chaque employé d’ajouter des cordes à son arc avant de quitter le nid.

« La mine est plus petite et il y a, peu à peu, moins de travailleurs. Les gens ont la chance de toucher à plus de tâches et apprennent inévitablement plus de techniques. C’est avantageux pour eux, surtout au moment où ils seront embauchés dans des mines d’envergure. »

- Karine Marchand, coordonnatrice des ressources humaines

Description de la vidéo de fond : un opérateur manipule les différents contrôles de sa foreuse.

La fermeture

Description de l'image de fond : des habits de travail usés suspendus dans un vestiaire de la mine Lapa.

Contrairement à ce qui s'est passé en 2015 ou en 2016, cette fois-ci, la fermeture de la mine est inévitable. Dans le métier, on dit que tant qu’il y a des foreuses au diamant sous terre, il y a de l’espoir. Et on les a sorties en juin dernier.

Les employés de Lapa sont sur le point d’accrocher leur lumière.

Description de l'image de fond : des lampes frontales sur leur station de recharge.
Description de la vidéo : deux mineurs se prononcent sur la fermeture de la mine.

Depuis quelques mois, le treuil descend et remonte de moins en moins. Aux premières loges, son opérateur, René Gamache, sent que la fin est proche.

Description de l'image de fond : vue sur la porte du treuil ouverte, qui mène sous terre.
Description de la vidéo : l'opérateur du treuil témoigne dans sa cabine.

Cette famille de mineurs a tellement repoussé les limites depuis deux ans, que certains continuent d’y croire.

Description de l'image de fond : prise de vue au travers d’une roue; des employés jasent dans un garage.
Description de la vidéo : un mineur témoigne devant la machinerie.
Description de l'image de fond : au niveau 77 sous terre, l’employé Alain Rioux discute au téléphone avec l’opérateur du treuil. (fin de la description)

Si les mineurs s’étaient fiés à l’échéance prévue en 2015, les nouveaux projets sous l’aile d’Agnico Eagle n’auraient pas été prêts, et des employés auraient perdu leur gagne-pain.

Dans quelques semaines, mois, voire peut-être une année, les 66 derniers employés de Lapa seront réaffectés dans les mines Goldex à Val-d’Or, LaRonde à Rouyn-Noranda et Méliadine au Nunavut.

Ils quitteront une petite famille tissée serrée pour rejoindre les rangs d’une grande famille recomposée. Ils descendront de leurs machines vieillissantes pour monter à bord de nouveaux véhicules tout neufs et entièrement automatisés.

Effrayés, inquiets, nos mineurs? Pas du tout. Au contraire.

Après être parvenus à prolonger considérablement la vie de leur ancienne mine, c’est d’un pas déterminé, la tête haute et le regard fier qu’ils franchiront les portes de la nouvelle. Solides comme le roc qu’ils dynamitent.

Et dans quelques années, quand on leur annoncera la fermeture imminente de la mine X, Y ou Z, ils se souviendront de Lapa. Et l’espoir renaîtra...

... car une mine, comme un mineur, n’est jamais complètement à court de ressources.

Description de la vidéo de fond : les mineurs regagnent le treuil pour remonter à la surface.

Textes, photos et recherche

Angie Landry

Vidéos

Mélanie Picard

Premier chef, développement du contenu et de la production

Philippe de la Chevrotière

Développement

Cédric Edouard

Assurance qualité

Xavier Vachon

Design

Émilie Robert

Chefs de projet, développement numérique

Katherine Domingue et Lore Brit

Directeur, Stratégie éditoriale numérique

Yannick Pinel

Description de l'image de fond : des uniformes accrochés prêts à être cueillis.
Description de la vidéo : donnant une entrevue à la caméra, un mineur se fait jouer un tour par un collègue, qui lui colle un verre de carton sur le casque.