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Montréal peut-elle s'inspirer de... New York?

Pour la première fois depuis la Deuxième Guerre mondiale, plus de gens sont venus s’établir à New York que de personnes qui en sont parties. Le résultat d’une ville qui a su se transformer et devenir agréable pour ses résidents.

Un reportage d’Étienne Leblanc, à l’émission Le 15-18TwitterCourriel

L’image a de quoi faire rêver. Au loin, la silhouette des gratte-ciel de Manhattan, unique au monde. Tout autour, le son des ballons bottés avec force par des dizaines de jeunes sportifs qui s’activent sur le nouveau terrain de soccer du Brooklyn Bridge Park. Un filet haut perché empêche les ballons de tomber dans les eaux de l’East River.

Matthew Kaminski y vient tous les week-ends avec ses deux enfants. « Plus besoin de sortir de la ville pour profiter des rives de la rivière! », dit-il.

Contrer la rouille

Il y a quatre ans à peine, le quai qui accueille aujourd’hui les joueurs était à l’abandon, comme la dizaine de quais similaires (les « piers ») alignés le long des berges. Ce sont les vestiges du port de Brooklyn qui fourmillait d’activités il y a plusieurs décennies, là même où des scènes du film Sur les quais (avec Marlon Brando) ont été tournées.

En l’espace de quelques années, la majorité des piers ont été réaménagés.

Même situation dans la partie ouest de Manhattan, sur les berges du fleuve Hudson. Il y a une décennie à peine, les vestiges rouillés de l’ancien port trônaient sur une vingtaine de quais fermés par des clôtures de métal.

Explorez notre carte interactive à la fin de l’article.

 

Buvettes, pêche et golf

Aujourd’hui, le Brooklyn Bridge Park et le Hudson River Park sont des joyaux urbains, qui symbolisent la fin d’une époque : celle où New York tournait le dos à sa géographie maritime. Les parcs en bordure des rivières sont deux des endroits les plus fréquentés par les New-Yorkais.

En lieu et place de ces grands bras de béton défraîchi : terrains de volleyball de plage, buvettes, quais d’embarquement pour les kayaks, lavabos pour permettre aux pêcheurs urbains de nettoyer leurs poissons, cafés, vieux voiliers transformés en restaurants, parcs pour planches à roulettes, courts de tennis, salles de musculation en plein air, etc. Au Chelsea Piers, les amateurs de golf peuvent même frapper des balles en admirant le coucher de soleil sur la rivière.

« Le New York d’aujourd’hui, c’est comme la banlieue, mais avec l’accès aux berges et tous les avantages de la ville. Pourquoi je partirais? L’espace que je veux, je l’ai maintenant. » - Matthew Kaminski, résident de Brooklyn

M. Kaminski représente cette nouvelle génération de New-Yorkais qui ne sentent plus le besoin de quitter la ville. Et ils sont de plus en plus nombreux. En 2013, pour la première fois depuis la Deuxième Guerre mondiale, le solde migratoire de New York est redevenu positif.



Comparatif

Renaître du 11 septembre

Dans les mois qui ont suivi la tragédie du 11 septembre 2001, les résidents quittaient la ville en masse. Michael Bloomberg, nouveau maire en poste, s’est alors donné le défi d’une décennie pour stopper l’hémorragie : « Il faut donner de bonnes raisons aux New-Yorkais de vivre à New York », a-t-il dit à sa jeune équipe.

Son prédécesseur, Rudolph Giuliani, avait nettoyé la ville de ses détritus. Il fallait maintenant la rendre belle.

En 10 ans, la Ville de New York a investi 6 milliards de dollars dans la création et l’amélioration des parcs. Sous l’impulsion de Michael Bloomberg, l’espace consacré aux parcs a augmenté de 3,5 km². L’équivalent d’une fois et demie le parc du Mont-Royal!

Jeune fonctionnaire francophile élevé en Suisse, Adrian Benepe s’est vu confier le dossier des parcs par Michael Bloomberg.

« Ça peut sembler beaucoup d’argent. Mais ça rapporte! Avec des parcs, les gens restent en ville. » - Adrian Benepe, responsable des parcs sous le maire Bloomberg

Et de détailler les avantages des parcs : « Ils dépensent de l’argent sur place, ils font du sport et ils sont prêts à payer un loyer plus élevé pour habiter près du parc. Ils payent plus de taxes, et la Ville économise des millions de dollars en santé publique. En plus, l’eau de pluie va dans le sol plutôt que de se retrouver dans les vieux égouts. Il n’y a pas de meilleur investissement! »

Le High Line Park, réalisation emblématique

M. Benepe donne comme exemple le fameux High Line Park, qui est en voie de devenir l’attraction touristique la plus populaire de New York. La transformation de ce vieux chemin de fer surélevé en parc linéaire, au coeur de la ville, a coûté 150 M$. La troisième section du parc a d’ailleurs été inaugurée à la mi-septembre.

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Écoutez Jérôme Barth, membre du groupe « Friends of the High Line », décrire le projet

« Depuis son ouverture, le parc a attiré des investissements de 2,2 milliards de dollars dans le quartier!, dit Adrian Benepe en riant. Une manne pour les coffres de la ville! »

Force est de constater que le pari de Bloomberg était le bon. « Dans les années 90, seul Central Park était fréquentable », se souvient Tatiana Choulika, une architecte-paysagiste et mère de deux enfants qui habite Brooklyn.

« Aujourd’hui, on peut non seulement aller sur les berges, mais les parcs qui étaient des piqueries à ciel ouvert, comme Bryant Park ou Madison Square Park, sont magnifiques! On ne veut plus partir de New York. » - Tatiana Choulika, architecte-paysagiste

Par contre, New York vit actuellement la rançon de sa gloire. Si tout le monde veut y vivre, de moins en moins de personnes peuvent se le permettre. Le prochain grand défi de New York sera donc celui de l’embourgeoisement.

Découvrez les multiples projets de New York en explorant la carte interactive ci-dessous.

 

Revitalisation des berges et des parcs : le rôle crucial du secteur privé

Michael Bloomberg n’était pas surnommé « Moneyberg » pour rien. L’homme d’affaires est milliardaire, et ses liens avec le secteur privé sont bien connus. Dans ses efforts pour revitaliser la ville, il a mis ses relations à profit. La transformation de la métropole américaine n’aurait pu se faire sans un apport important du secteur privé. Et à chaque lieu, son modèle de financement.

Le Bryant Park, au centre de Manhattan, est géré à 100 % par le « Business Improvement District ». La communauté des affaires qui a pignon sur le parc investit dans l’entretien et l’amélioration du lieu. Les revenus tirés des commerces dans le parc et des événements qui y sont organisés servent à la gestion du parc. Le secteur privé remet ainsi au public une partie de la plus-value foncière que crée la présence du parc.

Le High Line Park est un autre exemple célèbre qui a bénéficié de l’apport du privé. Né d’une initiative citoyenne, le parc linéaire a été financé à plus de 50 % par des fonds privés. La Ville a fait un investissement initial de 60 M$ pour faire des plans et pour transformer une petite partie de la voie ferrée. Les fonds privés ont suivi sans problème. Aujourd’hui, le lieu est géré par la fondation Friends of the High Line, qui génère bon an mal an 3 M$ de revenus pas année. La Ville de New York ne met plus un cent dans le projet. Elle récolte toutefois les revenus en taxes des 2,2 G$ qui ont été investis par les promoteurs immobiliers dans le quartier depuis la rénovation du lieu.

Pour le Brooklyn Bridge Park, l’ancien maire Bloomberg a cédé 10 % des terrains des anciens quais à des promoteurs privés. Il leur a permis de construire deux immeubles de condos, en échange de quoi, il exige de ces investisseurs qu’ils payent une taxe spéciale qui finance à 100 % l’entretien du parc. Il n’en coûte donc plus rien à la Ville pour gérer le parc.