Lacunes dans les inspections des centres d’hébergement de la Saskatchewan

Le reportage de Guillaume Dumont

Exclusif - Un centre de soins privé pour aînés sur dix en Saskatchewan a commis une infraction aux règlements de sécurité d'incendie, de 2011 à 2012, et 25 % ont dépassé les normes établies pour la température de l'eau du bain, révèlent des documents obtenus par Radio-Canada.

De plus, 20 % des centres d'hébergement et de soins privés de la Saskatchewan n'ont pas été inspectés et 16 ont omis de signaler des incidents graves au ministère de la Santé, selon les derniers rapports d'inspection obtenus en vertu de la loi d'accès à l'information.

La province compte 243 centres privés, où vivent plus de 3000 aînés en perte d'autonomie et personnes malades, dont certains souffrent de la maladie d'Alzheimer.

Parmi ces centres, 23 avaient des sorties de secours bloquées et des problèmes dans leur plan de prévention des incendies.

Nombreuses infractions

Les rapports d'inspection font état de nombreuses autres lacunes.

Infractions dans les centres de soins en Saskatchewan

Dans 29 centres, des médicaments n'étaient pas rangés de manière sécuritaire ou administrés selon l'ordonnance du médecin, et neuf établissements ont connu des problèmes de gestion des produits toxiques et de salubrité des aliments.

Pas moins de 16 centres ont omis de prévenir le ministère de la Santé d'événements graves qui s'y étaient produits, comme la fuite d'un patient, même s'ils sont tenus de le faire.

Un centre sur cinq n'a pas été inspecté

Le directeur de l'octroi des permis des centres, Dawn Skalicky-Souliere, admet que 47 centres n'ont pas été inspectés depuis 2011.

« Certains établissements qui n'ont peut-être aucun défi opérationnel pourraient en fait n'avoir qu'une inspection tous les deux ans », explique-t-il.

Raymond Chabot, 90 ans, prend soin de sa femme atteinte de la maladie d'Alzheimer. Il vit à Ponteix. Il sait qu'il devra choisir un centre d'hébergement privé pour recevoir de l'aide, et il aimerait avoir accès aux rapports d'inspection. Raymond Chabot, 90 ans, prend soin de sa femme atteinte de la maladie d'Alzheimer. Il vit à Ponteix. Il sait qu'il devra choisir un centre d'hébergement privé pour recevoir de l'aide, et il aimerait avoir accès aux rapports d'inspection.  Photo :  Radio-Canada

L'un des centres qui a accumulé le plus d'infractions, à savoir 15, le Welchman Extendivilla à Regina, a été qualifié de maison non sécuritaire par l'inspecteur qui a visité l'établissement.

Selon lui, des incidents graves n'ont pas été signalés au Ministère, des médicaments n'ont pas été administrés selon l'ordonnance du médecin, le centre connaît des problèmes de sorties de secours et la qualité de la nourriture laisse à désirer.

Les familles reçoivent une subvention de la province pour envoyer un proche dans un centre privé, où les coûts varient de 2000 $ à plus de 4000 $ par mois.

La propriétaire du centre, Rose Welchman, a refusé d'accorder une entrevue à Radio-Canada.

Améliorations réclamées

Le président de la Fédération des aînés francophones du Canada, Michel Vézina, réclame une meilleure inspection des centres d'hébergement.

Michel Vézina, président de la Fédération des aînés francophones du Canada Michel Vézina, président de la Fédération des aînés francophones du Canada  Photo :  Radio-Canada

« Les systèmes de surveillance ou les systèmes d'inspection semblent, avec les données qu'on a, manquer d'efficacité », conclut-il.

La vérificatrice provinciale de la Saskatchewan ne cache pas son inquiétude devant le contenu de ces rapports.

Judy Ferguson exhorte le gouvernement à augmenter la fréquence des inspections annuelles et à instaurer des inspections surprises.

Cinq inspecteurs du ministère de la Santé ont pour mission de surveiller ces centres d'hébergement et de soins.

Rapports d'inspection disponibles en ligne

Du côté du ministère de la Santé de la Saskatchewan, on admet que la province doit être plus transparente au sujet des inspections des centres.

Le ministre de la Santé, Dustin Duncan, promet que tous les rapports d'inspection seront accessibles en ligne dès le printemps, ce qui poussera les centres à s'améliorer, selon lui.

D'après un reportage de Guillaume Dumont

Consultez les rapports d'inspection des centres de soins privés (en anglais) avec la carte interactive