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L'extinction d'une espèce est un phénomène rare et souvent difficile à expliquer.
Regardez le  dossier présenté au Saskatchewan Ce soir.

(Émission du 7 janvier 2004) C'est une routine qu'elles connaissent par coeur. Chaque année depuis des millénaires, les femelles de ce troupeau de caribous reviennent au Yukon pour mettre bas. Cette année elles sont de retour avec un petit quelque chose de nouveau : un collier numéroté. C'est un cadeau de biologistes qui les suivent à la trace.

Chaque bête a son pedigree, chaque femelle sa personnalité. Le numéro 22, c'est Isabelle. Elle est la fierté de ce troupeau de caribous chisanas, une des femelles les plus fortes et les plus racées de la harde.

Mais l'avenir d'Isabelle est loin d'être rose. Le nombre de caribous chisanas diminue de façon alarmante. On en comptait 1 800 au début des années 90, il n'en reste que 300. Vu l'ampleur du problème, le gouvernement du Yukon a mis sur pied un programme pour sauvegarder l'espèce. La survie du troupeau pourrait dépendre de la réussite de ce projet.

Le caribou chisana est une espèce très rare. Il passe ses hivers dans l'un des endroits les plus froids au monde, le Yukon et ses étés en Alaska. C'est le seul caribou des bois de l'Alaska. Un caribou plus robuste et plus gros que le caribou de la toundra.

Les Amérindiens de la région sont les premiers à sonner l'alarme. Dans les années '70, ils s'aperçoivent que le nombre de caribous chisana est en chute libre. Vu l'importance de l'animal dans leur culture, ils décident de cesser de le chasser.

Au début des années 90, le propriétaire de cette pourvoirie imite les Amérindiens. Il interdit la chasse au chisana sur son territoire. Il s'est aperçu que le taux de femelles engrossées est élevé, mais que le nombre de petits est infime.

1992 est l'année la plus critique. Sur les 1 500 bêtes toujours en vie, on ne retrouve qu'un seul veau. Depuis la situation s'est améliorée, mais le déclin du troupeau est loin d'être terminé. À peine 6 nouveaux nés sur 100 survivent. La plus grande partie de la harde n'a plus que deux ou trois ans à vivre et il ne reste que 50 mâl et la plupart sont infertiles.

Peu importe si ce sont les prédateurs, les chasseurs ou l'habitat qui est responsable du déclin, l'heure n'est pas à la recherche, mais à l'action.

La pierre angulaire de ce projet unique au monde c'est cette clôture, une barrière contre les prédateurs. Les femelles et les nouveaux nés vont bénéficier d'un sursis avant d'affronter les dangers qui les attendent.

En mars les biologistes lancent la grande opération sauvegarde. Trois hélicoptères survolent la région. Ils capturent 20 femelles, dont Isabelle.

Les femelles sont dirigées vers l'enclos. Il ne reste plus qu'à attendre. Pendant 2 mois une dizaine de biologistes se relaient. Ils observent et nourrissent les mères.

Puis un beau matin le miracle se produit. L'enclos inhospitalier du début se transforme en pouponnière. Leur troupeau est quasi décimé, les rejetons eux n'en savent rien. À chaque jour ils offrent un spectacle magnifique, le spectacle de la vie. Mais la partie est loin d'être gagnée.

La prudence est donc le mot d'ordre et ça paye. Trois femelles mettent bas en moyenne par jour. Il n'y a qu'Isabelle qui inquiète. Malgré les semaines passées à la pouponnière, elle tarde à gagner du poids.

Toute une déception. Les biologistes ont calculé que 65 veaux doivent survivre cette année pour stabiliser la harde. Chaque petit qui ne voit pas le jour peut compromettre le projet.

Puis arrive une autre complication. Un corbeau survole le périmètre. Sa présence est de mauvais augure. L'équipe s'inquiète lorsqu'il repart avec quelque chose de rouge dans le bec. On fait le décompte des bêtes ; Isabelle manque. Est-elle enceinte ? Le corbeau s'en prend-il à son veau ? Michelle ne peut plus attendre.

Michelle s'approche. La jeune mère caribou n'apprécie pas cette visite, ses mouvements indiquent qu'elle pourrait charger à tout moment.

Quelques heures après, comme pour rassurer l'équipe, Isabelle vient présenter son nouveau né. Le bambin semble solide. Une bonne nouvelle puisque le projet se termine. Dans deux semaines, il devra affronter la dure réalité de la vie en nature.

Mi-juin, c'est l'heure de la séparation et des bilans. Le projet a été un succès : 17 des 20 femelles ont mis bas. Tous les veaux sont en bonne santé. L'inquiétude maintenant, c'est la survie.

Le temps est venu pour ces caribous d'aller rejoindre le reste du troupeau en Alaska. Les petits devront suivre, malgré leur insouciance et leur peu d'expérience.

Vu le succès du projet l'expérience sera répétée au cours des deux prochaines années avec encore plus de femelles. Quant à Isabelle, c'est probablement la première fois qu'elle retourne en Alaska avec un petit à ses côtés. Les biologistes croient que d'ici quelques années elle deviendra la matriarche du troupeau à cause de son jeune âge et de l'âge avancé des autres bêtes.